La Rochelle : Pourquoi constate-t-on une prolifération de poulpes le long des côtes depuis le printemps dernier ?

BIODIVERSITE Particulièrement vorace, ce céphalopode se développe en abondance le long des côtes de Charente-Maritime, au détriment d’autres espèces

20 Minutes avec AFP
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Des poulpes
Des poulpes — ATLAS PHOTOGRAPHY/SIPA

De la Bretagne à la Charente-Maritime, c’est l’année du poulpe ! A La Rochelle (Charente-Maritime) lorsque les pêcheurs rentrent au port, ils tirent tous le même constat : qu’ils aient pêché près de la côte ou au large des îles de Ré et d’Oléron, le bar, le maigre, le merlan ou la raie disparaissent sous les poulpes.

« L’an dernier, on remontait trois ou quatre poulpes dans la saison de pêche, à la criée on voyait passer un bac par-ci, par-là », dit Philippe Micheau, président du comité départemental des pêches de Charente-Maritime. Mais « depuis le printemps c’est une explosion. Vu les quantités que les bateaux ramènent à terre, ça doit être épais au fond. Je suis pêcheur depuis plus de trente ans, je n’ai jamais vu ça », ajoute-t-il.

Plus de 27 tonnes pêchées cette année

Sur le port de pêche de La Rochelle, Pascal Bouillaud, le directeur de l’infrastructure, tient les comptes : 375 kg de poulpes pêchés en 2020 entre le premier janvier et le 15 octobre, 1.051 kg en 2019 pour la même période et… 27,3 tonnes cette année.

« Avant, c’était surtout les chalutiers qui pêchent au large qui en relevaient. Maintenant, il y en a aussi dans les pertuis », entre les îles et le continent, une zone qui fait office de nurserie pour la faune, qu’il s’agisse des crustacés ou des coquillages.

Or, le poulpe est particulièrement vorace, dit Paco Bustamante, chercheur en écotoxicologie à l’université de La Rochelle, « ça peut avoir un impact sur les mollusques – moules, praires, huîtres – et les crustacés comme les crabes et les araignées ».

Entre 6 et 8 euros le kg

En Bretagne, où la population de poulpes est importante aussi cette année, cela pose problème aux pêcheurs au casier. En revanche les pêcheurs au filet tirent leur épingle du jeu. « Il y a un marché, donc c’est intéressant », souligne Pascal Bouillaud. Le poulpe se vend entre 6 et 8 euros le kg. Si la France n’est pas une grande consommatrice, l’Italie, l’Espagne et le Portugal soutiennent la demande.

Ce retour du poulpe ne réjouit pas le chef rochelais triple étoilé au Guide Michelin, Christopher Coutanceau, qui l’avait « retiré de la carte car il était en perdition ici ces dernières années ».

« On gagne une espèce mais on risque d’en perdre plusieurs car le poulpe dévore tout », soupire ce militant de la pêche durable. « Ils attaquent les homards et les langoustes jusque dans les casiers. La saison des coquilles Saint-Jacques, qui va commencer, pourrait être compromise. J’en ai pêché un la semaine dernière, il avait mangé des pétoncles ! »

Moins de prédateurs

Pourquoi une telle abondance de poulpes ? Paco Bustamante n’a pas d’explications. Ce céphalopode a une vie courte, deux ans maximum. Alors il se développe très vite. « Une année froide, avec des températures basses, il n’y a pas trop de poulpes », explique le chercheur. « Mais une année plus clémente, comme l’hiver 2021, on constate une grande survie des larves. Et s’il y a moins de prédateurs comme les bars, les maigres ou les phoques, cela favorise la survie de la nouvelle génération », ajoute-t-il.

Mais il relativise un peu le phénomène. « Cette année, les prises sont très importantes mais ce n’est quand même pas une invasion de criquets ! », et « ce n’est pas vraiment nouveau. Les poulpes étaient très nombreux dans les eaux atlantiques dans la première moitié du XXe siècle. On ne sait pas trop pourquoi leur population a baissé dans la deuxième moitié. »