Jouez à « geckolocaliser » ces gros lézards à ventouses qui débarquent partout en France

BIODIVERSITE On en voit désormais à Toulouse, Bordeaux ou même Strasbourg. Les geckos, ces gros lézards « caméléons », quittent leurs pénates sudistes. Des chercheurs toulousains comptent sur vous pour les « geckolocaliser » et expliquer le phénomène

Hélène Ménal
— 
Un gecko. Illustration.
Un gecko. Illustration. — Theo Allof - Mood Brad - Rex - Sipa
  • Les geckos sont de moins en moins exotiques. Encore cantonnés au bassin méditerranéen il y a quelques années, on les observe désormais dans de nombreuses villes françaises.
  • Cette expansion rapide pourrait s’expliquer par le réchauffement climatique.
  • Pour acquérir des données et expliquer le phénomène, des chercheurs toulousains lancent une expérience de science participative.
  • Vous pouvez les aider en signalant sur une plateforme les geckos que vous apercevez.

Pas de panique si vous voyez un lézard beaucoup plus gros que d’habitude scotché au mur de votre maison ou de votre immeuble. C’est officiel, les geckos de nos latitudes, aussi appelés Tarentes de Maurétanie ou du Midi, ne se contentent plus de lézarder autour du bassin méditerranéen. Depuis plusieurs années, ils migrent en dehors de leur aire de prédilection. Ces reptiles inoffensifs, parfois de 15 centimètres, reconnaissables à leurs ventouses sous les pattes et qui partagent avec le caméléon le superpouvoir de se fondre dans le décor, sont désormais aperçus en train de gober des mouches ou des moustiques dans de nombreuses villes : à Montpellier logiquement, à Toulouse – souvent en ce moment dans la lumière des lampadaires de la rue de la Colombette – Bordeaux, Lyon ou même Strasbourg.

Alors pourquoi ces déménagements ? Au laboratoire Evolution et diversité biologique de Toulouse (EDB-CNRS, IRD, Toulouse 3), les scientifiques ont bien quelques hypothèses : le réchauffement climatique​ global sur le continent a pu donner des ailes à ces geckos amateurs de siestes ensoleillées. Ou encore, les îlots de chaleur urbains avec ce bitume, ce béton qui restent bien chauds les nuits d’été ont pu les charmer. « Ou peut-être une combinaison des deux », avance Jessica Côte, doctorante à l’EDB.

Signalez sa présence… ou son absence

Mais pour en avoir le cœur net, il faut des données, des observations, qui pour l’heure manquent encore. D’où l’expérience de science participative lancée par le laboratoire et baptisée avec humour « GeckoLocalisation ». Une plateforme Internet permet aux habitants de France métropolitaine de remplir un formulaire pour signaler la présence du reptile. « Ou son absence, ajoute Jessica Côte, si nous voulons faire tourner des modèles cohérents pour établir une cartographie précise de sa présence ».

Le site a été lancé il y a deux mois en collaboration avec la Société herpétologique de France qui a activé ses réseaux d’amateurs éclairés et de spécialistes, amenant déjà 2.200 contributeurs. Pour devenir acteur de la biodiversité, contentez-vous d’ouvrir l’œil et de dégainer votre téléphone pour les capturer en photo. « Ce sont des animaux protégés comme la plupart des reptiles et très craintifs, il ne faut pas les manipuler », avertit la chercheuse.