Rennes et Strasbourg bons élèves, la cata à Marseille... Quelles sont les villes « marchables » ?

MOBILITE « On manque cruellement d’informations sur les besoins des marcheurs du quotidien », pointe « Place aux piétons ». Le collectif prend les devants ce mardi en publiant le premier baromètre des villes marchables

Fabrice Pouliquen
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Des piétons dans le centre de Lyon le 20 décembre 2020.
Des piétons dans le centre de Lyon le 20 décembre 2020. — KONRAD K./SIPA
  • Le collectif « Place aux piétons » publie, ce mardi, le premier baromètre des villes marchables, réalisée à partir des 70.000 réponses de Français à un grand questionnaire en ligne, et qui a permis d’évaluer la « marchabilité » de 200 villes.
  • Au-delà du palmarès, cette étude liste les améliorations attendues des piétons pour améliorer leur sort en ville. Un enjeu loin d’être négligeable alors que 23,7 % des déplacements quotidiens des Français se font déjà à pied. Très loin devant le vélo.
  • Les répondants placent en priorité numéro 1 la nécessité d’avoir des trottoirs élargis, bien entretenus et sécurisés. Ce qui ne va pas toujours de soi. De moins en moins, même, avec l’émergence d’autres mobilités actives ?

L’indemnité kilométrique vélo, le fonds national de 350 millions d’euros sur sept ans, acté en 2018, pour accélérer l’aménagement de pistes cyclables , les coronapistes et le coup de pouce vélo... 

Dans ce souci de décarboner nos déplacements – tant pour lutter contre le changement climatique que pour améliorer la qualité de l’air des agglomérations –, la France a surtout mis le paquet, ces dernières années, sur la bicyclette. Au point de faire des jaloux du côté des piétons, l’autre grande mobilité active qui cumule, elle aussi, les bienfaits pour l’environnement et la santé ?

« Rien ne justifie qu’on parle aussi peu de la marche »

A « Place aux piétons », collectif de trois associations qui promeut les déplacements pédestres, on prévient d’entrée de jeu n’être absolument pas contre le vélo. Au contraire. Simplement, « rien ne justifie qu’on parle aussi peu de la marche et des moyens de la promouvoir », insiste Anne Faure, présidente de Rue de l’Avenir.

Alors ce mardi, le collectif prend les devants en publiant le premier baromètre « des villes marchables ». Il est le résultat d’une enquête en ligne, réalisée du 7 décembre au 15 mars en partenariat avec l’Ademe, au cours de laquelle les Français étaient invités à évaluer la marchabilité de leur commune. Au total, 68.510 questionnaires ont été remplis*, qui ont permis d’évaluer 200 villes. Celles pour lesquelles plus de 40 questionnaires renseignés ont été recueillis. Un document inédit ? « Jusque-là, on manquait cruellement d’informations sur les besoins et les souhaits des piétons », estime-t-on au sein du collectif où on s’est inspiré, pour cette étude, des baromètres des villes cyclables que réalise déjà la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB).

La marche, loin devant le vélo ?

Tout de même, les enquêtes sur la mobilité des Français que réalise le ministère de la Transition écologique ont déjà mis en évidence l’importance de la marche dans nos déplacements quotidiens. Sur les 181 millions réalisés chaque jour par les Français (en moyenne trois par jour), la voiture reste le mode de transport le plus utilisé, avec une part modale de 62,8 % (sur 100 déplacements, 62,8 % se font en voiture). Mais juste après vient la marche, qui compte pour 23,7 % de nos déplacements quotidiens. « Une part qui a augmenté de 1,5 point depuis 2008 », rappelle Frédéric Brouet, administrateur à la Fédération française de la randonnée, également dans le collectif. De son côté, la part modale du vélo est de 2,7 % et est restée stable entre 2008 et 2019.

