Changement climatique : Pourquoi le prochain rapport du Giec, publié lundi, est très attendu

SCIENCES Il y a les rapports spéciaux commandés par l’ONU sur des sujets spécifiques, et les rapports d’évaluation, travail au long cours du Giec qu’il réalise tous les sept ans. Le sixième paraît ce lundi 9 août, pour la première partie. Explications

Fabrice Pouliquen
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C'est quoi le Giec ? — 20 Minutes
  • Où en est la science dans la connaissance des systèmes climatiques et du changement climatique ? C’est sur cette question que s’est penché le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), comme il l’a fait à cinq reprises déjà depuis sa création.
  • Ce rapport, qui a compilé 14.000 articles scientifiques, est publié le 9 août. Et ce n’est que la première partie du rapport d’évaluation qu’élabore le Giec tous les sept ans désormais.
  • Avant la publication de ce premier volet, il reste encore à faire approuver « le résumé pour décideurs » par 195 Etats. C’est ce travail qu’a ouvert le Giec le 26 juillet et qui devait durer jusqu’au 6 août. Avec le risque que les travaux du Giec ne se retrouvent édulcorés ?

Ce lundi 9 août, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publie la première partie de son sixième rapport d’évaluation. Un travail très attendu, puisqu’il s’agit de fournir la compréhension scientifique la plus récente du système climatique et du changement climatique. Avant cela, il reste à faire approuver, par les gouvernements des 195 Etats parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Cnucc), ce rapport et le « résumé à l’attention des décideurs ». Un condensé qui accompagne chaque sortie du rapport du Giec et dont la rédaction peut faire l’objet d’intenses controverses scientifiques.

Le Giec a lancé ce travail, le 26 juillet, en ouvrant une séance plénière virtuelle (Covid-19 oblige) réunissant les scientifiques impliqués dans le rapport et les délégations de ces 195 Etats. Que va-t-il en sortir ? 20 Minutes fait le point.

C’est quoi déjà, le Giec ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988, à une époque où l’on a pris conscience des risques qu’entraînerait une trop forte accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le Giec est à la fois une initiative de scientifiques conscients d’être face à un problème important à médiatiser et une décision politique, ce groupe d’experts étant placé sous la responsabilité de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Sa mission ? Evaluer sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine.

Que publiera exactement le Giec ce lundi ?

Le Giec élabore deux types de rapports. Il y a d’un côté les rapports spéciaux commandés par l’ONU sur des sujets spécifiques. Le Giec en a publié par exemple une série de trois depuis 2018 : surles enjeux d’un réchauffement climatique stabilisé à 1,5°C, sur les océans et la cryosphère et sur  la préservation des sols.

L’autre grande mission du Giec est de sortir des rapports d’évaluation. Depuis sa création, il en a publié cinq. « Le dernier date de novembre 2014 et l’avant-dernier de 2007 », précise Sandrine Mathy, chercheuse du CNRS au Laboratoire d’économique appliquée de Grenoble. C’est donc la sixième édition que s’apprête à sortir le Giec. Ce lundi justement ? Pas tout à fait. « Ces rapports d’évaluation comprennent trois parties, correspondant aux trois groupes de travail du Giec, reprend Sandrine Mathy. La première consiste en une grande mise à jour des connaissances scientifiques sur l’évolution du climat. La deuxième aborde les impacts et les adaptations au changement climatique. Et la dernière est axée sur les solutions à apporter. » Ce n’est seulement que la première partie que sortira le Giec le 9 août. « Les deux autres suivront, en février et en mars prochain, précise Clément Sénéchal, porte-parole climat de Greenpeace France. Le rapport final devrait sortir en octobre 2022. »

Comment le Giec a-t-il travaillé sur cette première partie ?

« Le Giec ne produit pas de nouvelles connaissances scientifiques, insiste Sandrine Mathy. Mais il fait la synthèse des travaux existants en ne se focalisant que sur les articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. » Un travail colossal auquel ont participé 234 auteurs principaux et dans lequel sont référencés 14.000 articles scientifiques, précise le Giec.

