Espagne : Greenpeace dénonce l’impact des « méga-élevages » sur la pollution de l’eau aux nitrates

ENVIRONNEMENT Particulièrement montré du doigt pour la pollution aux nitrates, le nombre de porcs a bondi de 21,5 % d’après l’ONG

20 Minutes avec agences
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Illustration d'une activiste de Greenpeace.
Illustration d'une activiste de Greenpeace. — Marin Driguez/SIPA

L’ONG environnementale Greenpeace a dénoncé ce jeudi la responsabilité des « méga- élevages » en expansion en Espagne dans la pollution de l’eau aux nitrates qui n’a cessé d’augmenter dans le pays ces dernières années. Dans un rapport intitulé « Méga-élevages, poison pour l’Espagne rurale », l’ONG fustige une « expansion démesurée et dénuée de contrôle de l’élevage industriel en Espagne » et son « grave impact sur la pollution de l’eau aux nitrates », appelant à un « moratoire ».

Selon des chiffres cités par l’ONG, tous types d’élevage confondus (bovin, caprin, ovin, porcin, avicole), le nombre d’animaux dans les élevages espagnols a bondi de 33,2 % entre 2015 et 2020 avec 139,8 millions de bêtes supplémentaires. Le nombre de porcs, particulièrement montrés du doigt pour la pollution aux nitrates, a bondi de 21,5 %. Selon Greenpeace, l’impact sur la pollution de l’eau est majeur.

Le taux moyen de nitrates dans l’eau a augmenté de 51,5 % entre trois ans

Se basant sur des chiffres officiels, l’ONG souligne que 75 % des nappes phréatiques ont vu leur pollution aux nitrates augmenter entre 2016 et 2019 et que le taux moyen de nitrates dans l’eau a augmenté de 51,5 % dans le pays sur cette période. L’ONG affirme par ailleurs avoir procédé à ses propres relevés d’eau sur l’ensemble du territoire entre avril et septembre pour constater que près du tiers (28,7 %) dépassaient le niveau autorisé de nitrates pour être déclarée potable.

Dans son rapport, Greenpeace dénonce l’inaction des pouvoirs publics et l'« inefficacité » des « Zones vulnérables aux nitrates » (ZVN), dispositif destiné à protéger certains territoires en freinant la pollution aux nitrates. La surface de ces ZVN a augmenté de quatre millions d’hectares en dix ans jusqu’à atteindre 12 millions d’hectares en 2021, soit 24 % de la superficie du pays. « Il est paradoxal de déclarer de plus en plus de ZVN » et de permettre dans le même temps une « hausse démesurée et incontrôlée du nombre de bêtes » dans les élevages, accuse l’ONG.

Dans un rapport publié lundi, la Commission européenne a estimé que l’Espagne faisait partie des pays ayant « un problème systémique de gestion » des rejets agricoles et devait « adopter d’urgence des mesures supplémentaires pour atteindre les objectifs de la directive sur les nitrates ». Plusieurs médias ont également pointé cette semaine la responsabilité des élevages porcins dans l’asphyxie de la mer Mineure, au large de la région de Murcie (sud-est). Début octobre, deux ONG ont annoncé avoir porté plainte contre l’Espagne auprès de la Commission européenne au sujet de la pollution de cette lagune salée.