Sibérie : Grâce aux satellites, on va en apprendre plus sur les origines de l’hécatombe des rennes sauvages

ESPACE Victimes du réchauffement climatique, d’épidémies ou encore de famines, les rennes sauvages sont de plus en plus menacés. Pour mieux cerner ce qui les affecte, ils sont suivis via des balises

Béatrice Colin
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Depuis cet été, 200 rennes sauvages de Yakoutie sont équipés d'un collier Argos doté d'intelligence artificielle.
Depuis cet été, 200 rennes sauvages de Yakoutie sont équipés d'un collier Argos doté d'intelligence artificielle. — Hari Nandakumar/CLS
  • Depuis le déploiement des balises Argos, 200.000 animaux ont été suivis depuis l’espace.
  • Cet été, 200 rennes de Yakoutie, en Sibérie, ont été équipés d’un nouveau collier qui permet de géolocaliser mais aussi avoir des données sur le comportement des animaux grâce à l’intelligence artificielle.
  • Ces nouveaux systèmes, déployés par l’entreprise toulousaine CLS, doivent permettre d’en apprendre plus sur les conséquences du réchauffement climatique sur les espèces menacées.

Ils sont un symbole de Noël, indissociable du traîneau qu’ils tirent pour livrer les précieux cadeaux. Mais d’ici quelques années, les rennes sauvages du Grand Nord pourraient bien manquer à l’appel le 24 décembre. Il y a encore 20 ans, ils étaient encore un million à fouler la toundra de Yakoutie, dans le nord-est de la Sibérie.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que 400.000. Une chute de 60 % de l’espèce qui s’explique en partie par le réchauffement climatique. Mais difficile de savoir si c’est dû au manque de nourriture à cause de la sécheresse l’été ou encore à l’eau de pluie transformée en glace l’hiver qui les empêche d’accéder au lichen. Sans parler de la propagation des maladies favorisée par la chaleur.

Un renne sauvage de Yakoutie équipé d'un collier Argos.
Un renne sauvage de Yakoutie équipé d'un collier Argos. - CLS

Pour suivre à la trace ces mammifères sauvages et mieux comprendre les causes de l’hécatombe qui les touche, l’espace a été mis à contribution. Cet été, 200 rennes ont ainsi été équipés d’un collier satellite doté d’une intelligence artificielle.

« Ce collier permet d’utiliser la technologie Argos pour leur positionnement, et d’aller plus loin grâce à l’intelligence artificielle pour avoir des données de comportement. Cela nous permet de corréler avec de la donnée imagerie satellite, pour savoir où ils sont, dans quel environnement. Cela nous informe sur la végétation, sur l’état des ruisseaux et lacs où ils vont boire, ainsi que des données météo », explique Christel Delmas, responsable des applications Argos au sein de l'entreprise toulousaine CLS spécialisée dans l’observation et la surveillance satellite de la Terre.

Des informations sur leur comportement

Autant de données qui pourront leur en apprendre plus sur la disponibilité d’eau ou de nourriture lors du passage d’un troupeau. Le collier pourra ainsi montrer si le renne est stressé, s’il a tendance à dormir plus que d’habitude ou encore à se déplacer de manière anormale. Des informations qui peuvent remonter une fois par jour ou toutes les dix minutes en fonction de sa programmation. Elles serviront à voir quelles sont les décisions à prendre pour les préserver.

Pour faire aboutir ce projet, un consortium a été créé avec des scientifiques, les autorités territoriales, le CNES et l’Agence spatiale européenne, ainsi que les représentants des populations nomades, qui vivent essentiellement de l’élevage du renne. Si les premiers résultats scientifiques sont attendus pour l’an prochain, les colliers ont déjà permis à certains membres de cette communauté de retrouver des troupeaux égarés dans ce territoire immense où les systèmes de communication terrestres sont limités.

Les petites espèces bientôt suivies elles aussi

A terme, l’idée est aussi d’équiper de ces colliers dotés d’intelligence artificielle d’autres grands mammifères, comme les chevaux sauvages, les bisons ou encore les chameaux qui ont tendance à migrer. Ou suivre à terme des troupeaux de brebis dans les Pyrénées pour voir leur comportement lorsqu’elles sont face à un prédateur, ours ou loup.

« L’objectif est d’aller vers la miniaturisation avec les nouvelles capacités du système pour équiper toutes les espèces que nous suivons déjà avec le système Argos, que ce soit les oiseaux ou encore les tortues juvéniles », poursuit Christel Delmas. Depuis la création du système, plus de 200.000 animaux ont été suivis par géolocalisation.

A partir de 2023, celui-ci va pouvoir s’intensifier grâce à la constellation Kinéis de 25 nano satellites qui permettra de suivre ces toutes petites espèces. Jusqu’à présent, elles ne pouvaient pas être suivies, les balises n’étant pas adaptées. Mais avec leur passage en taille XXS, « on va pouvoir avoir des infos sur ces années perdues, notamment chez la tortue juvénile qui est une espèce symbolique ».