Déchets nucléaires à Bure : La réunion publique sur la DUP empêchée par des opposants

ENFOUISSEMENT Les opposants et opposantes au site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure estiment que la Déclaration d'utilité publique n’est là que pour donner bonne conscience aux porteurs du projet

20 Minutes avec AFP
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Dans la région de Bure, où doit être construit un site d'enfouissement des déchets nucléaires.
Dans la région de Bure, où doit être construit un site d'enfouissement des déchets nucléaires. — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Plusieurs dizaines d’opposants au projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure (Meuse) ont empêché vendredi la tenue de la réunion publique organisée dans le cadre de l’enquête publique sur ce projet. Créant un fort vacarme avec des sifflets, les militants anti-Cigéo ont inhibé toute prise de parole lors de cette réunion organisée à la salle polyvalente du village meusien de Gondrecourt-le-Château. Cette étape est un préalable à une éventuelle déclaration d’utilité publique (DUP) du projet piloté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).

La gendarmerie, présente sur les lieux, est intervenue et a procédé à l’évacuation de la salle qui a eu lieu dans le calme. « Ces réunions publiques sont une mascarade : les porteurs de projet ont l’obligation de les organiser, mais en aucun cas ils ne tiennent compte de l’avis des personnes », a déclaré Louise, une militante qui n’a pas souhaité donner son nom. « On ne va pas venir faire semblant de dire qu’on n’est pas d’accord alors que les autorités se moquent de ce qu’on pense », a-t-elle poursuivi.

« Je suis déçu, mais pas surpris »

« C’est un message très clair adressé aux pouvoirs publics et aux commissaires enquêteurs : il y a un gros malaise dans la région et ça dure depuis vingt ans », a estimé Corinne François, membre du collectif Bure Stop. « Toute l’argumentation scientifique en défaveur du projet n’est pas prise compte. L’Andra [le porteur de projet] dit ''on y répondra au fur et à mesure du projet''. Ce n’est pas sérieux », a ajouté la militante qui n’a pas participé au blocage.

« C’est bien dommage, nous souhaiterions que chacun s’exprime de façon audible », a déploré de son côté Claude Bastien, le président de la commission d’enquête. Il a souligné que l’enquête se poursuivait, par téléphone, sur Internet et dans les permanences organisées dans certaines mairies. « Je suis déçu, mais pas surpris, a indiqué Patrice Torres, directeur industriel à l’Andra. Nous souhaitons que les échanges se poursuivent et que la démocratie puisse s’exprimer. »

« Je suis extrêmement heureux de la tournure des évènements »

Dans le public, les réactions étaient assez variées. « C’est une petite faction qui impose sa loi aux autres, c’est antidémocratique, ils nous prennent en otage », s’est agacée Jeanne, une riveraine. « Je suis extrêmement heureux de la tournure des évènements », a au contraire réagi Benoit, un retraité de 62 ans. « Il n’y a plus à discuter. L’Andra achète la conscience des gens avec les millions des GIP [Groupement d’Intérêt Public], promet monts et merveilles en termes de retombées financières dans une zone où il n’y a pas d’emploi, c’est une grande hypocrisie, juste pour installer sa poubelle nucléaire. »

Plusieurs débats publics nationaux ont déjà été organisés autour du projet Cigéo et de la gestion des déchets nucléaires, notamment en 2013 et en 2019. Le projet Cigéo vise à enfouir, à 500 mètres sous terre à Bure 85.000 m3 des déchets les plus radioactifs du parc nucléaire français, à partir de 2035. L’obtention de la DUP permettrait la mise en conformité des documents d’urbanisme et l’acquisition par l’Andra des terrains nécessaires par expropriation.