« Ce premier baromètre des villes marchables nous conforte dans cette idée que la marche compte pour bon nombre de Français, reprend Anne Faure. Ils sont quand même plus de 68.000 à avoir pris le temps de répondre à une quarantaine de questions, nous étions loin d’en attendre autant. Parmi eux, 62 % disent pratiquer la marche tous les jours et 54 % en faire leur mode de déplacement principal (travail, course, démarches administratives…). »

« Plutôt favorable » à Strasbourg et Rennes… « Très défavorable » à Marseille

Ils le font plutôt avec plaisir d’ailleurs, puisque 59 % des sondés trouvent que marcher dans leur commune est agréable. Mais les marges de progressions restent importantes. En donnant à chaque fois des notes de 1 à 6, les répondants étaient invités à s’exprimer sur la facilité ou non à se déplacer à pied dans leur commune, leur sentiment de sécurité, le confort de marche, l’importance donnée aux déplacements pédestres par leur commune… « Place aux piétons » en a tiré des notes globales sur 20 pour chacune des 200 communes, pour ensuite les classer en huit catégories. De G pour « très défavorable » à A + pour « excellent ».

La note moyenne est de 9,2/20, ce qui correspond à la lettre D (« moyennement favorable »). Les villes de moins de 5.000 habitants sont celles qui s’en sortent le mieux, avec une note moyenne de 10 qui leur permet de basculer en C (« plutôt favorable »). Ça se gâte en revanche pour les villes de plus de 200.000 habitants, pour lesquelles le ressenti des marcheurs est globalement « plutôt défavorable » (catégorie E). Dans le détail, Strasbourg et Rennes, classées en C, tirent tout de même la moyenne vers le haut. Marseille, rare ville classée en G, comme « très défavorable », avec une note inférieure à 5,2/20, fait l’inverse. « Les mal classées sont souvent ces villes qui, pendant des années, ont privilégié la voiture. Si bien qu’elles n’offrent pas – ou du moins pas encore – un écosystème propice à la marche », résume Anne Faure.

Infographie Collectif
Infographie Collectif - /Infographie Collectif

Des cheminements piétons plus larges, bien entretenus et sécurisés

Au-delà de ce palmarès, ce baromètre fait ressortir les principales améliorations attendues par les piétons. « A commencer par celle d’avoir des cheminements piétons plus larges, bien entretenus et sécurisés, priorité numéro 1 quelle que soit la taille de la commune », indique Frédéric Brouet. C’est la base pour « Place aux piétons », et ça ne va pas toujours de soi. De moins en moins même ? « Dans les réponses détaillées des sondés, beaucoup expriment leur inquiétude concernant l’empiétement de la place des piétons sur le trottoir », note l’administrateur de FFRandonnée. C’est le cas notamment avec l’essor de nouveaux modes de mobilités – les trottinettes en tête –, « mais c’est aussi lorsque des villes aménagent à la va-vite des bandes cyclables sur les trottoirs, autorisent les extensions de terrasses… », reprend Frédéric Brouet. Pas étonnant alors que la deuxième priorité exprimée est de « réserver l’usage des trottoirs aux piétons ».

Parmi les autres améliorations attendues, Anne Faure signale le souhait souvent exprimé de « constituer un réseau complet de cheminements piétons dans la ville », « quand trop souvent, les municipalités ont mis le paquet sur leur cœur de ville et ont délaissé le reste ». Sinon, les sondés sont 28 % à demander à verbaliser davantage le stationnement sur les passages piétons et les trottoirs, et 27 % à vouloir modérer plus la vitesse des véhicules motorisés dans les lieux fréquentés par les piétons. Pour ce qui est des incitations à la marche, « les plus de 65 ans sont demandeurs d’aménagements urbains tels que des toilettes, des bancs, des fontaines, remarque Anne Faure. Tandis que les moins 35 ans mettent plus l’accent sur le besoin de végétaliser l’espace urbain et d’en améliorer l’environnement. »

Servir de document de travail à des analyses plus poussées

« Place aux piétons » n’élude pas les limites de ce premier baromètre. « Il s’est appuyé sur des répondants volontaires, qui ont forcément un avis subjectif sur la marchabilité des villes et qui ne constituent pas un échantillon représentatif des Français », expliquent Frédéric Brouet et Anne Faure. Seulement 4 % des répondants avaient moins de 25 ans, par exemple. Il n’empêche, cette étude, que « Place aux piétons » veut reproduire tous les deux ans désormais, peut être un outil aux mains des élus pour développer des analyses plus poussées et développer la marche dans le quotidien des Français, veut croire le collectif. Et pourquoi pas commencer dès le 17 septembre prochain ? En pleine semaine de la mobilité, « Place aux piétons » organise à Marseille les premières Assises nationales de la marche en ville.