Cette première partie devrait acter des différences notables avec la dernière édition, qui date, on l’a dit, d’il y a sept ans. « Ce qui est certain, c’est que la science climatique s’est approfondie et étendue depuis 2014, grâce notamment à la multiplication des études », note Clément Sénéchal. C’est le cas par exemple des travaux sur l’attribution, branche de la climatologie qui étudie et quantifie les mécanismes par lesquels les activités humaines conduisent au changement climatique. Le cinquième rapport d’évaluation parlait d’une influence « claire » des activités humaines sur les systèmes climatiques. La mise à jour pourrait laisser moins de doute encore. En janvier, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change, par une équipe internationale de scientifiques, concluait que « la quasi-totalité du réchauffement climatique constatée depuis le début de l’ère industrielle a été provoquée par les activités humaines ».

« Le Giec devrait aussi mettre l’accent sur la compréhension plus fine que les scientifiques ont des impacts régionaux du changement climatique », reprend Clément Sénéchal. De recherches récentes ont ainsi montré que des événements extrêmes auraient été impossibles sans le réchauffement climatique. C’est le cas notamment de la vague de chaleur de 2020 en Sibérie et de la  canicule de 2016 en Asie.

Cette première partie peut-elle être édulcorée par les 195 Etats ces prochains jours ?

Avant même le 26 juillet et l'ouverture de la séance plénière avec les délégations des 195 Etats, le rapport complet – de plusieurs milliers de pages – et son résumé à l’intention des décideurs – ramené à quelques dizaines – ont déjà fait l’objet de premiers allers-retours. « A la fois avec des reviewers [d’autres experts scientifiques] mais aussi par les pays, détaille Sandrine Mathy. Ces échanges ont donné lieu à plusieurs dizaines de milliers de commentaires auxquels les auteurs principaux ont dû répondre. » « Alors lundi, on est entré dans le sprint final en vue de se mettre d’accord sur la formulation finale de ce résumé pour décideurs », poursuit Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Avec le risque que certains Etats ne cherchent à réécrire ce résumé pour en diminuer la portée ?

« Ces échanges entre les scientifiques impliqués dans le rapport et les délégations des 195 Etats sont très encadrés, pour que ce qui sera retenu dans la version finale du résumé soit très robuste scientifiquement, répond Lola Vallejo. L’enjeu de cette séance plénière est plus, pour le Giec, de s’assurer de la bonne compréhension de son rapport par les gouvernements, et donc de son appropriation. Il ne faut pas que ce soit un énième rapport scientifique, mais bien un état des lieux de la science climatique porté par les Etats. »

Clément Sénéchal ne croit pas non plus à des passes d’armes diplomatiques sur cette première partie du rapport. « On est sur de la science dure, difficile de la discuter politiquement, estime-t-il. Il est plus probable que les négociations soient plus âpres sur les deux autres parties du rapport, en particulier la troisième, qui aborde les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un sujet nettement plus sensible pour les États, entre ceux qui veulent accélérer la transition, ceux qui sont en retard, ceux qui ne veulent pas être pointés du doigt… »

Des trois parties du rapport d’évaluation, la première est-elle la plus importante ?

« Les trois sont complémentaires et aussi importantes les unes que les autres », glisse Lola Vallejo. Toutefois, ce premier rapport, en faisant cette mise à jour de l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique, « peut être perçu comme le socle sur lequel vont s’appuyer les deux autres parties, sur la compréhension des risques du changement climatique et les réponses à apporter », estime tant l’experte de l’Iddri que Clément Sénéchal, à Greenpeace. Ce dernier voit au-delà encore, en rappelant les sommets diplomatiques à venir d’ici à la fin de l’année. Du G20 d'octobre prochain en Italie – qui réunira les pays les plus riches de la planète et les plus émetteurs – à la COP26 de Glasgow, du 1er au 12 novembre, lors de laquelle les Etats devront revoir leurs ambitions climatiques.

Ce rapport publié ce lundi devrait donc sonner comme un rappel de plus à agir, « alors même qu’on voit que cet été est marqué par une série de catastrophes globales, du dôme de chaleur au Canada aux précipitations exceptionnelles sur une partie de l’Europe et de l’Asie. »