Et si vous mangiez vos couverts jetables ? Des étudiantes créent des cuillères à base de fruits déclassés

BONNE IDEE Trois étudiantes de l’école d’ingénieurs de Purpan, à Toulouse, ont mis au point des couverts à usage unique comestibles à base de fruits déclassés. Encore plus écologique que ceux en bois, ils devraient être commercialisés d’ici l’été prochain

Béatrice Colin
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Les couverts jetables conçus par trois étudiantes de l'école d'ingénieurs de Purpan sont fabriqués à base de fruits, entre autres. (Photo d'illustration)
Les couverts jetables conçus par trois étudiantes de l'école d'ingénieurs de Purpan sont fabriqués à base de fruits, entre autres. (Photo d'illustration) — B. Colin / 20 Minutes
  • Alors que le plastique est désormais proscrit dans la fabrication des couverts à usage unique, des étudiantes de l’école d’ingénieurs Purpan de Toulouse ont eu l’idée d’en créer des comestibles.
  • Plutôt que de l’amidon de maïs, elles se sont tournées vers des fruits et légumes déclassés pour mettre au point leurs couverts.
  • En cours de brevetage, ces cuillères à manger seront commercialisées d’ici à l’été prochain.

Après avoir été en plastique durant des décennies, aujourd’hui ils sont en bambou ou encore en amidon de maïs. Mais invariablement, les couverts jetables terminent à la poubelle, faute de trouver un moyen de les recycler facilement. C’est le constat qu’a pu faire Léa Maravelle lorsqu’elle travaillait dans un restaurant de tapas qui utilisait des couverts en bois. Un déclic pour cette élève ingénieure de Purpan, une école spécialisée dans l’agriculture et l’agroalimentaire à Toulouse.

« Les couverts en bois sont dits recyclables, mais il est peu probable qu’ils le soient dans les faits. Et ceux que l’on dit biosourcés, fabriqués par exemple à partir de canne à sucre, nécessitent un processus de transformation plus énergivore que le plastique », pose la jeune femme. Avec Marie Varin et Victoria Pagès, deux autres étudiantes, elles ont décidé d’en faire un projet étudiant baptisé Croc Fork en créant des cuillères, fourchettes ou encore couteaux à usage unique à partir de fruits et légumes déclassés.

Léa Maravelle, Marie Varin, Victoria Pagès, trois élèves ingénieures de Purpan ont mis au point une cuillère comestible à base de fruits et légumes déclassés.
Léa Maravelle, Marie Varin, Victoria Pagès, trois élèves ingénieures de Purpan ont mis au point une cuillère comestible à base de fruits et légumes déclassés. - Croc Fork

Des couverts comestibles et compostables répondant aux directives de la loi Egalim, qui interdit tout produit plastique dans la vente à emporter. Après avoir eu l’idée, depuis plusieurs mois elles planchent sur la conception de leurs couverts conçus à base de patate douce et de fruits riches en fibre comme la poire, la pêche ou la pomme. Pour les enrober, rigidifier et imperméabiliser, elles utilisent aussi de la cire d’abeille, et quelques ingrédients gardés bien secrets.

Brevet d’ici à la fin de l’année

« Nous utilisons de la matière première locale et issue de déchets, des fruits abîmés ou déclassés. Une fois qu’on aura utilisé les couverts, on pourra les manger, tout est comestible, la cire d’abeilles par exemple est utilisée dans la composition de nombreux bonbons durs. On pourra sinon les laisser par terre, en quelques jours ils seront dégradés », assure Léa Maravelle qui avec ses deux acolytes a gagné cette année le Concours régional des étudiants créateurs d’entreprise.

Il leur faut ainsi 2 à 5 grammes de matière sèche issue du fruit pour faire une cuillère, le couvert qu’elles ont choisi de développer en premier. Après avoir créé les prototypes chez elles et au sein des laboratoires de leur école d’ingénieurs, elles sont en phase de tests et d’agrément de leur produit innovant.

D’ici à la fin de l’année, elles devraient avoir déposé un brevet. Et elles espèrent pouvoir passer à la phase d’industrialisation en début d’année prochaine pour les retrouver dans les commerces au cours de l’été prochain. Notamment chez les traiteurs et les glaciers, où leur cuillère comestible au goût de fruits pourrait remplacer la langue de chat et apporter un côté ludique.

Un plus pour valoriser leur technologie vendue à 66 euros TTC les 100 couverts, quand ceux en bois sont commercialisés à 10 euros et ceux en bambou à plus de 80 euros. Avec l’avantage sur ces autres matières, d’être recyclables mais aussi comestibles.