Budget 2022 : Le ministère de la Transition écologique parmi les grands gagnants ?

FINANCES Le ministère de la Transition écologique voit son budget augmenter en 2022 pour atteindre 49,9 milliards d’euros, selon le projet de Loi de finances présenté ce mercredi. A la clé ? Des emplois en plus, mais aussi des programmes renforcés

F.P.
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Des travaux de rénovation énergétique dans un logement (illustration).
Des travaux de rénovation énergétique dans un logement (illustration). — P.Huguen/AFP
  • Le ministère de la Transition écologique est l’un de ceux qui pourraient voir leur budget augmenter en 2022. De 1,5 milliard d’euros, pour atteindre 49,9 milliards. Ce qui fait dire à l’Hôtel de Roquelaure qu’on n’a jamais autant investi dans la transition écologique.
  • Ce budget en hausse permettra déjà « de donner un coup de frein aux réductions des effectifs du ministère », dit-on dans l’entourage de la ministre, Barbara Pompili. Et même de créer 20 équivalents temps plein dans les parcs nationaux.
  • Des dispositifs d’aides à la transition écologique seront aussi renforcés. C’est le cas notamment de « MaPrimeRénov’ » pour la rénovation énergétique des bâtiments. Mais tout n’est pas qu’une question de montants, dit-on au Réseau action climat.

​Près de 50 milliards d’euros… 49,9 pour être précis. C’est le montant alloué au ministère de la Transition écologique dans le projet de budget 2022 présenté ce mercredi. Un budget qui consacre une « euphorie dépensière », attaque-t-on dans l’opposition. A ce stade, le gouvernement prévoit une baisse des dépenses de l’État de 34,5 milliards d’euros (- 7,9 %), avec la diminution du soutien d’urgence et de relance. Mais les dépenses dites « pilotables », qui correspondent aux actions des ministères, augmenteront, elles, de près de 12 milliards d’euros, précise l’AFP.

La Transition écologique en profite grandement. Avec 49,9 milliards d’euros donc, son budget 2022 « augmentera de 3 %, d’un peu plus d’1,5 milliard d’euros », précise-t-on à l’Hôtel de Roquelaure. « C’est son plus haut niveau historique, et ce montant s’ajoute aux 30 milliards d’euros du plan de relance consacrés à la transition écologique, dont 70 % doivent être engagés d’ici à la fin 2021, le restant en début d’année prochaine, précise un conseiller de la ministre, Barbara Pompilli. Ce portefeuille, qui a pu être lors des quinquennats précédents le parent pauvre de l’action publique, est désormais parmi les mieux dotés. »

Des créations d’emplois dans les parcs nationaux

Ces fonds supplémentaires permettront déjà « de donner un coup de frein aux réductions des effectifs du ministère », insiste-t-on à l’Hôtel de Roquelaure. Le ministère a été beaucoup touché sur ce point ces dernières années, au nom de la maîtrise de la dépense publique. Avec des baisses d’en moyenne 1.200 équivalents temps plein par an, rappelle-t-on à l’Hôtel de Rocquelaure. Celles-ci seront limitées à 350 en 2022. « Depuis quinze ans, les agences de l’eau perdaient 2,5 % de leurs effectifs chaque année, on y met fin dans le budget 2022 », illustre Barbara Pompili dans un communiqué de presse. Les effectifs de l’Office français de la biodiversité et du Conservatoire du littoral seront également pérennisés en 2022, après les baisses des dernières années.

Il y aura aussi des créations d’emplois. Vingt, notamment, dans les parcs nationaux. « Dix affectés au parc national de Champagne et Bourgogne [le dernier à avoir été créé, en novembre 2019], les dix autres renforçant les dix parcs existants », détaille une conseillère de Bérangère Abba, secrétaire d’État à la Biodiversité. Cela portera les effectifs de ces pars nationaux de 803 à 823 agents.

Ma PrimeRénov' dans les grands gagnants

Ces dotations supplémentaires iront aussi au renforcement de dispositifs instaurés pour accélérer la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Dans le détail, 5,9 milliards d’euros sont consacrés à la transition écologique (+13 % sur un an), 17 milliards au logement (+7 %), 8 milliards aux transports (+3 %) et 1,8 milliard à la recherche.

Parmi les grands gagnants, il y a «MaPrimeRenov’ », lancée en janvier 2020 en remplacement du Crédit d’impôt transition énergétique (CITE), qui existait depuis septembre 2014. L’idée reste d’inciter les ménages français à entreprendre la rénovation énergétique de leurs logements. Non plus par un crédit d’impôts, mais par une prime ouverte, début 2021, à tous les propriétaires quels que soient leurs revenus. Au printemps 2020, le plan de relance allouait 2 milliards d’euros à MaPrimeRenov’, avec l’ambition d’atteindre 400.000 dossiers de rénovation d’ici à fin 2021. Cet objectif a été dépassé cet été, et le gouvernement projette d’atteindre plus de 800.000 dossiers d’ici à la fin de l’année. Un succès inattendu qui pousse l’exécutif à pérenniser ce dispositif en 2022 en lui octroyant 2 milliards supplémentaires. « On a besoin de donner de la visibilité aux ménages et à la filière », explique un conseiller de Barbara Pompili, rappelant que le secteur du bâtiment représente plus du quart des émissions de gaz à effet de serre en France.

Des annonces saluées par les ONG environnementales ? « C’est certes une bonne nouvelle que le budget alloué soit en hausse, note Meike Fink, responsable transition climatique juste au Réseau Action Climat (RAC), fédération d’ONG. Mais nous sommes aujourd’hui dans le « dur » de la transition écologique, on ne peut plus se contenter de politiques « vert clair »… Les travaux d’I4CE (Institut de l’Economie pour le climat – ONG spécialisée sur l’économie et la finance) ont montré qu’on est loin, en termes de dépenses publiques, d’une trajectoire qui permette de réduire de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. »

« Mieux orienter les aides de MaPrimeRénov' »

Tout n’est pas non plus qu’une question de montants alloués. « Il faut que les programmes d’aides à la transition écologique soient bien ciblés, rappelle Meike Fink. C’est tout le problème de MaPrimeRénov', qui bénéfice donc d’un budget de plus en plus important, mais n’est pas orientée vers des rénovations performantes ; 80 % des 500.000 dossiers engagés concernent un seul type de travaux, en majorité des changements de chaudière. On est très loin de ce qu’il faudrait faire pour améliorer les classes énergétiques de notre parc de logements. »

L’association Cler-Réseau de la transition écologique, membre du RAC, appelle alors à « une réorientation rapide de MaPrimeRénov' vers des rénovations performantes visant le  niveau Batiment basse consommation (BBC) ». Ce qui implique d’encourager au maximum les rénovations globales des logements, non les par à-coups. « Dans ce contexte d’inexorables hausses des prix de l’énergie, l’atteinte de l’ambition BBC fera chuter les consommations et les factures et protégera significativement et durablement les ménages, particulièrement ceux en précarité énergétique », estime le Cler.

Pourtant, « il existe déjà des dispositifs d’aide qui permettent des rénovations plus ambitieuses », reprend Meike Fink. MaPrimeRénov’comporte ainsi, depuis cette année, un forfait rénovation globale – un bonus dopant les aides pour les plus gros chantiers. La responsable transition climatique juste au RAC cite aussi le programme « Habiter mieux ». « Il cible les ménages à faible revenu vivant dans la précarité et met en place en un véritable accompagnement dans leurs travaux de rénovation, avec une obligation de résultat dans les performances énergétiques atteintes », explique-t-elle.