Italie : L’Unesco n’inscrit finalement pas Venise sur la liste du Patrimoine mondial en péril

CULTURE La « Cité des Doges » a évité de justesse son inscription sur cette liste

20 Minutes avec AFP

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Un interdisant aux grands navires de croisière de pénétrer au coeur de la lagune de Venise, la ville évite d'entrer dans la liste de l'Unesco du Patrimoine mondial en péril
Un interdisant aux grands navires de croisière de pénétrer au coeur de la lagune de Venise, la ville évite d'entrer dans la liste de l'Unesco du Patrimoine mondial en péril — Luca Bruno/AP/SIPA

C’était moins une. Alors que Venise était en passe d’entrer sur la liste de l'Unesco du Patrimoine mondial en péril, la cité flottante a échappé in extremis jeudi à cette inscription. La raison ? L’interdiction prononcée par l’Italie de laisser pénétrer des grands navires de croisière au cœur de la lagune. Le décret pris en Conseil des ministres à Rome le 13 juillet, indique que le transit des « mastodontes de mer » dans le centre historique de Venise appartient au passé.

C’est après avoir reçu cette « information de dernière minute » que le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco réuni à Fuzhou, en Chine, a finalement décidé de ne pas inscrire Venise sur la liste du Patrimoine mondial en péril, malgré des réserves de la Norvège.

L’Italie va devoir rendre des comptes

Le comité donne jusqu’au 1er décembre 2022 aux autorités italiennes pour rendre de nouveau compte des efforts réalisés afin de préserver l’écosystème et le patrimoine historique exceptionnels de la Sérénissime.

Car l’Unesco n’a pas signé un chèque en blanc à l'Italie : Rome devra « élaborer une proposition et un ensemble de mesures correctives, avec un calendrier de mise en œuvre » avant la 46e réunion du comité en 2023, met en garde le texte final. L’Italie devra par ailleurs présenter « un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien avant le 1er décembre 2022 ».

Fin des bateaux de plus de 180 mètres de long

Le décret entre en vigueur le 1er août. A partir de cette date seront interdits d’entrer dans le bassin de Saint-Marc, le canal de Saint-Marc et le canal de la Giudecca les bateaux de plus de 25.000 tonnes de jauge brute, de plus de 180 mètres de long, de 35 mètres de tirant d’air, ou dont les émissions contiennent plus de 0,1 % de soufre. Ils devront s’amarrer dans le port industriel de Marghera, où des aménagements seront réalisés, tandis que les navires de croisière plus petits (environ 200 passagers) pourront continuer à accoster au cœur de la ville.

Le ministre italien de la Culture et du patrimoine, Dario Franceschini, s’est félicité de la décision du comité. Mais « l’attention du monde sur Venise doit rester forte », a-t-il prévenu, appelant au « développement durable de ce bien unique ». L’ONG Europa Nostra a salué un « pas dans la bonne direction » jeudi lors de la réunion du comité en visioconférence. « Mais les grands navires devraient complètement quitter la lagune », a regretté sa porte-parole, Sneska Quaedvlieg-Mihailovic.

La liste du patrimoine en péril n’est pas « une punition »

Les défenseurs de l’environnement et du patrimoine culturel accusent les grosses vagues engendrées par les plus grands navires, longs de plusieurs centaines de mètres et hauts de plusieurs étages, d’éroder les fondations de la Sérénissime, et de menacer le fragile écosystème de sa lagune.

Le débat avait été relancé le mois dernier avec le retour des croisières après des mois de pandémie qui avaient rendu aux Vénitiens calme et air pur, tout en les privant d’importants revenus. Et la perspective d’un classement au nombre de sites menacés a clairement précipité le calendrier politique.

L’inscription sur la liste du patrimoine en péril n’est pas « une punition », assure l’Unesco, même si elle peut être perçue « comme un déshonneur ». Surtout, si rien n’est fait à terme, le site peut être retiré de la liste du patrimoine mondial, sur laquelle figure Venise depuis 1987.