COP26 : Les pays doivent multiplier leurs efforts par sept pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, alerte l’ONU

CLIMAT Les promesses émises par les Etats en vue de la COP26, qui démarre dimanche à Glasgow, sont loin d’être suffisantes, estime l’ONU

Fabrice Pouliquen
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Des émissions industrielles à Ankara, en Turquie (photo d'illustration)
Des émissions industrielles à Ankara, en Turquie (photo d'illustration) — Altan Gocher/GocherImagery/Shutt/SIPA
  • Dans un rapport publié ce mardi, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) s’est penché sur les écarts existant entre les promesses formulées par les Etats de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et ce qu’il faudrait faire pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, voire à 1,5 °C.
  • Le gouffre est encore colossal, le PNUE calculant que les différentes promesses formulées permettraient d’atteindre une baisse annuelle de 7,5 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030, quand il faudrait atteindre – 30 % pour rester sous les 2 °C, et – 55 % sous les 1,5 °C.
  • A quelques jours de la COP26, ce rapport sonne comme un appel pressant lancé aux Etats pour qu’ils déposent au plus vite de nouvelles contributions nationales déterminées plus ambitieuses, dans lesquelles ils doivent détailler leurs objectifs climatiques pour 2030 et leur feuille de route pour y parvenir.

« Les engagements climatiques affichés sont bien en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris sur le climat », alerte le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) ce mardi.

L’instance publie la douzième édition de son rapport qui analyse les écarts existant entre les engagements des pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et ce qu’il faudrait faire pour limiter l’augmentation de la température mondiale en dessous des 2 °C d’ici à 2100 (par rapport aux niveaux préindustriels). Soit la trajectoire que la communauté internationale s’est engagée à suivre à la COP21 de Paris en 2015.

Une trajectoire à +2,7 °C si on s’en tient aux promesses

On n’y est donc pas. Le PNUE s’est penché sur les nouvelles contributions déterminées au niveau national (NDC en anglais) déjà déposées par des pays, et les promesses pas encore formalisées d’économies majeures comme la Chine pour 2030, qui prévoit un pic de ses émissions avant cette date. L’instance de l’ONU calcule alors que toutes ces promesses réunies nous conduisent sur une trajectoire de réchauffement global à + 2,7 °C. Dans le détail, il évalue à 7,5 % la baisse d’émissions de GES annuelle que permettraient d’atteindre, en 2030, ces différents engagements des Etats. « Des réductions de 30 % sont nécessaires si l’on veut rester sur la voie la moins coûteuse pour atteindre la trajectoire de + 2 °C, et même de 55 % pour celle à + 1,5 °C », précise le rapport.

En clair, le monde aurait besoin de sept fois plus d’ambition pour maintenir la trajectoire vers un réchauffement limité à + 1,5 °C, souligne Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, en marge de la présentation du rapport. Et quatre fois plus pour être compatible avec celle à + 2 °C.

Un tirage d’oreille juste avant la COP26

Publié à quelques jours de la COP26 de Glasgow, qui s’ouvrira dimanche pour quinze jours, ce rapport sonne comme un nouvel appel pressant lancé aux Etats pour qu’ils déposent au plus vite des contributions nationales ambitieuses. L’ensemble des pays ayant ratifié l’accord de Paris sur le climat doivent y faire figurer leurs plans pour réduire leurs émissions de GES, secteur par secteur, d’ici à 2030.

Plusieurs Etats avaient présenté de premières NDC en amont de la COP21 de 2015, en vue justement de donner l’impulsion nécessaire pour arriver à l’accord de Paris. Sauf que, par définition, avant cet accord, il n’y avait pas d’objectifs universels précis en matière de lutte contre le changement climatique. Il était alors convenu que, dans les cinq ans, l’ensemble des pays révisent à la hausse leurs plans de réduction pour 2030, ou le déposent pour ceux qui n’avaient jamais fait cet exercice jusque-là.

