Utiliser le système des « miles » pour les transports durables, la bonne idée pour les booster ?

MOBILITE DOUCE C’est l’idée de l’appli Rob ou de Transway, qui développent des programmes de fidélité où plus on opte pour des solutions de mobilité douce, plus on cumule des points à dépenser ensuite auprès de commerçants partenaires. Un levier trop peu exploité ?

Fabrice Pouliquen
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Lime est l'un des services de trottinettes électriques en libre service référencés dans l'application ROB.
Lime est l'un des services de trottinettes électriques en libre service référencés dans l'application ROB. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Gagner des points plus on parcourt de distance en avion… Le système des « miles » est ingénieux, « mais revient à encourager les gens à alourdir leur empreinte carbone », lance David Atlan. Pourquoi pas alors le copier pour le décliner à la mobilité douce ?
  • C’est l’idée de Rob, application lancée par le Niçois David Atlan avec son ami Thibault Arnould. Elle recense une vingtaine de solutions de mobilité douce pour lesquels on peut cumuler des points en les utilisant et profiter d’avantages chez des commerçants partenaires.
  • Rob n’est pas le seul acteur à vouloir récompenser ceux qui optent pour la mobilité douce. Il y a aussi Transway, par exemple. Un levier intéressant pour convaincre des autosolistes de laisser leur voiture au garage ?

Pour l’utilisation d’un Vélib', le service de vélos en libre-service de la métropole de Paris, vous cumulerez quatre points pour chaque euro dépensé. Même chose pour vos trajets sur le réseau RATP, que ce soit en bus, métro, RER, ou tramway. On passe à cinq points par euro dépensé pour Cityscoot - l’opérateur privé de scooter en libre-service -, cinq aussi pour Lime ou Dott, plateformes de location de trottinettes électriques.

Ainsi va la vie sur Rob, jeune application lancée par David Atlan et Thibaut Arnould, deux amis Niçois qui se sont rencontrés sur les bancs d’une classe prépa aux écoles d’ingénieurs. Autrement dit, plus vous consommez des transports décarbonés, plus vous emmagasinerez des points. « Chez Rob, 1.000 points correspondent à 1 euro, explique alors David Atlan. On peut soit les utiliser pour acheter des services de mobilités recensés sur notre application, soit en faire don à des associations, soit les convertir en cartes cadeaux auprès de commerçants partenaires. » En ce moment Décathlon, Natures & Découvertes ou encore Tina Paris, site de e-commerce spécialisée dans la mode durable.

Les « miles » pour la mobilité douce

Rob s’inspire des « miles » qu’affectionnent les compagnes aériennes pour fidéliser leurs clients. « Un système ingénieux mais qui revient à encourager les gens à alourdir leur empreinte carbone quand, à l’inverse, il n’y a pas ou peu d’équivalents pour inciter à la mobilité durable », lance David Atlan.

L’application est pleinement active depuis trois mois et permet de cumuler des points sur plus d’une vingtaine d’alternatives à la voiture individuelle. « Tous les transports en commun franciliens, mais aussi douze solutions de VTC et de taxis, quatre de locations de voitures ou d’autopartage, une dizaine de solutions de scooters, vélos et trottinettes en libre-service (free-floating)… ». Sans oublier le covoiturage avec Blablacar ou le train avec Oui SNCF. « Nous nous sommes focalisés sur des services de mobilité franciliens dans un premier temps, mais si l’un d’eux est aussi disponible ailleurs, on peut aussi y cumuler des points », précise David Atlan.

Dans tous les cas, la première étape est de connecter l’application à sa carte bancaire. « C’est en passant par les dépenses, via un procédé sécurisé, qu’on s’assure que les utilisateurs ont bien eu recours à l’une des solutions de mobilité recensées » explique David Atlan.

20.000 points en deux-trois mois ?

Entrent ensuite en piste des algorithmes pour calculer le nombre de points qui vous revient. « Nous avons trois critères, détaille le Niçois. Le prix que vous avez payé, le partenariat que nous avons avec l’opérateur que vous avez choisi et enfin, le plus important, l’écoresponsabilité du transport choisi. » Sur ce dernier point, ROB dit raisonner au maximum en termes de « cycle de vie ». « Nous ne regardons pas seulement les émissions de CO2 générées lors du trajet, mais aussi lors de la fabrication, la maintenance, le recyclage des véhicules utilisés par les opérateurs », explique David Atlan.

