Eolien : Un paquet de mesures pour permettre un « développement plus maîtrisé » en France

ENERGIES RENOUVELABLES Barbara Pompili a présenté ce mardi dix mesures visant à mieux accompagner le déploiement de l’énergie éolienne en France. Car déploiement il y aura bien, précise la ministre de la Transition écologique

Fabrice Pouliquen
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Des éoliennes dans la Beauce, le 20 juillet 2021.
Des éoliennes dans la Beauce, le 20 juillet 2021. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Avec près de 9.000 mâts installés pour 17,6 GW de puissance installée, l’énergie éolienne assurait 7,9 % de la production d’électricité française fin 2020.
  • Un ratio qui devrait augmenter : Barbara Pompili a répété ce mardi la nécessité de développer à l’avenir les énergies renouvelables dans un contexte attendu de croissance de la demande en électricité.
  • La ministre de la Transition écologique dit pour autant ne pas ignorer les protestations à l’encontre du déploiement de l’éolien en France « lorsqu’elles sont légitimes ». Dix mesures ont été présentées pour tenter de lisser les potentiels conflits.

« Le développement des énergies renouvelables est un enjeu essentiel pour la France et l’Europe dans les années à venir. Cela n’a rien d’idéologique, c’est factuel. » Avant de détailler les dix mesures que l’Etat instaure pour « un développement maîtrisé et responsable de l’éolien », Barbara Pompili a commencé par rappelé ce qu’elle dit être « une évidence ».

« Les deux tiers de nos consommations d’énergie finale en France reposent encore sur le pétrole et le gaz, poursuit la ministre de la Transition écologique. La seule façon d’atteindre nos objectifs climatiques, au-delà des efforts que nous engageons pour maîtriser la demande d’énergie, est de substituer ces sources d’énergies fossiles par des sources décarbonées. »

Ne pas tourner le dos à l’éolien

Dans cette optique, les renouvelables sont présentés comme des énergies de soutien au nucléaire, « à développer massivement dès aujourd’hui », insiste la ministre. Parmi elles, la filière éolienne tire son épingle du jeu. Avec un parc de 17,6 GW de puissance installée en 2020, elle assurait 7,9 % de la production électrique française (contre 6,3 en 2019), contre 2,3 % pour le solaire. « Ces cinq dernières années, les coûts de l’éolien ont baissé de 25 % et s’établissent autour de 60 euros le mégawatt/heure, ce qui en fait une énergie compétitive », souligne encore Barbara Pompili.

On l’a compris : le gouvernement n’entend pas tourner le dos à l’éolien, que ce soit sur terre ou en mer, malgré les contestations que ces parcs peuvent susciter. En particulier dans les territoires où son développement a été massif ces dernières années (Hauts-de-France, Grand Est…). Barbara Pompili dit entendre ces protestations « lorsqu’elles sont légitimes ». « Les ignorer et foncer tête baissée nous conduirait au blocage, et donc à l’incapacité de tenir nos objectifs », estime-t-elle.

C’est tout l’enjeu des dix mesures présentées ce mardi, préparées en concertation avec les représentants de la filière que sont France Energie Eolienne (FEE) et le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Cartographier les zones encore propices au développement de l’éolien

Une première partie des mesures traduit le souci d’instruire les projets d’éolienne avec un plus haut niveau d’exigence. C’est notamment la consigne donnée aux préfets, en veillant à s’assurer la compatibilité de ces projets avec les enjeux environnementaux locaux. Depuis 2020, un tiers des dossiers de demande d’autorisation ont été refusés par des préfets, soit 67 refus sur 206. Certains en raison de leurs impacts sur les paysages, d’autres pour des enjeux de biodiversité, d’autre encore en raison d’une saturation de parcs éoliens dans le secteur*. En mars 2020, les préfets avaient également reçu la consigne de cartographier les zones qui restent propices au développement de l’éolien, celles pour lesquelles il faut regarder au cas par cas, et celles où de nouveaux parcs ne sont plus souhaitables. « De premières cartes sont en cours de finalisation en Bretagne, dans les Hauts-de-France, le Grand Est ou l’Occitanie, détaille Barbara Pompili. Les autres suivront les prochaines semaines. »

