Marseille : Une étude inédite révèle que l’eau de mer reçoit moins de mercure qu’estimé

BONNE NOUVELLE Menée à Marseille, cette étude publiée dans la revue Nature bouleverse les données connues jusqu’à présent sur le mercure dans l’eau de mer

Caroline Delabroy
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Par quel cheminement le mercure arrive-t-il dans l’océan, se sont interrogés les scientifiques (Illustration)
Par quel cheminement le mercure arrive-t-il dans l’océan, se sont interrogés les scientifiques (Illustration) — Dimitris Vetsikas / Pixabay
  • Une étude publiée dans Nature apporte une bonne nouvelle sur l’état de santé de l’océan et, par conséquent, des poissons dans nos assiettes.
  • Elle conclut que le mercure n’est pas principalement apporté par les eaux de pluie, contrairement aux estimations précédentes.
  • Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur une éventuelle diminution de la contamination des poissons.

C’est une bonne nouvelle sur l’état de l’océan et de nos assiettes que publie ce mercredi la revue Nature. « Il y a moins de mercure qui arrive par la pluie qu’on ne pensait jusqu’à présent, et moins de mercure tout court que l’ océan reçoit », résume Lars-Eric Heimbürger-Boavida, auteur d’un article inédit sur les traces du mercure océanique. Océanographe chimiste CNRS à l’Institut Méditerranéen d’Océanologie, d'Aix- Marseille Université, il travaille depuis des années sur ce métal lourd au fonctionnement très complexe. Et dont la présence dans l’océan provient soit de l’atmosphère, par la pluie, soit des gaz émis par l’industrie, du charbon en particulier.

L’une des particularités du mercure est son très fort pouvoir amplificateur. D’un côté, c’est un des éléments les moins concentrés de l’océan – on parle en valeur nanogramme par litre – de l’autre il a une capacité de se multiplier par 50 millions dès lors qu’il s’introduit dans l’eau de mer. C’est là que s’opère la transformation en méthylmercure, que l’on retrouve à taux élevé chez les gros poissons prédateurs, tels que le thon, l’espadon ou le requin. En France, il est recommandé aux femmes enceintes et enfants en bas âge de limiter leur consommation à trois fois par semaine.

La station marine d'Endoume
La station marine d'Endoume - Lars-Eric Heimbürger-Boavida

Des campagnes en Atlantique et en Arctique

« Par quel cheminement le mercure arrive-t-il dans l’océan ? », s’est ainsi interrogée l’équipe internationale de recherche. « C’était un gros challenge, cela nous a pris dix ans de développer une méthode pour identifier la signature isotopique du mercure dans l’eau », poursuit Lars-Eric Heimbürger-Boavida. A la station marine d’Endoume, puis lors de sorties en mer dans la baie de Marseille, ils ont prélevé l’eau, extraient le mercure sur de gros échantillons, mené des campagnes aussi en Atlantique et en Arctique. Jusqu’à arriver à cette conclusion encourageante : « L’apport de mercure par la pluie a été surestimé, il y a moins de mercure atmosphérique qui arrive dans l’océan qu’on ne le pensait. Le mercure n’est pas principalement apporté par les eaux de pluie, l’océan le respire comme le CO2. »

A écouter le chercheur, il est cependant encore trop tôt pour mesurer l’impact de ces résultats sur une éventuellement diminution de la contamination de poissons. « On espère que oui, c’est ce que nous allons tâcher de vérifier à présent. » Outre la complexité du mercure, d’autres paramètres peuvent faire évoluer les choses. Le réchauffement climatique pourrait ainsi jouer sur le processus bactérien de la production de méthylmercure et son transfert vers les poissons. Et ainsi tempérer les bons résultats du jour. « Il y a plein d’inconnues, et c’est ce qui rend aussi passionnant les études sur le mercure », conclut Lars-Eric Heimbürger-Boavida, sans se départir d’un certain optimisme.