Ainsi, monter dans un VTC ou un taxi thermique ne rapporte qu’un point par euro dépensé. A l’opposé, « Tictactrip » en rapporte 15. « C’est un comparateur de transport intégrant le train, le bus et le covoiturage que nous aimons beaucoup, car il propose des combinaisons de ces trois modes pour permettre de rester sur des mobilités douces jusqu’au dernier kilomètre du voyage », justifie David Atlan.

Le Niçois estime qu’on met en moyenne trois à quatre mois pour atteindre 20.000 points, « seuil que certains de nos utilisateurs, gros consommateurs de mobilité, ont atteint en deux fois moins de temps », précise-t-il. Rob compte un peu plus de 3.000 utilisateurs à ce jour, un nombre qui devrait croître avec le lancement de l’application dans la métropole niçoise prévue début octobre et ceux espérés dans une dizaine d’autres villes d’ici à un an.

Un déclencheur de nouvelles mobilités ?

Reste à savoir si l’appli permet seulement de fidéliser les urbains déjà adeptes de mobilité douce ou si elle convainc aussi des autosolistes ? C’est tout le problème des déplacements du quotidien. « Le poids des routines est très fort et on ne les casse pas facilement pour tester de nouveaux transports », rappelle Mathieu Chassignet, ingénieur transport à l’Ademe. Une grève des transports ou une envolée subite du prix du carburant peuvent nous pousser à le faire, reprend-il. Mais c’est le cas aussi, de façon plus positive, de l’incitation financière. « On sait que c’est un levier qui marche, poursuit Mathieu Chassignet. A l’Ademe, nous avions par exemple suivi les entreprises qui avaient expérimenté, en 2014, l’Indemnité kilométrique vélo (IKV) accordés aux salariés venant au travail à vélo. Le dispositif leur avait permis, en quelques mois, de multiplier par deux le nombre de leurs salariés cyclistes. »

Un levier trop peu exploité en France ? « Il n’est pas au centre des politiques de mobilité », pointe en tout cas Mathieu Chassignet. Le forfait mobilités durables, [qui a pris la suite de l’IKV] reste un dispositif facultatif et du coup peu mis en place par les employeurs. Quant aux dispositifs de péage urbain inversé [qui proposent de payer pendant un temps des autosolistes volontaires pour tester des solutions de mobilités plus écoresponsables], ils peinent à voir le jour dans les métropoles françaises, « quand ils sont répandus aux Pays-Bas et se sont montrés efficaces ».

ROB… mais aussi Transway

L’ingénieur de l’Ademe voit alors plutôt d’un bon œil l’émergence d’applications comme Rob *. D’autres acteurs font de même. C’est le cas de Transway. Depuis 2015, l’entreprise nantaise développe des programmes de fidélité qui récompensent chaque trajet en mobilité douce par des points à échanger, ensuite, en cadeaux et avantages auprès de commerçants partenaires locaux et nationaux. « Nous travaillons notamment avec des opérateurs de transports en commun (Transdev, Kéolis, Ile-de-France mobilité…) pour mettre ce programme de fidélité à disposition de leurs usagers, détaille Nicolas Tronchon, président de Transway. Le service s’appelle  EcoMobi à Bordeaux [le premier à s’être lancé], Clubeo à Toulouse, TCL Fidélité à Lyon, AvanTAG à Grenoble, ou est accessible via l’offre Navigo Liberté + en Ile-de-France… »

Transway a ainsi édité des programmes de fidélités dans une trentaine de villes et compte un peu moins d’un million d’utilisateurs. Surtout, les Nantais lancent ces jours-ci Weflo, application utilisable quelque soit sa ville et qui fonctionne comme un traceur de mobilité. « Nous ne scrutons pas les transactions bancaires, mais les mouvements de l’utilisateur avec un outil capable de détecter automatiquement la mobilité choisie, explique Nicolas Tronchon. Avec un gros avantage : celui de pouvoir capter et donc récompenser la personne qui a recours à des mobilités durables mais qui ne paie rien pour. » Typiquement le cycliste propriétaire de son vélo, le marcheur, ou même l’automobiliste qui décale ses horaires de travail pour sortir de l’heure de pointe.