Alpes-Maritimes : Les phénomènes attendus sont « très préoccupants pour notre biodiversité », alerte l’enseignante-chercheuse Paola Furla

ENVIRONNEMENT « Les conséquences se ressentent dès maintenant avec une diminution de la pêcherie locale », explique-t-elle en croisant son domaine de recherche et le dernier rapport du Giec

Elise Martin
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Le littoral azuréen pourrait être modifié avant la fin du siècle à cause des changements climatiques (Illustration)
Le littoral azuréen pourrait être modifié avant la fin du siècle à cause des changements climatiques (Illustration) — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Enseignante-chercheuse à l’université Côte d’Azur, Paola Furla analyse les conséquences du réchauffement climatique sur notre territoire.
  • Elle se demande par exemple, si les organismes présents près du littoral auront un temps suffisant pour s’adapter à leur nouvel environnement.
  • Elle pointe l’apparition de nouvelles espèces pathogènes qui déciment une partie de l’habitat marin.

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publié en août est sans appel : le réchauffement climatique va engendrer une hausse du niveau de la mer dès la fin du siècle. Des conséquences directes sur le littoral azuréen. Paola Furla, qui fait partie du laboratoire international associé (LIA) ROPSE « Réponse des organismes et populations face au stress environnemental » de l’université Côte d’Azur et du centre scientifique de Monaco, est revenue sur ces phénomènes attendus « très préoccupants pour notre biodiversité ».

Paola Furla est responsable scientifique du laboratoire international associé ROPSE, qui étudie les adaptations des organismes liés aux changements climatiques
Paola Furla est responsable scientifique du laboratoire international associé ROPSE, qui étudie les adaptations des organismes liés aux changements climatiques - P. Furla

Quelles conclusions vous pouvez apporter entre vos études et le dernier rapport du Giec ?

Avec la hausse de la température, la baisse du pH et une hausse des événements catastrophiques, on peut se demander si les organismes auront le temps suffisant pour s’adapter à tous ces changements.

Qu’est-ce que cela induit ?

A cause du réchauffement climatique, on observe l’apparition de nouvelles espèces pathogènes qui prennent la place des organismes déjà présents. Cela s’illustre par la perte de notre grande nacre pinna nobilis, cette moule imposante qui était très présente dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Elle a subi une attaque d’une microalgue qui a fini par la décimer.

En quoi ces phénomènes ont un impact sur notre société ?

À Nice, comme dans toutes les villes côtières, le littoral a une place importante. C’est notre vivier économique et nutritif. Les conséquences se ressentent dès maintenant avec une diminution de la pêcherie locale parce que la biomasse de poissons est plus restreinte. Mais aussi avec des risques plus élevés d’avoir de plus en plus de dégâts côtiers. La hausse du niveau de la mer ne se fera pas d’un seul coup, ce seront des catastrophes qui créeront des dommages. On le remarque déjà avec les travaux plus fréquents pour refaire les zones de promenade le long de la Côte. Il faut changer nos façons d’aborder ce littoral pour éviter de changer notre biodiversité.

Comment faire ?

La planète entière doit s’y mettre. Chaque citoyen peut agir dans son quotidien. Mais on ne peut y arriver qu’avec un réel effort politique. Les villes côtières ont un rôle à jouer, d’autant plus que le littoral signifie aussi tourisme. Avec le confinement, on s’est rendu compte que les espèces revenaient avec des activités urbaines moins impactantes. Le local peut avoir son effet pour préserver notre planète. La question est de savoir si on a réellement pris conscience de la nécessité de le faire avant de vivre des événements majeurs.