Photo animalière : Au plus prestigieux des concours, Emelin Dupieux, 15 ans, brille déjà

PORTRAIT Il y a trois ans, l’Ardéchois s’est mis à la photo pour prolonger la passion qu’il a depuis tout petit pour la nature. Et cela lui réussit bien. Sur les 50.000 clichés qui ont concouru au Wild photographer of the year, le plus prestigieux en la matière, le sien a retenu l’attention

Fabrice Pouliquen
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À la tombée de la nuit, un papillon Apollon (Parnassius appolo) se pose sur une marguerite sous l'objectif du jeune Ardéchois Emelin Dupieux, qui avec ce cliché, se hisse parmi les 100 photos lauréates du Wildlife photography of the year.
À la tombée de la nuit, un papillon Apollon (Parnassius appolo) se pose sur une marguerite sous l'objectif du jeune Ardéchois Emelin Dupieux, qui avec ce cliché, se hisse parmi les 100 photos lauréates du Wildlife photography of the year. — ©EmelinDupieux
  • 50.000 clichés de photographes du monde entier… Le Wildlife Photographer of the year, organisé depuis soixante ans par le Musée d’histoire naturelle de Londres, sera encore cette année le plus prestigieux des concours de photos animalières.
  • Amoureux de la nature et passionné de photographie animalière depuis trois ans, Emelin Dupieux, 15 ans, y a fait concourir l’un de ses clichés pris à l’été 2020. Celui d’un papillon Apollon, saisi à la tombée de la nuit, sur sa marguerite, dans le Jura.
  • Une photo d’une beauté saisissante qui témoigne de l’érosion de la biodiversité. Deux critères auxquels le jury du Wildlife Photographer of the year est très attentif. Bingo, Emelin Dupieux est dans les 100 photographes qui ont retenu son attention.

C’était à la tombée de la nuit, au beau milieu de l’été 2020, dans une prairie des montagnes du Jura. Après avoir virevolté toute la journée, un Apollon se pose sur une marguerite. Le papillon a encore ses ailes déployées. Il les refermera quelques minutes plus tard, passant définitivement en mode nuit.

La scène n’échappe pas à Emelin Dupieux, 14 ans alors. Le fondu de photographie animalière n’était pas tout à fait là par hasard. « J’étais en vacances avec mes parents et nous avions passé la journée à nous balader en montagne, à l’affût de ce que nous pourrions photographier, raconte-t-il. Jusqu’à découvrir cette prairie que semblaient visiblement apprécier une dizaine d’Apollons. »

L'Ardéchois Emelin Dupieux, 15 ans, passionné de photographie animalière.
L'Ardéchois Emelin Dupieux, 15 ans, passionné de photographie animalière. - @Emelin Dupieux

« Techniquement, sa photo est irréprochable »

Il ne restait plus à Emelin Dupieux qu’à revenir à la tombée de la nuit. Pendant cet instant privilégié, il multiplie les clichés tout en ajustant progressivement les réglages et la mise au point. Jusqu’à obtenir le cliché parfait. « Un papillon blanc sur une fleur de la même couleur, ça permet de faire un réglage en sous-exposant la photographie, explique Simon Bugnon. Photographe professionnel, Ardéchois lui aussi, il a déjà immortalisé, par le passé, des Apollons sur des marguerites. "Cela permet de garder le papillon correctement exposé tout en ayant, autour, un arrière-plan très sombre. Noir même », raconte-t-il.

Sur la photographie d’Emelin, les blancs se détachent en effet dans un contraste saisissant et font ressortir les quelques touches de couleurs. Les cœurs jaunes des marguerites et les ocelles rouges de l’Apollon. « Techniquement, la photographie d’Emelin est irréprochable, reprend Simon Bugnon. Il y a une très bonne maîtrise du cadrage, de la lumière. Il n’y a pas grand-chose qui peut distinguer une photographie comme celle-là – d’un amateur passionné – de celle d’un professionnel. »

Simon Bugnon n’est pas le seul à le penser. Ce cliché, Emelin Dupieux l’a fait concourir au Wildlife photographer of the year, le plus grand concours de photographie animalière qu’organise chaque année, depuis près de soixante ans, le Natural History museum de Londres. « Le plus prestigieux en la matière », raconte Jean-Yves Kernel, directeur  des éditions Biotope , qui réalisent, depuis cinq ans, la version française du portfolio compilant les 100 plus belles photos de chaque édition.

