Nantes : Comment redonner vie, sur place, à la terre extraite des chantiers

RENATURATION Une expérimentation de plantations est menée depuis le printemps sur l'île Nantes pour parvenir à réutiliser localement les terres, a priori peu fertiles, déblayées lors des travaux de construction

Frédéric Brenon
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Les espaces-tests de renaturation des sols, près du Solilab, sur l'île de Nantes.
Les espaces-tests de renaturation des sols, près du Solilab, sur l'île de Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Dans le cadre de la transformation de l'ouest de l'île de Nantes, des parcs seront créés sur des surfaces aujourd'hui bitumées.
  • Nantes métropole souhaite ne pas importer de terre végétale pour aménager ces parcs.
  • Elle préfère réutiliser les terres déblayées et tenter de les fertiliser. 

Débitumer des parcelles pour y planter des arbres ou des végétaux : l’idée est désormais en vogue dans les grandes villes françaises. Mais encore faut-il ne pas enrichir le sol appauvri en allant systématiquement chercher de la terre végétale par camions entiers à plusieurs dizaines (voire centaines) de kilomètres à la ronde. C’est justement l’erreur que ne veut pas répéter Nantes métropole pour la création des futurs parcs qui verdiront la pointe ouest de l’île de Nantes en cours de mutation. Considérant que les nombreux chantiers de terrassement de l’île constituaient un « potentiel » d’approvisionnement, la collectivité mène, depuis le printemps, une expérimentation de plantations réalisées à partir de terres excavées.

A l’emplacement d’un ancien parking, près du Solilab, des peupliers, saules, aulnes, érables ou noisetiers sortis de pépinière poussent ainsi sur un mélange de sable et de limon argileux extraits d’un chantier voisin. « On y a ajouté du compost, rien d’autre, explique Gabriel Mauchamp, paysagiste à l'agence Osty et associés. On teste différents mélanges et on observe ce que ça donne. On regarde quelles essences s’adaptent le mieux, on mesure la qualité du sol, son humidité, l’activité biologique qui s’y développe… »

« Reproduire à une plus grande échelle »

Mis en œuvre également à Lyon, Strasbourg ou Rennes, le procédé, qui techniquement n’a rien de révolutionnaire, est appelé « renaturation ». « L’idée est de valoriser au mieux cette terre locale qui a été extraite et qu’on pourrait croire inerte, raconte Olivier Hugues, chargé de projets à la Samoa, la société publique d’aménagement de l’île de Nantes. On va en tirer des enseignements, mois après mois, afin de faire les bons choix et de pouvoir les reproduire à une plus grande échelle. » Bien adaptés au milieu, les végétaux sélectionnés nécessiteront in fine « peu d’entretien ».

L’expérimentation, qui doit durer jusqu’en 2023, utilisera jusqu’à 10.000 m3 de terres. Mais l’objectif final est bien plus ambitieux puisqu’il s’agit de récupérer localement au moins 100.000 m3 sur les 130.000 m3 de terres dont auront besoin les nouveaux parcs de l’île de Nantes pour voir le jour en lieu et place de surfaces bitumées depuis près d’un siècle.

« La terre végétale va se raréfier »

« Jusqu’à présent on se souciait peu du sol. On déplaçait la terre excavée sur les chantiers pour qu’elle soit traitée hors des villes et on faisait venir de la terre végétale ponctionnée parfois très loin. Désormais, on veut un vrai dispositif circulaire. Faire en sorte que le projet urbain soit à la hauteur des enjeux écologiques », défend Mahel Coppey (EELV), vice-présidente de Nantes métropole en charge des déchets. Si la démarche expérimentale ne permet pas encore de faire des économies financières, les choses pourraient évoluer rapidement. « La terre végétale disponible va se raréfier, son prix va probablement augmenter », pronostique Olivier Hugues, de la Samoa.

La même « renaturation » est envisagée sur d’autres quartiers nantais en cours de renouvellement urbain comme le Bas Chantenay ou Pirmil-Les Isles. « Mais le modèle ne peut pas être exactement la même partout. La nature des sols est différente d’un quartier à l’autre », précise Thomas Quéro (PS), adjoint au maire de Nantes en charge de l’urbanisme. La pollution peut également empêcher parfois toute réutilisation de terres déblayées.