JO Tokyo 2021 : Au fait, quelle est l’empreinte carbone de ces Jeux ?

GAZ A EFFET DE SERRE Ces quinze jours de liesse sportive (à huis clos) se solderont avec une note de 2,4 millions de tonnes équivalent CO2 émis, calcule Greenly. C’est bien moins qu’à Londres ou à Rio, en partie grâce au Covid-19. Mais peut-on faire encore mieux à l’avenir ?

Fabrice Pouliquen
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La joueuse de tennis américano-japonaise Naomi Osaka allume la flamme de l'espoir dans la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo 2020, le 23 juillet 2021.
La joueuse de tennis américano-japonaise Naomi Osaka allume la flamme de l'espoir dans la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo 2020, le 23 juillet 2021. — Franck FIFE / AFP
  • Les JO, plus grand événement planétaire, ont du même coup une empreinte carbone loin d’être négligeable. Ceux de Tokyo n’échappent pas à la règle, puisque les 15 jours d’épreuves vont générer autour de 2,4 millions de tonnes équivalent CO2.
  • C’est moins que prévu, en raison de l’absence de spectateurs étrangers. C’est surtout nettement moins que les Jeux de Londres et de Rio. Et Paris 2024 veut faire mieux, en prévoyant l’émission d’1,5 million de tonnes équivalent CO2.
  • Comment faire ? Greenly publie ce jeudi une étude approfondie du bilan carbone des Jeux de Tokyo. Un poste d’émissions ressort principalement : celui de la construction d’infrastructures. Mais des marges de progression existent pour les autres.

Loin de nous l’envie de gâcher la fête que sont ces Jeux olympiques de Tokyo, qui égayent un été décidément pluvieux en métropole. Il n’empêche, cet événement planétaire génère son lot d’émissions de gaz à effet de serre. Les JO de Tokyo émettront 2,73 millions de tonnes équivalent CO2, selon l’estimation officielle mesurée d’après une méthodologie utilisée pour la première fois lors des Jeux de Londres. Un peu moins même avec cette pandémie de Covid-19, qui a poussé le Japon à bloquer la venue des spectateurs étrangers. Une mauvaise nouvelle pour l’esprit des Jeux, mais qui a permis d’éviter 340.000 tonnes d’émissions de CO2.

2,40 millions de tonnes eq/CO2 pour Tokyo sans spectateurs

L’empreinte carbone des JO de Tokyo approcherait donc les 2,40 millions de tonnes eqCO2. Pas rien. « C’est l’équivalent des émissions annuelles d’environ 220.000 Français, ou de celles générées par 1,2 million d’aller-retour Paris-New York en avion », évalue Alexis Normand, cofondateur et directeur général de Greenly, entreprise spécialisée dans le calcul de bilans carbone. C’est mieux tout de même que les JO de Londres en 2012, et ceux de Rio en 2016, qui avoisinaient tous deux les 3,50 millions de tonnes eq/CO2.

Greenly publie, ce jeudi, une étude approfondie du bilan carbone de cette nouvelle olympiade, en la comparant avec les trois dernières éditions. Première surprise pour Alexis Normand : « L’absence de spectateurs étrangers n’a fait baisser l’empreinte carbone des JO de Tokyo que de 12,5 %, note-t-il. On aurait pu s’attendre à plus, sachant que ces spectateurs [600.000 étaient initialement attendus] viennent très majoritairement en avion, encore plus quand il s’agit de se rendre au Japon. »

La construction d’infrastructures, poids lourd de l’empreinte carbone ?

Jérôme Lachaze, spécialiste du développement durable dans le sport et actuellement responsable RSE chez l’Automobile club de l’Ouest (organisateur des 24h du Mans), est moins étonné. « Dans le bilan carbone d’une olympiade, c’est la construction des lieux d’épreuves et autres infrastructures qui se révèle être, bien souvent, le premier poste d’émissions de CO2 », explique-t-il.

Cela comptait pour 50 % de l’empreinte carbone des JO de Londres, 43 % de ceux de Rio, confirme Greenly. A Tokyo, la part grimpe à 55 %, calcule Greenly. Sur les 43 sites utilisés, 25 étaient déjà là, dix sont temporaires et huit, donc, ont été construites de toutes pièces et sont destinées à durer après les JO. C’est notamment le cas du Centre aquatique de Tokyo ou du stade olympique.

