Bretagne : Pourquoi le projet d’extension du sanctuaire des Sept-Îles divise

BIODIVERSITE L’enquête publique autour du projet d’extension de la réserve naturelle des Côtes-d'Armor vient de s’ouvrir

Jérôme Gicquel
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L'archipel des Sept-Iles abrite la quasi-totalité de la population de fous de Bassan en France.
L'archipel des Sept-Iles abrite la quasi-totalité de la population de fous de Bassan en France. — Loïc Venance / AFP
  • Une enquête publique vient de s’ouvrir sur le projet d’extension de la réserve naturelle nationale des Sept-Iles en Bretagne (Côtes-d'Armor)
  • Le projet prévoit d’agrandir considérablement le périmètre de la réserve et d’y créer une zone de quiétude pour ne pas déranger les oiseaux marins pendant la période de production.
  • Pendant cinq mois chaque année, toute activité serait interdite dans cette zone, ce qui agace les pêcheurs et les plaisanciers.

Elles s’appellent Rouzic, Malban, Bono, Plate, Les Costans, Les Cerfs et Île aux Moines. Situées au large de la Côte du Granit Rose, entre Perros-Guirec et Trégastel (Côtes-d’Armor), elles constituent l’archipel des Sept-Îles. Royaume des oiseaux marins, cette réserve naturelle nationale, la plus importante du littoral français, abrite la quasi-totalité des populations de fous de Bassan et de macareux moine de l’hexagone. Mais ce sanctuaire sauvage accueille aussi de nombreux pingouins Torda, des dauphins, des marsouins communs et une impressionnante colonie de phoques gris. « Cet archipel est un véritable joyau de la biodiversité qui n’a pas beaucoup d’équivalents en France », souligne Cédric Marteau, directeur du pôle protection de la nature à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).

Deux cormorans perchés sur des îles de l'archipel des Sept-Iles (nord de la Bretagne), le 7 août 2014
Deux cormorans perchés sur des îles de l'archipel des Sept-Iles (nord de la Bretagne), le 7 août 2014 - Miguel Medina AFP

C’est cette association qui gère depuis 1976, et le classement des Sept-Îles en réserve naturelle, la préservation de cet espace qui s’étend sur 280 hectares. Pour le protéger encore plus, elle travaille depuis quelques années avec les services de l’État sur l’extension de son périmètre. Le projet est bien avancé puisqu’on en est désormais à la phase de l’enquête publique qui a démarré la semaine dernière. « On espère ensuite que la création de cette extension pourra se concrétiser en 2022 ou en 2023 », souligne Cédric Marteau.

Toute activité interdite pendant cinq mois dans une zone de quiétude

Si le projet est validé par les ministres de la Transition Écologique et de la Mer, la réserve naturelle verra dans les prochains mois sa surface multipliée par 70 et passer à 19.700 hectares. « Cela nous permettra de mieux protéger des zones de repos en mer, des aires d’alimentation et de mieux prendre en compte l’ensemble de l’environnement marin et de ses ressources », précise le responsable de la LPO.

Sur le continent, ce projet d’extension suscite toutefois quelques réserves chez les pêcheurs et les plaisanciers. Pas opposés sur le fond à l’agrandissement du périmètre, ils refusent en revanche la création d’une zone de quiétude au sein de la réserve. Dans ce secteur de 130 hectares situé autour de l’île Rouzic, le projet prévoit en effet d’interdire toute activité pendant cinq mois du 1er avril au 31 août afin de limiter le dérangement des oiseaux marins durant la période de reproduction. « On ne comprend pas pourquoi on veut nous interdire l’accès à cette zone, on a le sentiment d’être pris pour des délinquants », estime Pierre Gajac, secrétaire de l’association Sept-Iles 2000, voyant dans cette interdiction une entrave à l’activité des plaisanciers, des pêcheurs et autres activités nautiques.

La LPO se défend de vouloir « mettre sous cloche » la réserve

Avec ses collègues, il ne comprend pas non plus « le fondement scientifique » de cette zone de quiétude. « On connaît bien l’endroit et ce n’est pas là où les oiseaux se reposent, assure-t-il. Ce n’est pas non plus la présence d’un bateau de pêche ou de plaisance qui va déranger les oiseaux ».

Cédric Marteau estime au contraire que cette zone de quiétude est « primordiale dans ce projet » afin de protéger la colonie de fous de Bassan. Et il se défend de vouloir « mettre sous cloche » cet espace naturel. « Il n’est pas question d’interdire les activités nautiques ou de pêche au sein de la réserve, assure-t-il. On parle en plus d’une zone de seulement 130 hectares, soit moins de 1 % du périmètre, et pendant seulement cinq mois ». Les partisans ou opposants au projet d’extension de la réserve naturelle ont jusqu’au 20 novembre pour exprimer leur avis dans le cadre de l’enquête publique.