Des NDC qui manquent encore…

L’échéance tombait avec le début de la COP26, qui devait se tenir initialement entre le 9 et le 19 novembre 2020, avant que la pandémie de Covid-19 n’en décide autrement. Un an plus tard, 143 pays – qui représentent environ la moitié des émissions globales de GES - ont déposé une nouvelle NDC sur les 191 pays ayant ratifié l’accord. Il en manque donc toujours, notamment celles de l’Inde, de l’Arabie saoudite, de la Turquie…
Mais aussi et surtout celles de la Chine, premier émetteur de GES au monde. Un retard signe de mauvaise volonté ? Pas forcément, à écouter Henri Waisman, chercheur au sein du programme climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), think-tank spécialisé sur les questions climatiques. « L’objectif fort de Xi Jinping, annoncé en septembre 2020, d’atteindre la neutralité carbone en 2060 [et un pic des émissions en 2030] a beaucoup surpris. Y compris en Chine, où l’on souhaite désormais asseoir ces nouvelles ambitions sur une analyse rigoureuse de ce qu’elles impliquent concrètement », explique-t-il. Autrement dit, le pays souhaiterait soumettre une NDC robuste et sérieuse, ce qui explique que ça prenne plus de temps.

Un manque d’ambition globale ?

Un impératif de sérieux que les Etats n’ont pas tous respecté ? Le Réseau action climat (RAC), fédération d’ONG climatiques françaises, citent plusieurs plans déjà transmis qui se révèlent insuffisants, voire revenant en arrière par rapport aux copies transmises lors de la COP21 de Paris. C’est le cas de la Russie, du Mexique, du Brésil, de l’Indonésie, mais aussi de l’Australie, peu enclins à se fixer des objectifs climatiques plus ambitieux.

Mais dans son rapport publié ce mardi, le PNUE pointe avant tout un manque d’ambition globale de la communauté internationale. Cela vaut aussi pour l’Union européenne, qui a soumis sa NDC 2020, révisée à la hausse puisqu’elle vise une baisse de 55 % de ses émissions de GES en 2030 par rapport aux niveaux de 1990, contre – 40 % précédemment. Insuffisant pour le RAC. « Le PNUE indique qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 7,6 % par an d’ici à 2030 pour contribuer à l’objectif de limitation du réchauffement à +1,5 °C, ce qui reviendrait à faire baisser les émissions de GES européennes d’au moins 65 % d’ici à 2030 », pointait-il en novembre dernier.

Garder en tête 2050 et l’objectif de neutralité carbone

Cela dit beaucoup du gouffre qu’il reste encore à combler pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, la trajectoire idéale qu’il faut épouser. « Pour avoir une chance de l’atteindre, nous avons huit ans pour réduire de près de moitié nos émissions actuelles de GES* », résume Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, ce mardi.

Et l’instance invite à ne pas se focaliser uniquement sur cet horizon à court terme, mais aussi à se projeter sur 2050 et l’impératif d’atteindre à cette date la neutralité carbone. Autrement dit, le point d’équilibre à partir duquel les Etats n’émettent pas plus de GES qu’ils sont capables d’en retirer de l’atmosphère via leurs puits de carbone. Typiquement les forêts, les prairies, les océans, les mangroves… Ce sont ces engagements à la neutralité carbone, et leurs exécutions effectives, qui pourraient faire une grande différence dans la lutte contre le réchauffement climatique, insiste le PNUE. A ce jour, 49 pays et l’Union européenne se sont déjà fixé un tel objectif pour 2050.

Mais, une nouvelle fois, le PNUE exprime des doutes sur la volonté et la capacité de ces Etats à vouloir réellement atteindre cet objectif. Leur contribution nationale déterminée reporte parfois l’essentiel des efforts à fournir au-delà de 2030, pointe-t-il. Ce qui amoindrit les chances d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

* Les émissions annuelles mondiales de GES plafonnant ces dernières années autour de 59 gigatonnes [ou milliard de tonnes] d’équivalent CO2 (GTCO2e), il faudrait parvenir à retirer 28 gigatonnes à ce bilan annuel d’ici à 2030. L’objectif est moindre pour une trajectoire à +2 °C, mais s’élève tout de même à 13 GTCO.