Perpignan : Pourquoi le retour du train des primeurs est une bonne nouvelle pour l'environnement

FRET Le gouvernement a annoncé le 20 septembre que la ligne rouvrirait « mi-octobre »

Nicolas Bonzom
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Le train des primeurs (Archives)
Le train des primeurs (Archives) — LE BRUN BENJAMIN/SIPA
  • Après plus de deux ans d’interruption, le train des primeurs, qui transporte des fruits et des légumes entre Perpignan et Rungis, devrait être relancé en octobre.
  • Une bonne nouvelle pour la planète : le train avait été remplacé par des camions.
  • Mais les défenseurs de la ligne de fret restent vigilants : la configuration annoncée pour octobre n’est pas vraiment celle qui était en service avant la suppression.

Voilà plus de deux ans que le train des primeurs n’a pas roulé. A l’été 2019, cette ligne ferroviaire, qui achemine des fruits et légumes entre Perpignan (Pyrénées-Orientales) et le marché de Rungis (Val-de-Marne), avait été brusquement stoppée, faute de clients, et devant la vétusté de ses wagons réfrigérés. Après un long combat des cheminots et des élus, l’Etat a annoncé, le 20 septembre, sa réouverture. A priori, « mi-octobre ». Une remise en service qui s’inscrit dans le cadre du plan gouvernemental d’un milliard d’euros, pour le développement du fret.

Si le retour du train des primeurs est une bonne nouvelle pour la filière, c’est, aussi, une chance pour la planète. C’est même, pour le collectif Sauvons le train Perpignan/Rungis, un outil « indispensable » pour sa survie. « C’est une véritable victoire pour l’environnement, dans une période où les rapports alarmants s’accumulent sur le réchauffement climatique, confie Thomas Portes, son porte-parole. Supprimer ce train, comme l’avait fait la direction de la SNCF, avec le gouvernement, c’était surréaliste. »

Entre 25.000 et 40.000 camions par an

Car depuis sa fermeture, en 2019, le train avait été remplacé par des camions, lancés sur les autoroutes. « Entre 25.000 et 40.000 par an, estime Thomas Portes. Quand le train des primeurs ne roule pas, ce sont 44 tonnes de CO2 qui sont rejetés, chaque jour, dans l’atmosphère. » Contre à peine 3 tonnes, environ, pour la ligne de fret.

Le train des primeurs avait été arrêté faute de clients, et devant la vétusté des wagons (Archives)
Le train des primeurs avait été arrêté faute de clients, et devant la vétusté des wagons (Archives) - LE BRUN BENJAMIN/SIPA

« Cette suppression, c’était une aberration, poursuit-il. C’est pour cela que le combat avait rassemblé bien au-delà des rangs des syndicats de cheminots et des partis de gauche, en réunissant des associations, des citoyens. Et même des anciens députés macronistes. Personne ne comprenait pourquoi on avait remplacé ce train par des camions. »

Mais les défenseurs de la ligne restent vigilants, quant aux annonces du gouvernement. « Nous ne savons pas comment il va rouler, avec quel chargement, et si c’est avec le service public ou pas qui va s’en charger, reprend Thomas Portes. Il y a encore beaucoup d’interrogations. »

Moitié moins de wagons que dans le précédent train

Du côté de la CGT, si le retour du train des primeurs est une « victoire », le compte n’y est pas. « Les actes ne correspondent pas aux engagements, ni aux belles paroles, de nos dirigeants, gronde la CGT des cheminots de Perpignan. Nous apprenons que seulement 12 wagons seront dédiés quotidiennement à ce train. » Douze wagons, qui circuleront de novembre à mi-juillet au rythme de cinq liaisons par semaine, alors « qu’à l’origine, il y en avait 24 à 25 », déplore Mickaël Meunier, délégué de la CGT à Perpignan, et conducteur du train des primeurs. « C’est un "demi-train" », confie le cheminot, qui regrette qu’un « chargeur supplémentaire », selon ses informations, a été refusé. « Nous sommes donc encore loin, assure la CGT, d’un report modal de la route vers le fer comme l’exige aujourd’hui l’urgence climatique et sociale. »

C’est la société Rail Logistics Europe (RLE), regroupant Fret SNCF et ses autres filiales européennes, qui a remporté l’appel à manifestation d’intérêt, lancé par l’Etat. Dans un communiqué, le 23 septembre, l'entreprise indique que son offre combinera le train des primeurs de Perpignan à Rungis, et le transport de conteneurs sur l’autoroute ferroviaire, sur l’axe Le Boulou/Gennevilliers, à partir du mois d'avril prochain.