Nouvelle-Aquitaine : Plongée dans le gouf de Capbreton, « toboggan sous-marin de 300 km de long qui descend à 4.500 m de profondeur »

INTERVIEW Alors que l’Ifremer lance un concours pour nommer les reliefs de ce canyon sous-marin dans le golfe de Gascogne, « 20 Minutes » a interrogé le géologue Jean-François Bourillet qui a cartographié le fameux gouf de Capbreton

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Le gouf de Capbreton est un canyon sous-marin de 300 km de long, dont la tête se situe tout près de la côte landaise
Le gouf de Capbreton est un canyon sous-marin de 300 km de long, dont la tête se situe tout près de la côte landaise — Ifremer
  • Le gouf de Capbreton est un immense canyon sous-marin de 300 km de long dans le golfe de Gascogne.
  • Plus que sa longueur, sa particularité est de démarrer à quelques centaines de mètres seulement de la côte landaise.
  • Véritable spot pour la biodiversité de marine, c’est aussi lui qui crée la fameuse vague de la Nord d’Hossegor.

Exception géologique presque unique dans le monde, le gouf de Capbreton est un canyon sous-marin de 300 km de long dans le golfe de Gascogne, qui s’est créé par les sédiments en provenance des Pyrénées. Démarrant quasiment de la côte landaise et s’ouvrant sur tout l'océan Atlantique, il est au cœur des activités marines de la région.

Patrimoine écologique, culturel et scientifique, il reste toutefois méconnu du grand public. C’est pourquoi l'Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) lance avec le Service hydrographique et océanographique de la marine, et l’écrivain Hugo Verlomme qui organise depuis quatre ans les Journées du Gouf, un jeu-concours pour nommer les principaux reliefs de ce canyon. L’objectif sera à terme de les inscrire sur les cartes marines.

Survol 3D du gouf de Capbreton
Survol 3D du gouf de Capbreton - Ifremer

« Pour trouver un nom, il ne faut pas craindre de faire jouer son imagination en l’associant avec une forme, un animal, une silhouette, un personnage connu ou légendaire, un événement, une œuvre, une émotion, un relief… » indique l’Ifremer. Le concours est ouvert jusqu’au 22 août. Pour mieux comprendre ce que représente ce canyon, 20 Minutes a interrogé un des spécialistes de cette merveille des fonds marins, le géologue et directeur adjoint du département REM (Ressources physiques et écosystème des grands fonds) à l’Ifremer, Jean-François Bourillet.

Pourquoi ce gouf de Capbreton est-il si particulier ?

Ce n’est pas tant sa longueur que sa proximité avec la côte qui en fait une particularité. Sa tête est en effet quasiment collée à la plage, ce qui ne se retrouve que dans 3 % des canyons sous-marins du monde. Il y a 130 canyons dans le golfe de Gascogne, mais les autres se trouvent à 100 voire 150 km de la côte. Là, les gens vivent à proximité directe de cette anomalie géologique : à 100 mètres du bord vous avez déjà 100 mètres de fond, c’est quasiment unique. Il a par ailleurs été pendant longtemps en connexion directe avec tout un réseau fluvial terrestre, et recevait l’érosion des Pyrénées par l’Adour, ce qui lui donne un profil tout à fait remarquable, très rectiligne, comme un toboggan de 300 km de long qui plonge jusqu’à 4.500 mètres de profondeur à son extrémité, et avec des encaissements [différences entre le fond du canyon et le sommet des flancs] de plus de 1.000 mètres. Mais quand on le regarde par-dessus, il est extrêmement contourné, avec des méandres très compliqués.

A quelle époque s’est-il formé ?

La plupart des canyons du golfe de Gascogne se sont créés lors de la formation même du golfe, il y a 110 millions d’années, lorsque l’Amérique du Nord et l’Europe se sont séparées. Le gouf de Capbreton est plus récent. Il y a environ 30 millions d’années, l’Afrique a poussé la plaque ibérique contre l’Europe, ce qui a créé d’un côté les Pyrénées alors que plus à l’ouest des terrains se sont enfoncés. L’érosion des Pyrénées a ensuite transité dans ce point bas, continuant de creuser ce canyon pendant des millénaires.

Ce canyon est donc en perpétuelle évolution ?

Il évolue tout le temps, même si de nos jours ce n’est plus par les crues fluviales, l’Adour ne se jetant plus au niveau de Capbreton, mais par la dérive littorale. La tête du canyon reçoit des sédiments, en l’occurrence tous les sables qui proviennent de la côte landaise, ce qui crée des avalanches sous-marines. Cela entretient le fond du canyon, mais cela déstabilise ses flancs.

Quel rôle joue-t-il dans le golfe de Gascogne ?

Des eaux profondes et froides remontent à travers le canyon. Ce mélange d’eau chaude et d’eau froide attire le plancton, et donc les poissons et les grands mammifères marins [comme des baleines, des cachalots, des grands calmars, des régalecs, des tortues luth…] Et cette faune est à proximité du rivage, ce qui fait que les gens peuvent voir certains de ces mammifères marins qui remontent à la surface. Et puis, c’est le gouf qui génère la fameuse vague de La Nord d’Hossegor, qui est quasiment la seule vague de roche qui brise sur un fond dur, ce qui lui donne une spécificité propre sur l’ensemble de la côte landaise. De plus, un conduit sous-marin favorise le déplacement de la houle, ce qui crée une vague plus puissante qu’à côté. Le principe est le même pour la vague au large de Nazaré (Portugal).

Pour participer au jeu de l’Ifremer, rendez-vous sur ce lien