Bretagne : Plus de cent ans après sa disparition, le loup bientôt de retour ?

NATURE Ce prédateur a été repéré en Vendée et en Normandie. Son arrivée en Bretagne ne ferait plus guère de doute, selon les naturalistes. Un observatoire pense même qu'il serait déjà présent

20 Minutes avec AFP
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Un loup (illustration).
Un loup (illustration). — SANTUCCI / ZEPPELIN/SIPA
  • La présence du loup sur le territoire français est authentifiée depuis 1992. Elle vait pourtant été éradiquée juste avant la Seconde Guerre mondiale.
  • Depuis, ce canidé sauvage a largement étendu son territoire. Au point de se rapprocher de l'ouest de la France.

Repéré le 14 mai dernier à Jard-sur-Mer, en Vendée, à moins de 200 km de la Bretagne administrative, le loup ira-t-il jusqu'à migrer plus au nord? Possible. Même les plus sceptiques appellent à se préparer à l’arrivée prochaine de ce grand prédateur dans la région. Pour l'Observatoire du loup, site internet créé en 2013, l’affaire est entendue. Le loup est présent depuis « décembre 2011 » en Bretagne avec « cinq zones de dispersion » dans la région, selon son fondateur Jean-Luc Valérie, photographe animalier domicilié en Alsace, qui dit se fonder sur une centaine d’indices recueillis par des bénévoles.

Ses annonces, contestées par les autorités, donnent régulièrement lieu à des articles dans la presse locale. Mais Jean-Luc Valérie, qui conspue « l’incompétence » et « les mensonges » de ses contradicteurs, se retrouve bien seul à crier au loup. « Ce n’est pas sérieux ! », tance ainsi Jean-François Darmstaedter, président de Ferus, association nationale de protection du loup. « A l’Observatoire du loup, ils voient des loups partout. Bientôt, ils vont en voir sur la place de l’Étoile à Paris ! », plaisante-t-il.

Dans une rare unanimité avec les associations environnementales, les chasseurs approuvent le constat. « On n’a rien, même pas de suspicion », explique-t-on à la Fédération régionale des chasseurs.

« Pas ma de fantasmes »

Et de fait, pour l’Office français de la biodiversité (OFB), qui fait référence en la matière, « il n’y a pas de présence avérée en Bretagne ». « Le loup suscite pas mal de fantasmes », explique Franck Varagnat, correspondant loup pour l’OFB en Bretagne, qui a travaillé 20 ans sur le grand canidé dans les Alpes.

Pour attester de la présence du prédateur, l’OFB se fonde sur plusieurs types d’indices : des photos prises par des pièges photographiques, l’analyse des proies retrouvées mortes, et des tests génétiques sur des excréments ou de l’urine. « Dès qu’une info nous remonte, elle est systématiquement exploitée », assure Franck Varagnat, qui pointe le « manque de rigueur scientifique » de l’Observatoire du loup. « Pour l’instant, sur la Bretagne, on n’a pas d’indice génétique de présence du loup », affirme-t-il.

Une partie de la confusion vient sans doute de la ressemblance du loup avec certaines espèces de chien, comme le chien-loup Tchécoslovaque ou le chien-loup de Saarloos, dont plusieurs cas de divagations ont été signalés dans la région. « Rien ne ressemble plus à un loup qu’un chien loup. Moi-même, je m’y suis trompé », confirme Jean-François Darmstaedter.

« Demain, dans 10 ans ou dans 15 ans… » 

Le dernier loup abattu dans le massif armoricain l’aurait été en 1913 à Tréméven, dans les Côtes d’Armor. L’espèce a ensuite été considérée comme éradiquée au niveau national en 1937, avant qu’un couple de loups ne soit observé dans le parc du Mercantour (Alpes-Maritimes) en 1992. La population de cette espèce protégée est aujourd’hui estimée entre 414 et 834 individus, avec une présence détectée jusqu’en Normandie et dans le Centre-Val-de-Loire.

Animal discret, qui peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres en quelques jours, le loup peut être difficile à détecter, même si la multiplication des pièges photographiques lui laisse peu d’échappatoire. Un loup venu du Nord de l’Allemagne a récemment été abattu dans les Vosges, à plus de 600 km de son lieu de naissance. Quand reviendra-t-il en Bretagne ? « Ça peut être demain, dans 10 ans ou dans 15 ans », avance Franck Varagnat.

Pour préparer cette étape, les naturalistes de l’association Bretagne Vivante et du GMB ont créé un site (loup.bzh​) destiné à « mettre à la portée de la population une information solide, sérieuse et vérifiable ». « On sait bien que le loup va revenir. Il faut une préparation psychologique des gens », explique Jean-Noël Ballot, adhérent de Bretagne Vivante et membre du Groupe Loup Bretagne.