Marseille : Voici les pistes pour rendre la ville plus « marchable » et sortir de la queue du peloton

MOBILITES Des trottinettes bien rangées, des trottoirs libérés du stationnement à cheval, des abords d’école piétonnisés sont dans l’agenda de la mairie

Caroline Delabroy
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Sur le Vieux-Port à Marseille (photo d'archives)
Sur le Vieux-Port à Marseille (photo d'archives) — Patrice Magnien/20 Minutes
  • Marseille arrive en dernière place du premier baromètre des 200 villes marchables en France, un classement sans grande surprise.
  • « Marcher dans cette ville est une galère absolue, un des enjeux pour nous est de redonner la ville aux piétons », assure l’élue aux mobilités, qui confie sa feuille de route sur les trottinettes et le stationnement à cheval sur les trottoirs.

On savait déjà Marseille bonne dernière des villes cyclables, la voici donc aussi en queue de peloton des villes marchables, selon le premier baromètre publié ce lundi par le collectif « Place aux piétons ». « Ce n’est pas une surprise du tout, mais le message est très clair, net et précis et encourage à continuer le travail avec les élus », réagit Martine Bigot, administratrice de l’association 60 millions de piétons, et correspondante locale pour le centre-ville de Marseille.

Sur 1.373 contributions, la plus forte participation à l’enquête en ligne avec Paris et Toulouse, le mot trottoir est celui qui revient le plus souvent. Trop étroits, encombrés d’obstacles (trottinettes, crottes de chien, nids-de-poule, voitures et scooters mal garés…), quand ce ne sont pas des voitures stationnées à cheval sur le trottoir. Un classique du piéton marseillais mécontent : retourner les essuie-glaces de la voiture empiétant trop et empêchant de passer avec une poussette, sans parler d’un fauteuil roulant. Autre technique vue aussi : un message au crayon gras laissé sur le pare-brise, avec amabilité d’usage.

« C’est carrément Koh-Lanta »

« Dans certaines rues, c’est carrément Koh-Lanta pour marcher », dénonce Martine Bigot, qui cite les abords de certains établissements scolaires, où les grappes de collégiens n'ont guère d'autre choix que de marcher sur la chaussée. « J'attends en priorité qu’on libère les trottoirs des places payantes de stationnement à cheval, poursuit-elle. Je suis hyperpragmatique, il ne s’agit pas de renverser la table et mettre les automobilistes en difficulté, il faut trouver des solutions pratiques pour déplacer le stationnement. »

Selon Audrey Gatian, adjointe au maire de Marseille en charge des mobilités, il y a dans le centre-ville de Marseille « entre 5000 et 6000 places concernées par le stationnement à cheval ». « C’est le sens de l’histoire de les supprimer, mais il faut trouver des solutions concrètes, c’est un travail de longue haleine, poursuit-elle. On est en réflexion avec la métropole pour avoir par exemple des tarifs bien abaissés pour les résidents dans les parkings sous-terrain. »

Bientôt, des trotinettes bien rangées?

Pour l’élue aussi, ce classement n’est guère une surprise « dans une ville construite durant des décennies autour et pour la voiture. » « Marcher dans cette ville est une galère absolue, un des enjeux pour nous est de redonner la ville aux piétons », assure-t-elle, dans la continuité de l’opération « la voie est libre », un dimanche par mois sur la Corniche à Marseille. Des raisons d’espérer une meilleure place au prochain baromètre. Il y en a d’après Audrey Gatian. A commencer par le nouvel appel à manifestation d’intérêt (une forme de marché public) pour trois nouveaux opérateurs de trottinettes. Il devrait aboutir fin septembre, avec cette fois l’obligation de mettre en place des zones de stationnement.

« Clairement, on a vu que le stationnement des trottinettes est un vrai problème en matière de ville marchable, explique Audrey Gatian. Dans quelques mois, on aura des trottinettes rangées correctement, déjà on a demandé cet été aux opérateurs de limiter la vitesse à 30 km/h dans les zones piétonnes, cela créait trop de conflits d’usage. » Une expérimentation est aussi à l’étude pour, d’ici la fin de l’année 2021, piétonniser les abords de huit écoles tests aux heures d’entrée et de sortie.

« Après, c'est un tout, il faut aussi renforcer les transports publics, qu'il y ait un meilleur maillage du territoire », rappelle Audrey Gatian. De son côté, l’association 60 millions de piétons poursuit sa cartographie des rues les moins marchables à Marseille, en particulier celles concernées par le stationnement à cheval sur le trottoir. Et cherche des correspondants dans toute la ville pour faire avancer la cause des piétons.