Toulouse : Pour suivre la mortalité des abeilles, BeeGuard met au point un compteur vidéo sur ses ruches connectées

INNOVATION Associé à des capteurs, un compteur vidéo et l’intelligence artificielle, le système ApiAlert de la start-up toulousaine BeeGuard permet de développer la biosurveillance des ruches et connaître mieux leur environnement

Béatrice Colin
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Un rucher équipé d'un compteur embarqué vidéo de la société BeeGuard.
Un rucher équipé d'un compteur embarqué vidéo de la société BeeGuard. — BeeGuard
  • BeeGuard, une start-up toulousaine, a développé il y a quelques années des ruches connectées, équipées de capteurs permettant de mieux les gérer et aussi mieux les surveiller.
  • La jeune pusse vient de mettre au point ApiAlert, un suivi continu et automatisé de la qualité de l’environnement des ruches, notamment grâce à un compteur vidéo embarqué dans la ruche.
  • Ce nouveau service doit permettre d’éviter la surmortalité des abeilles en cas de pollution chimique, grâce à des interventions précoces, ou encore de collecter des données sur l’environnement.

Aux beaux jours, près de 50.000 ouvrières prennent chaque jour leur envol de la ruche pour aller butiner dans un rayon de 3 km, avant de revenir au bercail pour nourrir la colonie. Le job des abeilles est loin de se limiter à la production de miel, puisque en sillonnant les vergers et jardins à la recherche de nectar, elles participent à la pollinisation.

Mais il arrive que certaines ne rentrent pas auprès de leur reine, victimes de conditions climatiques catastrophiques comme en 2021, du manque de nourriture ou encore de la pollution chimique des espaces environnants. Chaque année, 35 % des colonies meurent ainsi alors que 75 % des cultures ont besoin d’elles pour être pollinisées et se développer.

Une surmortalité dont les apiculteurs ne peuvent pas se rendre compte immédiatement, découvrant parfois au bout de quelques semaines que leur ruche a perdu plus de la moitié de ses travailleuses. Pour éviter de perdre l’ensemble de l’essaim, BeeGuard, une start-up toulousaine qui s’est lancée il y a quelques années dans les ruches connectées, vient de lancer ApiAlert.

Mieux connaître l’environnement de l’abeille

Ce compteur d’abeilles par analyse vidéo, embarqué dans la ruche, permet de faire au quotidien de la biosurveillance et vient compléter les capteurs d’hygrométrie ou encore météo déjà présents.

L'intelligence artificielle est utilisée pour estimer la mortalité des abeilles par la société BeeGuard.
L'intelligence artificielle est utilisée pour estimer la mortalité des abeilles par la société BeeGuard. - BeeGuard

« Nous filmons en continu la planche d’envol et grâce à l’intelligence artificielle nous détectons les abeilles et les suivons. Nous couplons ensuite les données entre celles qui sortent et celles qui rentrent, ce qui nous permet de connaître quotidiennement la mortalité, avec une marge d’erreur de 5 %. S’il y a une dépopulation des ruches à cause d’un impact chimique, nous le savons rapidement et cela évite que toute la ruche meure », explique Christian Lubat, le responsable de BeeGuard.

L’abeille, véritable capteur vivant, permet ainsi de collecter des données sur son environnement et d’en donner une photographie à un moment donné. Comme un drone, elle les ramène au serveur central, la ruche, et donne un tas d’informations fiables sur la biodiversité d’un territoire. Pour les apiculteurs, cela permet de mieux organiser le suivi de son rucher, d’anticiper les hausses de production ou encore de déménager son cheptel en cas de danger dû à l’épandage de produits phytosanitaires à proximité.

BeeGuard y voit aussi d’autres usages. Connaissant désormais « la force sa colonie », l’apiculteur peut proposer ses ruches à la location pour les agriculteurs qui ont besoin de pollinisation. « Cela peut servir aussi dans des domaines comme la viticulture qui a une dynamique vers une production plus verte, cela peut être un outil, notamment pour les labellisations. ApiAlert peut aussi servir aux pouvoirs publics, notamment dans la mise en place des plans biodiversités pour savoir s’ils sont efficaces ou lors d’actions de compensation ou d’équilibrage de la biodiversité », poursuit Christian Lubat dont l’entreprise installée à Labège a lancé une levée de fonds sur la plateforme Wiseed. Avec l’objectif de pouvoir dès l’an prochain installer une centaine d’ApiAlert sur ses ruches connectées.

Déjouer les vols de ruches

Aujourd’hui, BeeGuard en dénombre déjà 4.000 en France, en Italie ou encore en Suisse équipés de ses capteurs classiques qui permettent de mesurer l’hygrométrie et la température ou encore le poids de la ruche pour connaître son rendement. Grâce à un système de tracking GPS, elles disposent aussi d’un système sécurité, ce qui a permis de déjouer certains vols. Car avec la hausse des pertes, et la difficulté à trouver des essaims, certains apiculteurs malveillants ont décidé d’aller se servir chez leurs « collègues ». Cela a été le cas en Occitanie il n’y a pas si longtemps, où un exploitant de ruches a pu les récupérer grâce au GPS. Mais aussi en Italie il y a environ deux semaines ou les voleurs étaient carrément venus charger les ruches en camion.

De la surveillance classique à la biosurveillance, BeeGuard fait en sorte que les apiculteurs aient un peu moins le bourdon grâce aux nouvelles technologies.