Toulouse : Une start-up veut mettre du chanvre dans vos assiettes

TENDANCE Une start-up toulousaine lance une gamme d’ingrédients culinaires uniquement à base de chanvre. Elle croit dans cette plante durable, cultivée pour elle en bio dans le Gers, et dans son petit goût de noisette

Hélène Ménal
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Les graines de chanvre brutes commercialisées par la start-up toulousaine V21.
Les graines de chanvre brutes commercialisées par la start-up toulousaine V21. — Spatule Prod
  • Une start-up toulousaine lance une gamme de produits culinaires à base de chanvre, autrement dit de cannabis, mais garanti sans effet planant.
  • Sa créatrice a convaincu des agriculteurs bio du Gers de semer cette plante dont les graines ont un petit goût de noisette.
  • Emilie Capel veut créer une filière locale pour le chanvre, riche en protéines et économe en eau.

Un carpaccio de radis à l’huile de chanvre, ou des graines de chanvre juste poêlées quelques secondes à faire pleuvoir sur une bonne salade verte. Voilà de quoi occuper une bonne partie de votre prochain brunch entre amis. Une fois écartées les blagues sur les éventuelles vertus planantes de vos préparations au cannabis, puisque les graines de chanvre ne contiennent pas de THC, vous pourrez disserter sur « leur petit goût de noisette ou de pignons de pin ». « L’huile de chanvre se marie très bien avec le balsamique et un filet d’huile d’olive par exemple », relève par exemple Emilie Capel, à la fois créatrice et unique employée de V21, une start-up toulousaine​ qui se pique de « mettre du chanvre dans vos assiettes ». Sous forme d’huile artisanale, de graines brutes, décortiquées ou pilées.

Rien ne prédestinait cette commerciale en marketing de 35 ans à convaincre des agriculteurs bio du Gers à se mettre au chanvre. Sa reconversion tient à des navigations Internet de confinement. « Je savais que le chanvre était utilisé dans les matériaux de construction mais j’ai découvert qu’il se mangeait qu’il était riche en protéines, en fibres et c’était une plante durable peu gourmande en eau et dont les feuilles qui tombent nourrissent le sol », raconte la Toulousaine.

« Les pluies ont suffi » pour la première récolte

Et quitte à se lancer, autant « créer une filière locale ». Emilie Capel a donc pris son bâton de pèlerin – enfin son clavier, en plein Covid. Un de ses mails a atterri dans la boîte de Bertrand Bortoloni, agriculteur bio et président de Champs du Gers, un groupement de 14 cultivateurs. « Elle avait besoin de graines pour se lancer, de matière, et ça me bottait d’essayer quelque chose de nouveau », raconte-t-il. Des mauvaises langues lui ont dit que la plante était « difficile ». Il a fait la mule et a ensemencé au printemps dernier quatre de ses 180 hectares avec du chanvre, « dans une terre bien affinée parce que la graine est petite ». Il confirme l’aspect durable : « Les pluies ont suffi, pas besoin d’irrigation. » Pas de problème non plus pour le ramassage. Juste quelques curieux attirés par une odeur familière et forcément déçus. De sorte que le 1er septembre, Emilie Capel et Bertrand Bortoloni brassaient par poignées leur première récolte.

Emilie Capel et ses produits à base de chanvre bio du Gers.
Emilie Capel et ses produits à base de chanvre bio du Gers. - Spatule Prod

L’huile et les graines conditionnées de V21 – pour le 21 vendémiaire, jour du chanvre dans le décidément très bucolique calendrier révolutionnaire et qui correspond au 12 octobre – arrivent en ce moment sur les étals des épiceries fines et bio d’Occitanie pour convertir les « cannavores ». Elles sont aussi disponibles en ligne. Si Emilie Capel gagne son pari, elle n’aura pas de problème d’approvisionnement l’année prochaine. « S’il en faut plus, on en plantera plus », promet son ami gersois.