Journées du patrimoine à Nantes : Au cœur de l'une des plus grandes stations d’épuration de France

DECOUVERTE La station de Tougas traite les eaux usées de 600.000 habitants de l'agglomération nantaise. Son rôle est essentiel, mais son fonctionnement, parfois spectaculaire, est largement méconnu

Frédéric Brenon
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La station d'épuration de Tougas, à Nantes, l'une des plus importantes de France.
La station d'épuration de Tougas, à Nantes, l'une des plus importantes de France. — F.Brenon/20Minutes
  • Impressionnante avec tous ces bassins, la station d'épuration de Tougas est l'une des plus grandes de France.
  • Sa mission est d'assainir les eaux usées et eaux pluviales.
  • De nombreux déchets solides sont récupérés dans le processus.

Visiter une station épuration, quelle drôle d’idée ! « C’est moche », « c’est sale », « ça pue », pourrait-on s’imaginer avant même d’y mettre un pied. Pourtant, ces usines de traitement des eaux usées reçoivent régulièrement des scolaires et du grand public. « Il y a une grande méconnaissance de ce qui s’y passe alors qu’elles sont indispensables à notre quotidien. Nos visiteurs apprécient et en ressortent généralement avec un tout autre regard sur le cycle de l’eau », souligne Marielle Pouliquen, directrice adjointe de l’agence Suez de Nantes.

Ce samedi matin, c’est l’une des plus grandes stations d’épuration de France qui ouvre ses portes dans le cadre des Journées européennes du patrimoine : la station de Tougas, à l’ouest de Nantes. Etalée sur une vingtaine d’hectares non loin de la Loire, elle a pour mission de traiter les rejets d’environ 600.000 habitants. « Quand on tire sa chasse d’eau, qu’on vide son évier, ça arrive ici, confirme en souriant Kevin Boucaron, responsable process du site. Mais la particularité de Tougas c’est qu’elle reçoit aussi, par les mêmes tuyaux, les eaux pluviales du centre-ville de Nantes. »

Canettes, cotons-tiges, masques, lingettes…

Même si elle fonctionne avec peu de personnel, l’usine ne s’arrête jamais. L’eau, qui arrive donc souillée, doit en ressortir propre, moins de 24 heures plus tard. Un procédé qui passe par quatre étapes principales. La première est le « dégrillage » : les effluents bruts traversent des grilles de plus en plus fines afin de bloquer les déchets solides. « On retrouve des canettes, des morceaux de plastiques, des emballages, des bouts de bois qui sont charriés par la pluie et tombent dans les avaloirs de rue. On a aussi de grosses quantités de cotons-tiges, de lingettes et même de protections hygiéniques ou de masques. Ils ne devraient jamais arriver là. C’est problématique, car ils ont tendance à se plaquer contre les équipements et peuvent provoquer des bouchons », se désole Marielle Pouliquen.

Le bâtiment de pré-traitement de la station d'épuration de Tougas, à Nantes.
Le bâtiment de pré-traitement de la station d'épuration de Tougas, à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Après le dégrillage vient la phase de « déssablage-dégraissage », laquelle consiste à extraire, par un mouvement d’air, la graisse et les grains de sable. A chaque fois, les odeurs sont captées et traitées pour « ne pas incommoder les riverains ». A ce stade, l’eau est déjà pas mal décrottée. Elle se dirige ensuite vers les immenses bassins de « traitement biologique ». Une troisième étape spectaculaire, à ciel ouvert. « Dans ces bassins, ce sont différents types bactéries qui font le travail, explique Kevin Boucaron. Elles se nourrissent des matières polluantes, principalement l’azote, le carbone et le phosphore, qu’elles dissolvent. Le dépôt tombe au fond des bassins et seule l’eau claire reste à la surface. » Le plus dur est fait.

« On la renvoie directement dans la Loire »

La quatrième étape consiste alors à aspirer la « boue » du fond des bassins et à l’assécher par centrifugeuse. Une fois collectées et complétées par la chaux, ces boues d’épuration pourront être réutilisées comme fertilisant dans l’agriculture​. Parfois le traitement biologique se « dérègle », signe d’une présence plus importante de polluants chimiques. « Les rejets sauvages d’industriels sur le réseau public, ça existe encore. D’une manière générale, il faut éviter de vider ses produits chimiques et détergents dans l’évier. Tout ne disparaît pas par magie. »

A gauche, un échantillon d'eau prélevé à l'entrée de la station. A droite, un échantillon prélevé en sortie.
A gauche, un échantillon d'eau prélevé à l'entrée de la station. A droite, un échantillon prélevé en sortie. - F.Brenon/20Minutes

Et l’eau assainie alors, que devient-elle in fine ? « On la renvoie directement dans la Loire, indique Marielle Pouliquen. Sa qualité est mesurée en permanence et régulièrement contrôlée. Elle est suffisamment propre pour être rejetée mais quand même pas suffisamment pour être potable, contrairement à certaines idées reçues. On a des usines de traitement de l’eau potable, extrêmement sécurisées, pour ça. »

La station d’épuration de Tougas traite près de 4 millions de m3 d’eaux grises par mois, soit l’équivalent de 1.100 piscines olympiques. Sa capacité devra encore être augmentée ces prochaines années pour accompagner la croissance démographique.