Marseille : « La grève part pour être dure », la question du temps de travail crispe les éboueurs

MOUVEMENT SOCIAL La métropole de Marseille rencontre ce lundi les syndicats des éboueurs dans l’espoir de désamorcer un mouvement de grève qui se durcit

Mathilde Ceilles
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La ville de Marseille fait face à une nouvelle grève des poubelles depuis la fin de la semaine dernière
La ville de Marseille fait face à une nouvelle grève des poubelles depuis la fin de la semaine dernière — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • Après la CGT, Force ouvrière a déposé un préavis de grève des poubelles à Marseille, laissant planer la crainte d’un mouvement dur.
  • Au cœur du bras de fer avec la métropole, la réforme du temps de travail des agents, imposée par la loi.
  • La métropole organise ce lundi des premières négociations dans l’espoir de mettre fin à cette grève.

Des sacs qui s’entassent à même le sol, dans une grande partie du centre-ville de Marseille, et des détritus qui petit à petit recouvrent la chaussée. Depuis près de quatre jours, la cité phocéenne fait de nouveau face à une grève ​des poubelles, notamment dans les 1er, 4e, 5e, 6e et 7e arrondissements de la ville.

Le mouvement a commencé jeudi soir, avec un débrayage d’une partie des agents au sein du dépôt de la Cabucelle, dans les quartiers Nord, à l’appel de la CGT qui a déposé un préavis de grève le 1er septembre dernier. Les jours passent et ce mouvement se poursuit, jusqu’à gagner du terrain. Selon nos informations, ce dimanche, seules sept bennes, sur les 27 que compte ce dépôt, sont ainsi sorties du dépôt de la Cabucelle.

Un dossier explosif

Et l’horizon ne semble pas s’éclaircir, tant le dossier à l’origine de cette grève est explosif. Comme l’exige la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, la métropole mène en ce moment même une réforme du temps de travail de ces agents effective d’ici le 1er janvier 2022, et en particulier des agents de la collecte.

Actuellement, ces derniers travaillent en effet environ 1.486 heures par an, soit bien moins que les 1.607 heures annuelles requises par cette loi, qui correspondent à 35 heures hebdomadaires. Conformément à l’article 2 de ce texte, qui prévoit des aménagements en cas de pénibilité, la métropole a proposé une pondération de 5 %, soit 1.530 heures annuels pour tous les agents de la collecte, administrative ou éboueur.

FO menace d’entrer en grève à son tour

De quoi faire bondir les syndicats des éboueurs. « Il faut mesurer la gravité de cette proposition, s’agace Véronique Dolot, coordinatrice CGT pour la collecte à la métropole. Cela voudrait dire que les rippers passeraient 5h42 par jour derrière leur benne. C’est surréaliste. C’est comme si on leur proposait de se jeter dans une piscine pleine de piranhas ! On parle quand même d’agents dont l’état de santé est déjà durement touché par leur travail. »

Le syndicat FO, majoritaire à Marseille, a déposé à son tour un préavis de grève pour lundi soir, 20 heures. « Une grève me semble inévitable et elle part pour être dure, affirme Patrick Rué, secrétaire général du syndicat Force ouvrière des agents territoriaux de Marseille et de la métropole. Ce lundi soir, ce sera plus sévère. Pas moins de 80 % des camions ne sortiront pas. Les bennes jusqu’ici ne sont pas sorties parce que ce sont les chauffeurs qui sont en grève. Mais pour le moment, le reste du personnel est là. Là, ça va être tout le personnel. Et on part sur des positions très éloignées entre la métropole et les syndicats. Ce qui transpire pour le moment de la part de l’administration ne nous inspire pas confiance. » Les deux syndicats évoquent par ailleurs une extension géographique du mouvement à l’ensemble de la métropole, dont les effets pourraient se faire sentir dès ce lundi matin. Dans un communiqué de presse transmis ce lundi dans la matinée, la CGT précise ainsi que la grève a atteint les communes d’Istres et Martigues.

Rencontre avec la métropole

Selon nos informations, face à la tournure que prend le mouvement, la métropole a décidé d’entamer des premières négociations avec les différents syndicats ce lundi, soit juste avant l’entrée en vigueur du préavis de grève de FO. « Le personnel de la collecte des ordures ménagères a fait part de ses revendications à la métropole, indique-t-on du côté de la collectivité. Le comité technique qui s’est tenu la semaine dernière marquait la première étape du dialogue social. La métropole souhaite à présent rencontrer l’ensemble des formations syndicales pour trouver, dans la concertation, les meilleures conditions pour les agents dans le cadre de la législation en vigueur. Un calendrier de négociations a été mis en place pour atteindre cet objectif. »

Mais quel aboutissement de telles négociations pourraient-elles connaître, et à quelle échéance, quand les différents syndicats ne s’accordent pas sur leurs objectifs ? De son côté, Patrick Rué affirme avoir « une quinzaine de revendications », dont la principale consiste en une « compensation financière » à l’augmentation du temps de travail. « On va devoir travailler plus pour pas un centime de plus, peste Patrick Rué. Mais il faut comprendre qu’être éboueur à Marseille, c’est différent d’être éboueur à Annecy ou Evian, qui sont des villes propres ! »

Des propos qui agacent la CGT. « Nous sommes le seul syndicat à avoir fait des propositions écrites, à savoir un temps de travail de 1.286 heures par an. Si FO obtient des compensations financières, ce sera très bien pour Marseille, mais rien ne sera fait pour les autres ! » Une absence d’unité syndicale déplorée de part et d’autre et qui ajoute un peu plus de complexité à une situation déjà pas vraiment simple…