Marseille : « Ecocide » en mer après des torrents de déchets emportés par la pluie

POLLUTION Les conséquences de la grève des éboueurs combinée aux intempéries ont déversé des quantités de déchets dans la Méditerranée

Alexandre Vella
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Marseille et ses environs inondés après de fortes intempéries. — 20 Minutes

Les amoncellements de déchets, issus de la grève des agents des éboueurs, et les violentes intempéries de début de semaine ont produit l’effet redouté : des tonnes de déchets emportés par les pluies se sont déversés dans la Méditerranée. Des 3.000 tonnes qui restaient à ramasser en ville, une partie se retrouve déjà sur les plages, mais l’essentiel emporté va arpenter la mer des siècles durant.

« Ecocide » et « scandale écologique »

« Les conséquences sont dramatiques », s’est révolté Hervé Menchon, adjoint au littoral et à la biodiversité à la mairie de Marseille (PS), qui n’a pas de mots assez durs pour l’exprimer. « Ecocide », « scandale écologique », « tout cela n’était pas une fatalité », a accusé l’élu, s’en prenant à Martine Vassal (LR), la présidente de la métropole, échelon administratif à qui revient la charge de la collecte des déchets. « Il était de la responsabilité de Martine Vassal d’engager des moyens supplémentaires », a-t-il ajouté.

La ville charge la métropole

Plus tard dans la matinée, après une réunion avec Benoît Payan, des élus de l’exécutif municipal ont organisé une conférence de presse au Pharo, devant le conseil de la Métropole. L’occasion pour la municipalité de gauche de formuler publiquement la demande de divorce sur la question des déchets. « Cette situation n’est pas acceptable, et la métropole doit prendre ses responsabilités », a enfoncé Yannick Ohanessian.

« C’est tellement plus facile », s’est défendu Roland Mouren, vice-président en charge de la propreté à la métropole. « C’est la faute de la métropole si on doit appliquer les lois [les éboueurs, en grève, contestait l’application de la loi de transformation publique] ? Si ça ne va pas assez vite ? J’avais annoncé dès vendredi que le retour à la normale prendrait une semaine. Il a plu. Il n’y a pas de surprise. La mairie souffle sur les braises, même après une grosse pluie. »

« La haine »

Dans l’urgence curative, 15 agents, cinq engins et des bennes dépêchées par le service de collecte ont arpenté les plages ce mardi, où s’échouaient les déchets. Mais le ciel continue ses caprices à Marseille, où le mistral est attendu pour ce mercredi, ce qui devrait emporter les déchets vers le large.

Reste que cette pollution soudaine, massive et prévisible suscite l’indignation jusque dans l’exécutif gouvernemental. Annick Girardin a réagi sur les réseaux sociaux. « Triste scène à Marseille », a écrit la ministre de la Mer, en accompagnement d’une vidéo montrant une rivière de déchets courant vers la mer.

« Ça nous fout la haine », résume Eric Akopian de l’association Clean my calanques. « On est dégoûtés. Cela fait quatre ans que nous faisons des actions de ramassage des déchets et en quarante-huit heures on repart à zéro. Marseille vaut mieux que cette guerre [entre ville et métropole] qui sépare les gens et la vraie question, est maintenant celle de la réduction de la consommation d’emballage à usage unique. » Ce mercredi, une nouvelle fois, Eric Akopian se retrouvera avec des bénévoles et volontaires, en milieu de matinée sur les plages du Prado pour remédier aux errances de la gestion publique.