Algue Ostreopsis au Pays basque : « Avec le réchauffement des eaux cette espèce peut proliférer plus facilement »

INTERVIEW Si les plages du Pays basque touchées par la présence de l’algue ont pu rouvrir lundi, elles restent sous surveillance, pendant que l’Ifremer poursuit ses analyses

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Plage à Biarritz
Plage à Biarritz — Bob Edme/AP/SIPA
  • L’algue qui touche la côte basque depuis plusieurs jours est Ostreopsis siamensis, confirme l’Ifremer, et non Ostreopsis ovata, connue en Méditerranée.
  • Ostreopsis siamensis n’était jusqu’ici pas connue pour développer des effets toxiques chez l’homme, mais c’est la deuxième année consécutive que des symptômes apparaissent concomitamment à sa présence dans l’eau.
  • Elvire Antajan, chercheuse à l’Ifremer, se dit très surprise par l’abondance de cette algue, et par l’apparition de ce phénomène si tôt dans l’année, et estime qu’il va falloir surveiller de près son développement sur la côte Atlantique.

On commence à en savoir un peu plus, sur l’algue qui prolifère sur la côte basque, et qui serait responsable de différents symptômes chez des baigneurs et des surfeurs.

Ce mardi, l'ARS de Nouvelle-Aquitaine précise que le premier signalement a été effectué le 31 juillet par un groupe de surfeurs, signalant la présence « d’algues dégageant une forte odeur nauséabonde dans la zone du spot d’Erromardie de Saint-Jean-de-Luz. » Depuis, « cinq signalements ont été transmis : des jeunes ayant fréquenté une plage de Saint-Jean-de-Luz, un riverain d’Erromardie, des maîtres-nageurs sauveteurs et des surfeurs de Guéthary et de Biarritz », qui présentaient tous des symptômes ORL. Après des prélèvements d’eau et d’algues le 3 août par l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), « les analyses ont mis en évidence une forte abondance de la microalgue Ostreopsis. »

Dimanche, les communes dont les plages ont dénombré une forte abondance de microalgues ont souhaité, à titre préventif, fermer leurs plages, qu’elles ont rouvertes lundi. « Au regard du faible nombre de signalements et du fait qu’aucun cas grave n’a été détecté, l’ARS, à ce stade, ne recommande pas la fermeture des plages. » Un dispositif de surveillance est toutefois mis en place. 20 Minutes a interrogé Elvire Antajan, responsable de la station Ifremer d’Arcachon, sur la présence de cette algue.

Que sait-on sur l’algue qui a été trouvée sur la côte basque ?

Il s’agit d’une algue du groupe ostreopsis. Il ne s’agit pas d’Ostreopsis ovata que l’on a déjà observée en Méditerranée, mais d’Ostreopsis siamensis. C’est une algue qui est présente dans l’eau, mais on la retrouve aussi dans les embruns marins, c’est pour cela qu’elle gêne également les gens qui sont sur la plage, qui peuvent la respirer. Les symptômes décrits sont des gênes respiratoires, des maux de tête, des toux sèches… Certains trouvent aussi que l’eau a un goût métallique.

Avait-elle déjà été observée au pays basque ?

Elle avait été identifiée au pays basque, lors d’une étude de l’Ifremer sur les ostreopsis sur la côte Atlantique en 2018. Et nous avions eu une première alerte l’année dernière, vers la fin du mois d’août-début septembre, avec des gens qui se plaignaient des mêmes symptômes. Lors de nos prélèvements il s’est effectivement avéré qu’il y avait une présence assez forte d’ostreopsis… Il y avait donc une concomitance de deux événements, mais l’épisode sanitaire avait été assez court, et nous n’avions pas pu établir le lien de causalité. Mais le fait que le phénomène se reproduise deux années coup sur coup, nous interroge vraiment.

Ce n’est donc pas totalement une surprise de la retrouver à cet endroit, et à ce moment de l’année ?

Ce n’est pas une surprise de la retrouver à cet endroit, en revanche les abondances nous surprennent énormément. Nos prélèvements le 3 août au nord de Saint-Jean-de-Luz ont révélé des concentrations très importantes d’ostreopsis. Et nous avons relancé ce lundi d’autres prélèvements, qui incluent la collecte de macroalgues, car les ostreopsis sont des microalgues qui se développent sur des macroalgues. Cela va nous donner l’étendue du phénomène, car il y a eu lors du week-end dernier d’autres signalements de gens incommodés avec des gênes respiratoires.

Que sait-on sur les toxines d’Ostreopsis siamensis ?

Ce ne sont absolument pas les mêmes qu’ovata, qui est, elle, très toxique, et jusqu’à présent nous n’avons jamais eu de cas montrant que les toxines de siamensis pouvaient provoquer des réactions chez l’homme. Si c’est avéré, ce serait une nouveauté. Cela peut-être une question de quantité, et si cette année nous avons une prolifération absolument incroyable de cette algue, il y a peut-être une sensibilité plus forte. Il faut aussi étudier les conditions météorologiques qui peuvent favoriser son décrochage des macroalgues, et ensuite l’emporter par les embruns. Dans tous les cas, le principe de précaution doit s’appliquer.

Comment explique-t-on l’apparition de cette algue sur la côte basque depuis quelques années ?

C’est difficile à dire car elle n’a pas fait l’objet d’un suivi poussé, et le groupe ostreopsis est assez difficile à identifier. Siamensis a été décrite pour la première fois dans le golfe du Siam (Thaïlande) au début du siècle dernier. Mais elle a déjà été signalée au pays basque espagnol en 2016, et sur les côtes du Maroc dès les années 2000. Lors de l’étude de l’Ifremer en 2018, on en avait même trouvé des traces ADN dans les Landes et sur le bassin d’Arcachon. Mais pour le moment, le secteur concerné va de la frontière espagnole à Biarritz. Il est clair qu’il va falloir s’y intéresser, car avec le réchauffement des eaux cette espèce peut s’installer et proliférer plus facilement. Encore que, nous sommes surpris de constater ce phénomène si tôt dans l’année, alors même que les températures ne sont pas extraordinaires. Nous avons donc encore besoin de recul pour comprendre les facteurs environnementaux qui favorisent la prolifération de cette algue.