Dans les trois finalistes parmi 1.200 clichés

Cette année, 50.000 clichés, pris par des photographes de 100 nationalités – amateurs et professionnels –, sont passés entre les mains du jury international. Et celui d’Emelin est dans les trois photographies finalistes parmi les 1.200 reçues dans la catégorie 11-14 ans. Pas rien donc. « En cinq ans, aucun Français ne s’est hissé en finale dans cette catégorie », rappelle Jean-Yves Kernel.

L'Ardéchois Emelin Dupieux, 15 ans, passionné de photographie animalière.

Emelin Dupieux est déjà assuré d’avoir sa photographie dans les 100 retenus pour figurer dans le portfolio 2021, lui qui garde ceux des années précédentes sur sa table de chevet. Déjà une belle récompense « Mais j’ai aussi vu que ma photo est dans les quinze choisies par les organisateurs pour promouvoir cette nouvelle édition », se félicite-t-il. Et la cérémonie de remise des prix, ce lundi 11 octobre à Londres, pourrait accoucher d’une nouvelle belle surprise si l’Ardéchois obtient le premier prix dans sa catégorie.

Jean-Yves Kernel ne serait pas surpris, lui qui sait le jury attentif à deux critères principaux. « L’esthétique avant tout et depuis toujours, détaille-t-il. Mais le beau ne suffit plus, il faut aussi que la photo raconte une histoire. Et ce sont souvent alors les clichés qui permettent de prendre conscience de l’empreinte qu’ont les activités humaines sur la nature qui sont récompensés. »

L’esthétique et l’histoire

La photo d’Emelin Dupieux joue bien sur les deux tableaux. « Il est de plus en plus rare de croiser un Apollon en France, rapporte l’Ardéchois. Pour survivre, il a besoin d’avoir un manteau neigeux suffisant pour protéger ses œufs du gel et leur permettre de passer l’hiver. En moyenne montagne, comme celles qu’on a en Ardèche, ce manteau est bien souvent insuffisant désormais, si bien qu’on ne le retrouve quasiment plus qu’en haute montagne, où il reste menacé. »

Cela dit aussi la rareté du moment vécu par Emelin Dupieux ce soir d’été 2020, et des efforts consentis pour vivre cet instant privilégié. La première qualité du photographe naturaliste ? « Etre un passionné, un amoureux de la nature, et Emelin l’est incontestablement », estime Simon Bugnon, qui le connaît bien pour l’avoir reçu en stage. Avoir un père chargé de mission au parc naturel régional des monts d’Ardèche aide aussi. D’ailleurs, Emelin Dupieux se dit d’abord passionné de nature, lui qui passe l’essentiel de son temps libre dehors. « La photo, je m’y suis mis il y a trois ans seulement, justement pour prolonger ce plaisir que j’avais à observer la faune qui vit autour de chez moi », explique-t-il.

Peu à peu, le lycéen s’équipe de son propre matériel, écume les festivals de photographies pour améliorer sa technique et rencontrer des photographes aguerris. Surtout, il consacre à cette passion bon nombre de ses week-ends, « jusqu’à bivouaquer, parfois, avec mon père », raconte-t-il.

Les régions polaires dans un coin de la tête

Simon Bugnon, qui a lui aussi commencé très jeune la photographie, assure qu’il était loin d’avoir ses qualités au même âge. « Il lui reste à affirmer son regard, trouver sa propre démarche artistique », estime-t-il. Emelin Dupieux a déjà des idées en tête, lui qui dit adorer photographier le thichodrome échelette. « Un oiseau magnifique avec ses ailes rouges, qui vit sur les falaises et dont un individu vient chaque hiver nicher à côté de chez moi », décrit-il.

L’Ardéchois n’entend pas non plus se limiter à son département. S‘il pense d’abord, une fois le bac en poche, s’orienter vers un BTS « Gestion et protection de la nature» , Emelin Dupieux rêve de pouvoir vivre de la photographie animalière et de voyager. Avec, dans un coin de sa tête, l’idée d’arpenter deux régions qui le fascinent par-dessus tout. L’Antarctique et l’Arctique. « J’aime beaucoup les régions froides et la faune qui y vit, glisse-t-il tout simplement, Ce sont des endroits très hostiles où, en tant qu’être humain, on se sent forcément très petit face à la nature. »

Emelin Dupieux marcherait alors sur les pas d’un autre photographe qu’il cite, avec Simon Bugnon, parmi ses références. Le Français Vincent Munier, le premier à avoir photographié le loup arctique, et qu’il faut écouter raconter sa rencontre avec une meute de neuf loups blancs en 2013. Vincent Munier qui, tiens, tiens, est le premier photographe au monde à avoir reçu trois fois le prix spécial Eric Hosking Award du Wildlife Photographer of ther Year.