Les plastiques à usage unique interdits en Europe ? Surfrider appelle les citoyens à vérifier sur le terrain

POLLUTION Des couverts aux pailles, plusieurs produits plastiques à usage unique sont théoriquement interdits en Europe depuis le 3 juillet. La directive est-elle respectée ? Surfrider Europe lance une campagne de mobilisation citoyenne pour le vérifier sur le terrain

Fabrice Pouliquen
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Les pailles en plastique, comme d'autres produits plastiques à usage unique sont censés être interdits en Europe depuis le 3 juillet dernier.
Les pailles en plastique, comme d'autres produits plastiques à usage unique sont censés être interdits en Europe depuis le 3 juillet dernier. — SOPA Images/SIPA
  • Depuis le 3 juillet, les 27 Etats-membres de l’UE ont dû théoriquement transposer dans leur droit national une directive européenne interdisant huit produits plastiques à usage unique.
  • Certains, dont la France, l’ont fait avec sérieux, d’autres se sont contentés du minimum, et d’autres n’ont rien fait encore, constate Surfrider. Et même chez les bons élèves, il reste à savoir si ces nouvelles règles sont respectées sur le terrain.
  • C’est pour répondre à cette question que l’ONG lance, ce lundi et jusqu’au 28 novembre, une grande campagne de mobilisation citoyenne à travers l’Europe. En clair, Surfrider demande aux Européens d’ouvrir l’œil et de lui faire remonter les abus.

 

Les cotons-tiges, les assiettes, les couverts, les touillettes, les pailles, les tiges de ballons… Ou encore les emballages alimentaires en polystyrène expansé, type « boîtes à kebab », ainsi que tous les plastiques oxo-dégradables… Depuis le 3 juillet, les Etats membres de l’UE ont normalement dû transposer dans leur droit national la directive européenne Single-use Plastics (SUPS), qui interdit la mise en vente de huit produits plastiques à usage unique. Ils doivent être remplacés dans les rayons ou les restaurants par  des alternatives à partir de matériaux plus respectueux de l’environnement, comme le bois, le carton ou le plastique recyclable.

Les Vingt-Sept n’ont pas été pris au dépourvu. « Cette directive SUP a été adoptée en mars 2019, ce qui a donné deux ans aux pays de l’UE pour l’intégrer dans leur droit national », explique Diane Beaumenay-Joannet, responsable plaidoyer plastique à Surfrider Europe.

Vérifier sur le terrain

Dans un rapport, paru début juillet, l’ONG pointait des transpositions plus ou moins ambitieuses d’un Etat à l’autre. « Cinq l’ont bien fait : la Grèce, la Suède, l’Estonie, l’Irlande et la France [où ces interdictions ont été introduites au 1er janvier], liste Diane Beaumenay-Joannet. D’autres se sont contentés d’appliquer le minimum exigé par la directive, sans par exemple chercher, en parallèle des interdictions, à chercher à réduire la consommation d’autres produits plastiques ou à élargir la responsabilité des producteurs de plastique. Et d’autres pays, encore, n’ont tout simplement pas encore transposé cette directive. »

Mais transposer des directives européennes dans les droits nationaux est une chose. Les faire respecter sur le terrain en est une autre. En clair, trouve-t-on encore ces fameux plastiques à usage unique désormais interdits ? C’est pour répondre à cette question que Surfrider Europe, avec l’aide de Break Free From Plastic, réseau international d’associations de lutte contre le plastique, lancent, ce lundi, une campagne de mobilisation citoyenne à travers l’Europe. Y compris, et surtout même, dans les cinq pays a priori bons élèves. Diane Beaumenay-Joannet garde en tête des précédents de non-respect de directives européennes sur les plastiques. « Les sacs plastiques à usage unique, par exemple, normalement interdit depuis 2016 en France, mais qu’on continue de retrouver régulièrement, notamment sur les marchés », illustre-t-elle.

Les Européens invités à ouvrir l’œil

Cette campagne de mobilisation s’achèvera le 28 novembre, dernier jour de la Semaine européenne de réduction des déchets. Le principe est simple. Les Européens sont invités à ouvrir l’œil lorsqu’ils vont faire leur course et à repérer des plastiques à usage unique encore distribués. Si c’est le cas, ils sont invités à les prendre en photo et à les signaler sur le site internet nosingleuse.org, que viennent de lancer ces ONG, en y indiquant le type de produit dont il s’agit, la marque et le lieu où il a été découvert. Ça marche pour les commerçants traditionnels comme pour l’e-commerce. Dans le second cas, « il sera demandé aux utilisateurs de réaliser des captures d’écran des sites et d’indiquer leur URL ».

Une campagne qui incite à la délation ? « Pas vraiment, défend Diane Beaumenay-Joannet. Les données qui nous seront envoyées le seront sur une plateforme privée, seulement visible de nous. Nous en ferons une synthèse de la situation, en Europe, sur l’interdiction des plastiques à usage unique. Dans quel secteur est-elle bien appliquée sur le terrain ? Dans quel autre ça coince ? Et pourquoi ? ». Surfrider Europe ne s’interdit pas, toutefois, de cibler certaines grandes marques qui continuent de commercialiser des plastiques à usage unique. Encore plus si, en parallèle, elles vantent des démarches éco-responsables.

« Pas pour embêter les commerçants, mais parce qu’il y a urgence »

« Nous demandons simplement que tout le monde se conforme à la loi, reprend Diane Beaumenay-Joannet. Celle-ci n’est pas là pour embêter les commerçants ou les marques, mais bien parce qu’il y a une urgence à bannir ces plastiques à usage unique, qui sont un fléau environnemental. »

A Surfrider Europe, on sait déjà que certains plastiques à usage unique, théoriquement interdits depuis le 3 juillet, n’ont pas totalement disparu de la circulation. Des pailles aux boîtes à kebabs. « L’excuse, souvent entendue, de stocks à écouler ne tient pas, insiste la responsable plaidoyer plastique. Tout autant que les pouvoirs publics, les commerçants et marques ont eu aussi deux ans pour anticiper cette interdiction. Souvent même plus pour celles qui étaient impliquées dans les discussions en amont de cette directive. »