Bouches-du-Rhône : Eclaircie en vue pour la réhabilitation de l'étang de Berre ?

ENVIRONNEMENT Serpent de mer de l’ouest marseillais, la réhabilitation de l’étang de Berre, malmené depuis des décennies, fait l’objet d’une feuille de route précise. Suffisant ?

Alexandre Vella
— 
L'étang de Berre regroupe de nombreuses activités
L'étang de Berre regroupe de nombreuses activités — Nicolas TUCAT / AFP
  • L’étang de Berre est la seconde plus grande étendue d’eau salée d’Europe.
  • Mais la mise en service en 1966 de la centrale hydroélectrique, qui rejette massivement de l’eau douce, a perturbé son équilibre écologique.
  • Un rapport parlementaire a fixé une feuille de route pour sa réhabilitation.

Seconde plus grande étendue d’eau salée d’Europe, l’étang de Berre, ou plutôt la question de sa réhabilitation, est un vieux serpent de mer pour les habitants de l’ouest marseillais. Voilà plus de trente ans que riverains, associations et politiques se battent pour que cette lagune côtière, qui communique avec la Méditerranée par le canal de Caronte (creusé par les légions romaines et long de 6,5 kilomètres) qui traverse la ville de Martigues, retrouve un équilibre écologique. En décembre dernier, un rapport parlementaire a conduit à la tenue d’ateliers réunissant l’Etat, les collectivités territoriales, et le syndicat mixte Gipreb, afin d’établir une feuille de route. 20 Minutes fait le point.

C’est quoi le problème déjà ?

Le déséquilibre écologique de l’étang de Berre remonte à 1966 et la mise en service de la centrale hydroélectrique EDF de Saint-Chamas, alimentée par une dérivation des eaux de la Durance. Celle-ci a causé apport massif et soudain d’eau douce, altérant sa salinité. Cette centrale a rejeté 2,1 milliards de mètres cubes d’eau douce dans l’étang jusqu’en 2005, date à laquelle, les rejets ont été réduits à 1,2 milliard de mètres cubes en 2005 après l’action en justice d’associations.

Avant cela l’apport en eau douce se limitait essentiellement aux eaux de deux petites rivières provençales qui se jettent dans l’étang : la Touloubre et l’Arc. La contenance totale de l’étang de Berre est de 980 millions de mètres cubes. Les rejets actuels de cette centrale correspondent donc à plus de d’une fois le volume d’eau de l’étang et ont provoqué un envasement important, du fait du déversement de limons contenus dans ces eaux.

Des poissons morts à la suite de la canicule de 2019, illustrant les problèmes causées par le rejets d'eau douce en période estivale
Des poissons morts à la suite de la canicule de 2019, illustrant les problèmes causées par le rejets d'eau douce en période estivale - BORIS HORVAT / AFP

Cette modification de la composition des eaux a été aggravée par l’effondrement du tunnel du Rove en 1963. Ce dernier faisait communiquer le nord de la rade de Marseille avec l’étang de Berre. En plus d’apporter de l’eau salée et de permettre aux petits bateaux de pêche de ne pas s’aventurer en mer, ce qui peut être dangereux les jours de mistral, ce tunnel crée un léger courant dans l’étang. Alors, quelles sont les solutions avancées dans cette feuille de route qui établit 19 objectifs et actions ?

Diminution et saisonnalisation des rejets de la centrale EDF

La première d’entre elles convient d’un nouveau schéma des lâchers d’eau de l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas. « L’accord avec EDF est tombé », s’est réjoui Éric Diard, député LR de la circonscription du sud-est de l’étang qui a porté le rapport avec deux de ses confrères, Jean-Marc Zulesi (LREM) et Pierre Dharreville (PCF). « EDF a accepté de diminuer ses rejets de 25 % et d’adopter un plan saisonnier », explique celui qui estime que « les planètes sont enfin alignées » pour la réhabilitation de l’étang.

Concrètement, l’apport d’eau douce sera établi à 900.000 mètres cubes annuels avec d’avantage de rejet en hiver qu’en été, période durant laquelle l’étang souffre davantage des apports de nutriments extérieurs. « Tout ce qui permettra à l’étang de recevoir moins d’eau douce est une bonne chose. On tient le bon bout », a estimé de son côté Raphaël Grisel, le directeur du Gipreb.

Réouverture du tunnel du Rove

S’il ne diminue l’apport d’eau douce, la réouverture du tunnel du Rove devrait permettre d’ajouter de l’eau salée et de « bonne qualité », ajoute Raphaël Grisel. Celle-ci permettra également d’offrir « une zone refuge aux poissons. Car à chaque crise, les poissons n’ont pas d’autres solutions que de quitter l’étang ou mourir ». Comme à l’automne 2018, lorsque à la suite de rejets exceptionnels de la centrale EDF, l’étang avait connu une importante crise anoxique, soit un manque d’oxygène.

Le coût de la restauration de cet ouvrage, construit dans la première moitié du XXe siècle, longtemps réclamé par les associations, devrait être supporté par la Région. En 2018, des études conduites par le Gipreb avaient estimé ce coût à 30 millions d’euros.

Mais la situation a évolué depuis, puisqu’un nouvel effondrement s’est produit en 2019. »

Événement qui ressemble à un coup de pouce du destin. « Des entreprises sont venues faire des renforts et ont construit un nouveau terre-plein qui va grandement simplifier le programme », poursuit Raphaël Grisel. Pour autant, cette réouverture n’est pas totalement acquise. De nouvelles études ont été diligentées et, sous réserve de la validation de ce programme, les travaux devraient débuter en 2024.

Quoi d’autre ?

On l’a dit, la feuille de route comporte 19 points. Parmi d’autres choses à relever, notons, un projet de délimonage du bassin de Cadarache. C’est d’ici que partent une partie des eaux de la Durance pour alimenter le canal EDF, et celui-ci est largement envasé. Le curer permettrait de réduire la charge de limons qui terminent sa course dans l’étang. Désimperméabiliser le bassin-versant pour réduire le ruissellement et limiter l’apport de polluant dans l’étang est aussi évoqué, de même que le raccordement des installations au réseau d’assainissement. Une étude d’opportunité d’un ouvrage de dérivation partielle des eaux permettant la réutilisation de celle-ci est aussi à l’agenda. Enfin, au rayon des activités économiques, le soutien aux activités de pêches professionnelles de culture de moules est évoqué.

Est-ce suffisant ?

Ces solutions sont-elles de nature à sauver l’étang de Berre ? Si elles vont indubitablement dans le bon sens, elles ne satisfont pas René Benedetto, président de l’association Étang nouveau qui lutte depuis 1988 pour sa réhabilitation. « Les mesures sont timorées. Nous sommes en dessous des enjeux, il faudrait limiter à 300.000 mètres cubes les rejets de la centrale », juge-t-il. « On bricole et aménage un peu, mais ça ne règle pas le problème d’apport massif d’eau douce. Eau qui par ailleurs manque cruellement à la Durance », complète-t-il.