Pyrénées : Balises GPS, chemins à éviter… Comment faire cohabiter l’emblématique grand tétras et les touristes ?

Y A PLUS DE SAISON A Superbagnères, dans la Haute-Garonne, des grands tétras, ces coqs de bruyère rares et emblématiques, sont désormais équipés de balises GPS. L’objectif est de les connaître mieux pour les déranger moins

Hélène Ménal
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Un grand tétras. (Illustration)
Un grand tétras. (Illustration) — AUSLOOS HENRI/SIPA
  • Le grand tétras, ce coq de bruyère à la parade spectaculaire, fait l’objet d’un programme de préservation dans les Pyrénées.
  • A Superbagnères, le conseil départemental de la Haute-Garonne finance leur équipement en balises GPS. L’objectif est de mieux connaître le comportement de cet oiseau farouche.
  • Et surtout de faire en sorte que le tourisme, maintenant étalé sur toute l’année, ne devienne pas un facteur de stress.

Un tourisme des « quatre saisons », avec des vététistes (voire des trottinétistes) l’été, des adeptes des raquettes aventureux l’hiver et des randonneurs toute l’année. C’est la recette qu’ont choisie les acteurs du tourisme pyrénéen pour contrecarrer les conséquences inévitables du réchauffement climatique et soigner leur dépendance au ski. Les confinements aidant à créer une soif de grands espaces, la formule prend bien. Une bonne nouvelle pour l’économie, mais qui pourrait déranger les fameux grands tétras des Pyrénées, ces gros coqs chanteurs sauvages qui font l’objet d’un programme de préservation et dont la population, estimée à 4.000 individus environ, s’est remise à régresser ces dernières années.

Comment parader avec ses plus belles plumes dans les « places de chant » au printemps si un randonneur vient interrompre la drague ? Comment couver dans les sous-bois l’été si un cycliste déboule ? « C’est tout le paradoxe, plus on évolue vers un tourisme vert, plus on a besoin de le concilier avec la nature », souligne Jean-Michel Fabre, vice-président en charge de l’Environnement du Conseil départemental de la Haute-Garonne, qui gère trois domaines skiables. La collectivité vient de financer quatre balises GPS, que des agents de l’Office français de la Biodiversité sont chargés en ce moment même de fixer – avec un harnais, façon sac à dos – sur des grands tétras, capturés momentanément sur le domaine de Luchon-Superbagnères.

« Acquérir des connaissances »

« Derrière ces balises, nous voulons surtout acquérir des connaissances sur cette espèce emblématique et les mettre à la disposition de tout le monde, poursuit l’élu. Nous voulons en faire une espèce sentinelle qui pourra nous guider dans nos aménagements ». Quitte à barrer certains chemins « si cela s’avère nécessaire » au moment de la parade.

« Ou à ne pas dégager un arbre tombé ou à laisser des broussailles sur les pistes l’été », suggère Kévin Foulché, référent régional pour les écosystèmes montagnards à l’OFB qui pilote l’étude des balises de Superbagnères. Car ces quatre balises ne sont pas les premières, cinq autres ont été posées depuis 2018. Avec difficulté. Le grand tétras, dit le spécialiste, « est un oiseau de lisière, de zone de combat, il aime les paysages en mosaïque, les lisières de forêts, les sous-bois, les buissons », farouche qui plus est, autant dire pas facile à « équiper ». La pionnière du GPS, à l’époque où la balise était solaire, a été surnommée « Ginger ». « Nous avons suivi cette poule sur une durée incroyable, près de deux ans. Elle a niché non loin d’un téléski et nous a montré comment elle utilisait le domaine skiable en restant à la lisière supérieure de la forêt », explique Kévin Foulché.

Le technicien cite aussi, deux coqs « croqués par un renard ou une martre » et le cas, plus étrange, d’un coq « voyageur ». « Nous nous sommes aperçus qu’il était parti en vacances en basculant carrément dans une autre vallée ». Etonnant mais « précieux pour repérer les corridors écologiques » à préserver. Reproduction, itinéraires de prédilection, les nouvelles balises vont permettre d’affiner les données pour faire de Superbagnères une zone « tétras-friendly ».

Chassable

C'est le grand paradoxe. Protégé dans les Alpes, le grand tértras reste "chassable" dans les Pyrénées où les arrêtés préfectoraux autorisant à le tirer ne cesse d'alimenter la chronique judiciaire, avec des décision rendues, une fois la saison terminée. L'OFB estime que les "prélèvements" des chasseurs sont de "10 à 20 oiseaux par an".