Hauts-de-France : Pourquoi la région ne s’emballe-t-elle pas pour le train à hydrogène ?

TRANSPORTS Parmi les carburants propres du futur, l’hydrogène est plein de promesses, notamment pour les transports dits « lourds ». Dans le domaine du ferroviaire, le constructeur français Alstom a d’ailleurs vendu 12 rames à hydrogène à 4 régions françaises, mais pas a celle des Hauts-de-France

Mikaël Libert
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Le train à hydrogène Coradia iLint du constructeur français Alstom.
Le train à hydrogène Coradia iLint du constructeur français Alstom. — M.Libert / 20 Minutes
  • En service en Allemagne depuis 2018, le train à hydrogène a circulé pour la première fois en France ce lundi.
  • Fabriqué par le constructeur français Alstom, il entrera en service à l’horizon 2025 dans quatre régions, mais pas dans les Hauts-de-France.
  • Ces trains écologiques ont vocation à remplacer les rames diesel sur les lignes qui ne sont pas électrifiées.

Le train du futur est proche. Ce lundi, un événement se déroulait loin des yeux du public, au Centre d’essais ferroviaire (CEF) d’Alstom, à Petite-Forêt, près de Valenciennes, dans le Nord. Pour la première fois, un train à hydrogène circulait sur le sol français sous les yeux du ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebarri, et d’élus locaux. Un train propre et silencieux que l’on ne risque cependant pas de voir de sitôt dans les gares des Hauts-de-France.

Même si le ferroviaire est loin d’être le moyen de transport le plus polluant, les constructeurs travaillent à des solutions encore plus propres. Et utiliser l’hydrogène comme carburant est l’une des directions dans lesquelles la recherche s’oriente, notamment chez Alstom avec son Coradia iLint, en service en Allemagne depuis 2018. « La pile a combustible est alimentée en hydrogène et génère de l’électricité qui alimente à son tour les moteurs de traction. Cela ne produit ni fumée, ni particule mais uniquement de la vapeur d’eau », assure Yannick Legay, directeur technique d’Alstom France. Un train écolo qui, en plus, est annoncé comme silencieux et moins cher à l’usage que les trains fonctionnant au diesel.

Priorité à l'électrique dans les Hauts-de-France

Parce que c’est de cela qu’il s’agit : remplacer les rames diesel, seules à pouvoir circuler sur les lignes non électrifiées, soit plus de 40 % du réseau ferré national. Un enjeu écologique de taille qui fait du développement de l’hydrogène « une priorité dans le domaine des mobilités lourdes », selon le ministre des Transports. Pour autant, l’exécutif régional des Hauts-de-France, lui, est plus réservé.

Le train à hydrogène iLint du constructeur français Alstom.
Le train à hydrogène iLint du constructeur français Alstom. - M.Libert / 20 Minutes

Franck Dhersin, vice président aux transports à la région, ne doute pas que l’hydrogène est une solution d’avenir, « à moyen-long terme », insiste-t-il. « A la construction, le surcoût est encore de 30 à 40 % », estime Yannick Legay. « Le prix de l’hydrogène propre est élevé et ne baissera qu’en massifiant la production », ajoute Jean-Baptiste Eyméoud, directeur d’Alstom France. Côté Hauts-de-France, l’argument financier n’est pas négligeable : « Le ticket d’entrée est de 35 à 40 millions d’euros pour quelque chose qui n’est pas prêt. Moi, j’ai 150 rames de TER à rénover pour un milliard maintenant », insiste Franck Dhersin.

D’autant que le patron des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, n’a jamais caché sa préférence pour l’électrique, notamment pour faire rouler des trains. En campagne pour la présidentielle, il plaide d’ailleurs pour la construction de centrales nucléaires, dont un réacteur EPR dans sa région. « Oui, nous sommes pour le nucléaire, qui fait partie du mix énergétique comme l’éolien, le solaire, le GNV », tempère le VP aux Transports. Ce dernier ajoute que le réseau ferré régional est l’un des mieux électrifiés de France, « autour de 80 % ». Du coup, pour voyager en train à hydrogène, il faudra aller en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est ou en Occitanie à l’horizon 2025.