« Le sommet du Mont-Blanc baisse de 10 centimètres en moyenne par an depuis 20 ans »

INTERVIEW Des experts géomètres sont partis le 16 septembre mesurer le plus haut sommet d’Europe et établir aujourd’hui qu’il se situe à 4.807,81 mètres d’altitude

Propos recueillis par Caroline Girardon
— 
Le sommet du Mont-Blanc mesure aujourd'hui 4.807,81 mètres, selon les résultats d'une expédition menée le 16 septembr.
Le sommet du Mont-Blanc mesure aujourd'hui 4.807,81 mètres, selon les résultats d'une expédition menée le 16 septembr. — Caroline Girardon
  • Tous les deux ans, des experts géomètres mesurent le sommet du Mont-Blanc.
  • Dernière cote établie le 20 septembre et dévoilée ce mercredi : 4.807,81 mètres d’altitude, soit deux mètres de moins qu’en 2001.
  • 20 Minutes s’est entretenu avec Jean des Garets de l’ordre des géomètres-experts et en charge de cette mission.

Une « formidable aventure humaine » qui demande généralement une « grosse préparation physique ». Munis d’épaisses doudounes et de sacs pesant jusqu’à 7 kg, ils grimpent tous les deux ans sur le plus haut sommet d’Europe afin de le mesurer. Cette année, 27 volontaires, parmi lesquelles des guides de haute montagne et des experts géomètres, se sont embarqués dans l’aventure. De cette expédition de quatre jours, ils ont ramené une nouvelle cote dévoilée ce mercredi : aujourd’hui, le Mont-Blanc mesure précisément 4.807,81 mètres.

20 Minutes s’est entretenu avec Jean des Garets de l’ordre des géomètres-experts et en charge de cette mission.

Quels enseignements tirer de cette nouvelle mesure ?

En 2001, le sommet du Mont-Blanc mesurait 4.810,40 mètres, aujourd’hui il s’élève à 4.807,81 mètres. En 2017, il pointait à 4.808,72 mètres. Si l’on exclut l’année 2019, exceptionnellement basse et sur laquelle nous n’avions pas communiqué, nous observons une baisse du sommet du Mont-Blanc de l’ordre de 10 centimètres en moyenne par an depuis 20 ans. Soit une diminution globale de 2 mètres. Cette diminution est sensible mais il faut avoir en tête que 20 ans, c’est une période très courte à l’échelle de notre histoire. Cela ne nous permet pas de tirer des conclusions, juste d’esquisser une tendance.

Pour quelles raisons la mesure relevée en 2019 était exceptionnellement basse ? Et pourquoi ne pas en avoir tenu compte ?

La mesure effectuée cette année-là [4.806,03 mètres] sortait de la courbe d’un point de vue mathématique. Nous n’avons pas communiqué dessus car nous avons attendu de voir si cette baisse impressionnante se confirmait dans le temps. Ce n’est pas le cas puisque depuis, le sommet a regagné 1,80 mètre. De façon générale, le Mont-Blanc reprend de l’altitude pendant l’été. Vous avez des précipitations, de la neige essentiellement qui s’accumule et se transforme en glace. Quand le glacier s’écroule, il fait remonter l’altitude. En 2019, on ne savait pas si cette baisse exceptionnelle relevait d’une crise climatique sévère ou si elle était anecdotique. Aujourd’hui, elle paraît anecdotique.

L’année 2019 a été particulièrement chaude, on peut imaginer que la mesure enregistrée, anormalement basse, était liée à un manque cruel de précipitations durant l’été…

C’était sûrement le cas. Le plus intrigant, en revanche, et peut-être le plus alarmant est que nous avons eu en 2021 une météo particulièrement exécrable tout l’été. Et, nous avons ces mesures-là [inférieures à celles de 2017]. On aurait pu s’attendre à ce que le sommet du Mont-Blanc soit plus haut du fait des précipitations.

Peut-on lier cette tendance à la baisse depuis 20 ans au réchauffement climatique ?

Notre métier n’est pas d’interpréter les résultats car nous ne sommes pas climatologue ni glaciologue et donc pas compétent pour le faire. Mais, si l’on cherche une explication, on constate une chose avec certitude : la mer de glace remonte de 30 mètres par an. Si le glacier remonte, il est normal que le sommet diminue. Aujourd’hui, on observe que le sommet a tendance à diminuer mais on ne peut pas le corréler au réchauffement climatique car la période d’observation est encore trop courte.