Le reste de l’empreinte carbone se répartit en une multitude de postes d’émissions. Des consommations d’énergie à la confection des médailles, en passant par les diverses cérémonies, la diffusion, la publicité, la logistique…

11.000 athlètes aussi à faire venir

Il faut ajouter les 11.000 athlètes et leurs staffs qu’il faut faire venir à Tokyo. En avion pour la très grande majorité, là encore. Greenly est allé jusqu’à évaluer l’impact carbone des sports et des délégations en fonction du nombre d’athlètes qu’ils envoyaient au Japon et de leur provenance. « L’athlétisme est ainsi le sport à la plus forte empreinte, avec ses 2.000 sportifs en lice, détaille Alexis Normand. La gymnastique, troisième épreuve en ce qui concerne le nombre d’athlètes impliqués, n’est que onzième en termes d’émissions, en raison de la forte proportion de Chinois et de Japonais en lice. A l’inverse du foot, septième pour le nombre de sportifs, mais troisième pour les émissions, les spécialistes de la discipline venant plus d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique latine ** » Et côté délégation, les Etats-Unis et leurs 613 athlètes affichent le plus mauvais bilan (900 tonnes d’eqCO2 pour se rendre au Japon), talonnés par le Brésil et ses 301 sportifs (810 tonnes d’eqCO2).

D’accord, mais peut-on alors réduire le bilan carbone des Jeux sans toucher à l’esprit olympique ? Car celui-ci veut que l’on sélectionne les meilleures athlètes du moment, peu importe d’où ils viennent, et que les villes hôtes tournent en essayant de ne pas faire de jaloux entre les continents… Il y a tout de même des marges de réduction pour Jérôme Lachaze. « C’est d’ailleurs ce que fait déjà le CIO en réduisant le nombre d’épreuves et d’athlètes présents aux Jeux [on passera à 10.500 en 2024, 600 de moins qu'à Tokyo], explique-t-il. L’objectif premier est souvent de réduire les coûts, mais cela concourt aussi à réduire les émissions générées. De la même façon, on fait de plus en plus de place à des disciplines comme le skateboard, le basket 3x3 et le breakdance [à partir de 2024], qui peuvent toutes se jouer dans des installations temporaires. »

Encore de belles marges de réduction ?

Mais le principal levier reste celui des infrastructures, « en essayant au maximum d’utiliser celles existantes, puis en construisant celles nécessaires en matériaux bas carbone, et en s’assurant qu’elles aient une réelle utilité après les Jeux », insiste Alexis Normand. C’est la principale force de Paris 2024, qui aura recours à 95 % d’infrastructures existantes ou temporaires. « Son autre avantage est d’être géographiquement centré et connecté à un réseau ferroviaire étendu, si bien qu’un nombre non négligeable d’athlètes et de spectateurs pourront venir en train », reprend Jérôme Lachaze, qui rappelle que la délégation française s’était rendue en Eurostar à Londres en 2012.

Pas négligeable non plus : la traque des émissions superflues lors des Jeux. En promouvant par exemple les énergies renouvelables, les circuits courts pour l’alimentation des athlètes et des spectateurs, le recyclage, la récupération des déchets. Les JO de Tokyo ont lancé de belles initiatives en la matière. En faisant notamment la part belle à l'hydrogène vert qui alimente la flamme olympique pendant les 15 jours de compétition, et qui fournit en électricité et en eau chaude une partie des logements du village olympique. Dans ce même village, les sommiers des lits sont en carton recyclé. Quant aux médailles, elles sont fabriquées à l’aide de métaux récupérés sur des appareils électroniques usagés.

Des initiatives qui comptent quand on les met bout à bout, et que cherchera à développer encore davantage le comité d’organisation Paris 2024. Pas le choix. Il s’est fixé l’objectif de n’émettre pas plus d’1,5 million de tonnes d’eqCO2. Tout en ayant des stades pleins, croisons les doigts.

* Jérôme Lachaze était en charge du développement durable dans le comité de candidature de Paris 2024.

** Bon, on vient tout de même de se prendre un 4-0 par le Japon