Marseille : Le frelon oriental détecté pour la première fois en France, la traque s'organise

INSECTES Des scientifiques traquent le nid de ce cousin des frelons européens ou asiatiques, envisagent l’emploi de microbalises, et ont lancé un appel à signalement

Alexandre Vella
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Le frolon oriental a été signalé pour la première fois en France à Marseille
Le frolon oriental a été signalé pour la première fois en France à Marseille — Alain Coache / Ecotonia

Lorsque Gérard Filippi et ses deux collègues, Alain Coache et Bruno Gereys du cabinet d’expertise environnemental Ecotonia, arpentaient en cette fin d’été une friche industrielle du 15e arrondissement de Marseille, ils ne s’attendaient pas à pareille trouvaille. Butinant un lierre en fleurs, à deux pas du ruisseau des Aygalades, une espèce de frelon observée par Gérard Filippi ne devrait pas être là.

En entomologiste aguerri – il a déjà donné son nom à une espèce de papillon - il ne met pas longtemps à l’identifier. Son bas abdomen jaune caractéristique l’indique : il s’agit d’un frelon oriental. Jamais jusqu’à ce 22 septembre il n’avait alors été détecté en France. Et comme pour son cousin asiatique, ce frelon originaire des Balkans et de Turquie est un dévoreur d’ abeilles.

Une ouvrière frelon oriental
Une ouvrière frelon oriental - Gérard Filippi / Ecotonia

« Pas plus dangereux pour l’homme que les autres »

« Les frelons, comme les guêpes, butinent pour se nourrir. Mais pour nourrir les larves des nids, il leur faut des protéines, et c’est pourquoi ils s’attaquent aux abeilles », explique Gérard Filippi. Rapidement, l’équipe d’Ecotonia capture quelques spécimens et relève la présence des trois types de castes « reines, ouvrières et mâles. Ce qui indique qu’ils ont établi une colonie, poursuit l’entomologiste. Après en avoir capturé, je me suis fait attaquer par d’autres, ils sont très agressifs. Ce frelon, n’est pas plus dangereux pour l’homme que les autres espèces, mais il attaque comme les autres lorsque la colonie est menacée. »

La nouvelle de cette arrivée ne réjouit pas les apiculteurs, déjà en difficulté avec le frelon asiatique. « Cela va sûrement faire une contrainte de plus pour les apiculteurs », pense Pascal Jourdan, le directeur de Adapi (Association pour le développement de l’apiculture provençale). L’expérience de ce dernier a permis toutefois de mettre au point quelques techniques de lutte. « Il y a des solutions de piégeages, mais il doit être très massif pour protéger les ruches et être efficace », indique celui qui représente près de 500 apiculteurs.

Les apiculteurs professionnels pratiquent aussi l’itinérance, en déplaçant les ruches en moyenne montagne entre le 15 juillet et le 15 octobre, période à laquelle les frelons sont très actifs. « Mais le problème est celui de toujours fuir. Car c’est bien beau de laisser les abeilles plus longtemps en altitude, mais c’est plus risqué pour elles, et le jeu n’en vaut toujours la chandelle. L’idéal serait que l’administration parvienne à les éradiquer, ce qui n’avait pas été fait en 2005 avec le frelon asiatique. »

Des microbalises et une plateforme de signalement

Localiser le nid à Marseille, c’est ce que va tenter de faire ce vendredi Gérard Filippi. « Mais la zone est très encombrée, presque impénétrable autour du ruisseau », reprend-il. En cas d’échec, une équipe du Muséum national d’histoire naturelle descendra dès la semaine prochain de Paris. « On posera alors des microbalises sur des spécimens capturés pour trouver leur nid. Mais le procédé est très cher, de l’ordre de 200 euros pièce, détaille Quentin Rome, entomologiste spécialiste des frelons et guêpes au Muséum. Nous avons également lancé un appel à signalement auprès de l’INPN (Institut national du patrimoine naturel), notamment via l’application. Tout le monde peut y participer. »

Mais n’est-il déjà pas trop tard ? « En 2005, peu après le premier signalement du frelon asiatique, sa présence a été révélée dans 13 autres départements », se souvient Quentin Rome. Dans le cas de l’oriental, s’il n’est pas à exclure que soit présence soit plus ancienne, la chance pourrait être de l’avoir détecté presque immédiatement et avant la période d’hibernation, à l’issue de laquelle les reines s’en vont fonder de nouvelles colonies. « Il pourrait être arrivé récemment par un container déchargé à Marseille qui transportait des fruits ou du bois, en remontant ruisseau des Aygalades se jette dans le port », suppute Gérard Filippi pour expliquer cette arrivée.

Pour autant, si cette espèce devait parvenir à s’installer durablement, elle devrait ne pas coloniser toute la France. « Le frelon oriental préfère les milieux arides, contrairement à l’asiatique qui préfère les milieux humides, avance Quentin Rome. Ce n’est pas étonnant qu’il soit détecté en France la première fois à Marseille. Il est déjà présent en Grèce, en Italie, en Afrique du Nord, il pose un problème assez important aux apiculteurs israéliens ». Cette préférence pour les milieux humides à toutefois une conséquence négative. « On peut donc penser qu’il ne sera pas en concurrence avec le frelon asiatique », enchaîne l’entomologiste du Muséum national. Et colonise des espaces où le frelon asiatique n’était jusqu’alors que peu ou pas présent.