Arcachon : Au large du bassin, un groupe d'orques s'amuse autour d'un bateau

ETONNANT Un guide de pêche a filmé un groupe d’orques en train de tourner autour de son bateau, le 23 septembre dernier, dans l'océan atlantique au large du bassin d’Arcachon

Mickaël Bosredon
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Des orques ont été filmées tournant autour d'un bateau au large d'Arcachon
Des orques ont été filmées tournant autour d'un bateau au large d'Arcachon — Olivier Dubrock
  • Une des trois orques est notamment restée longtemps autour du bateau, allant jusqu’à le toucher avec le bout de son museau, raconte le pêcheur.
  • Ces orques étaient certainement en train de suivre la migration des thons rouges, explique l’association One Ocean.
  • Elles venaient probablement d’un groupe d’orques établi dans la péninsule ibérique, et qui fait l’objet d’un suivi scientifique particulier, à cause d’interactions avec des bateaux qui se multiplient depuis 2020, selon l’Observatoire Pelagis de La Rochelle.

Lors des stages de pêche au thon qu’il organise au large du bassin d'Arcachon, Florent Surot voit « régulièrement toutes sortes d’espèces de dauphins, globicéphales et autres… » Cette année il a même « vu une tortue luth ». Mais des orques, « c’est la première fois », depuis dix ans qu’il pêche dans le secteur.

Ce jeudi 23 septembre, il était parti avec quatre personnes pour un stage de pêche au thon. « Je naviguais à 7 nœuds, tranquillement, raconte-t-il, quand un des stagiaires me dit qu’il vient de voir de gros ailerons au loin. Il s’agissait d’un groupe de trois orques. Et nous nous sommes retrouvés très vite avec une orque qui s’est rapprochée au niveau du moteur du bateau. Elle était plutôt curieuse puisqu’elle a même touché le bateau du bout du museau, puis elle est allée de l’autre côté et s’est retournée sur le ventre. » Il était à quelque dix mille nautiques (environ 20 km) de la côte. 

« Je n’ai pas senti d’agressivité »

Paula Mendez-Fernandez, ingénieure de recherche à l'observatoire Pelagis de La Rochelle, a analysé la vidéo et considère que l’orque, qui est un animal « curieux », « cherchait plutôt à jouer avec le bateau qu’à l’attaquer. » « Tous les ans en été, on a des observations d’orques par des pêcheurs ou des plaisanciers au large de nos côtes, poursuit l’ingénieure. Ce n’est pas fréquent, mais ce n’est pas rare non plus. Ce qui est en revanche inhabituel dans ce cas, c’est de voir une orque jouer avec un bateau à moteur, d’ordinaire elles préfèrent les voiliers car ce qui les amuse le plus c’est de jouer avec les safrans [une partie du gouvernail], et malheureusement elles finissent parfois par les casser. » Le 14 juillet dernier, un voilier avait d’ailleurs été « chahuté » par une orque au large de Royan (Charente-Maritime).

Comme c’est la première fois qu’il faisait face à cet animal à la réputation sulfureuse, le guide de pêche Florent Surot n’a « pas trop voulu jouer avec elle. » « Je n’ai pas senti d’agressivité, mais sachant qu’il y a déjà eu des histoires avec des voiliers où des orques avaient cassé les barres, j’ai décidé de maintenir mon cap et ma vitesse. »

Sans doute « en train de suivre des bancs de poissons »

Membre de l'association One Ocean, créée en 2018 à Arcachon par une biologiste marine dans le but de mettre en place un programme de recherche sur les cétacés au large des côtes de Gironde, Mathieu Ducret pense que ces orques « étaient en train de suivre des bancs de poissons » puisque nous sommes « en pleine période de migration des thons rouges de l’Atlantique, qui remontent vers le nord. »

Les animaux proviendraient d’une communauté d’orques établie au sud de la péninsule ibérique. « Il s’agit d’une sous-population, bien connue et isolée génétiquement parlant » précise Paula Mendez-Fernandez. « Il y a une petite centaine d’individus identifiés, c’est un groupe restreint considéré en danger notamment à cause de l’activité humaine dans ce secteur. »

Plus de 150 interactions entre des bateaux et des orques depuis 2020

Cette communauté a beaucoup fait parler d'elle ces derniers mois, des navigateurs évoquant plusieurs « attaques » de la part de ces animaux. Les scientifiques préfèrent parler, eux, « d’interactions », même s’ils confirment qu’il y en a de plus en plus, et qu’elles sont parfois musclées.

« Depuis 2020, on a recensé plus de 150 interactions entre des orques et des bateaux dans la péninsule ibérique », relève Paula Mendez-Fernandez. « Ce sont des animaux curieux, qui aiment s’approcher des bateaux ou jouer dans le courant provoqué par l’hélice. Il n’y a donc rien d’étonnant, surtout dans une zone où il y a beaucoup d’entreprises de navigation comme c’est le cas dans le détroit de Gibraltar. En revanche, ces scènes avec des interactions un peu plus violentes, qui ont causé des dommages sur les bateaux, sont assez nouvelles. »

Un groupe de travail, orquaiberica, réunissant plusieurs organisations et associations dont l’observatoire Pelagis, a même été créé en 2020 pour le suivi de cette population.

Surtout « ne pas opposer de résistance »

« On soupçonne fortement que les orques observées au large d’Arcachon proviennent de cette population, notamment parce que l’on sait que ce groupe est remonté depuis la fin du mois d’août au nord-ouest de la péninsule ibérique, indique Paula Mendez-Fernandez. Et ce sont des distances qu’elles peuvent parcourir très facilement. Mais on ne peut pas l’affirmer. »

En attendant, et puisque les interactions avec les bateaux se multiplient, un protocole de sécurité pour les navigateurs a été mis en place. « Il s’agit tout simplement d’arrêter le bateau et surtout laisser la barre libre, ne pas opposer de résistance, sinon elles ont encore plus d’emprise et c’est là qu’il peut y avoir des dégâts, explique l’ingénieure de Pelagis. Et évidemment il faut rester calme, en attendant qu’elles s’en aillent, car elles finissent par partir. »