Ces cartes viseront à faciliter la concertation en amont, en orientant d’emblée les porteurs de projets vers les zones « vertes », propices au développement de l’éolien. Ça ne permettra pas d’éviter tous les contentieux, anticipe la ministre. D’où cette autre mesure : créer une équipe de « médiateurs de l’éolien ». Ces quatre ou cinq inspecteurs généraux, relevant du ministère, pourront être saisis par les préfets sur les projets potentiellement problématiques.

Des améliorations attendues sur les pollutions sonores et lumineuses

Un autre pan de mesures concerne les impacts existants des parcs éoliens pour les riverains. « Le premier reproche entendu est celui de leurs empreintes en fin de vie, notamment leurs fondations en béton qui restent dans le sol, ou des structures enfouies après leurs démontages », indique Barbara Pompili. La ministre assure avoir pris les dispositions nécessaires « pour rendre obligatoire l’excavation complète des fondations et le recyclage de la quasi-totalité des éléments qui composent une éolienne ». « 90 % des éoliennes existantes doivent désormais être recyclées, notamment pour faire de nouveaux matériaux pour le BTP, précise-t-elle. Ce taux montera à 95 % pour les éoliennes installées à partir de 2024. »

La question de la nuisance sonore est aussi prise en compte. A partir de janvier, le contrôle du bruit sera systématique pour tous les nouveaux parcs, annonce la ministre. En cas de dépassement des seuils, le préfet pourra faire réduire la vitesse de rotation des pâles ou même exiger l’arrêt de l’installation. Des expérimentations seront enfin lancées pour réduire l’impact lumineux des éoliennes. Notamment à Chauché (en Vendée), où les signaux sont orientés vers le ciel, ou encore à Saint-Cirgues-en-Montagne (Ardèche), où ils ne sont allumés que lors du passage d’un aéronef. Des dispositifs qui pourraient être rapidement généralisés.

Consultation obligatoire des maires

Enfin, le troisième paquet de mesures vise à améliorer la concertation des populations locales. En clair, « que l’implantation d’un parc ne soit plus subie mais voulue », lance Barbara Pompili. Dans cette optique, les porteurs d’un projet devront obligatoirement consulter le maire de la commune concernée avant de le lancer, une mesure de la loi Climat et résilience qui sera appliquée à partir de 2022. Seront aussi instaurés des comités régionaux de l’énergie, coprésidés par l’État et la région. Ils « devront définir pour chaque région des objectifs de développement des ENR en adéquation avec nos objectifs nationaux, explique la ministre. Chaque région pourra ainsi être force de proposition sur la composition de son mix renouvelable, en privilégiant telle ou telle énergie en fonction de ses atouts et contraintes ». Un décret attendu pour début 2022 définira précisément ces comités.

Le gouvernement entend aussi favoriser l’émergence de projets de production d’énergie directement portés par les habitants. « Une feuille de route sera dévoilée lors des Assises de l’énergie citoyenne début novembre, indique Barbara Pompili. L’objectif sera de faciliter les démarches pour favoriser ces implications citoyennes, un facteur important pour rendre les projets plus consensuels. »

5.500 éoliennes en plus en 2028 ?

Si ces dix mesures peuvent entraîner un léger surcoût sur les projets éoliens, les organisations professionnelles de la filière disent l’accepter. « Il sera compensé par le fait qu’on peut, avec ces mesures, continuer à déployer l’éolien sur le territoire français », estime Nicolas Wolff, président de FEE. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe à la filière l’objectif d’arriver à 33,2 GW de puissances installées en 2028. Pour y parvenir, il faudra faire passer le parc éolien français d’environ 9.000 mâts aujourd’hui à 14.500 à cette date, estime FEE, en précisant que l’amélioration de la capacité de production par éolienne devrait permettre de baisser ce chiffre.