Bretagne : Pour lutter contre les algues vertes, la région réclame plus de moyens

ENVIRONNEMENT La Cour des comptes dresse dans un rapport un bilan sévère de l’efficacité des politiques publiques pour endiguer le fléau en Bretagne

Jérôme Gicquel
— 
Un tracteur ramasse les algues vertes sur la plage de la Grandville, à Hillion, ici en juin 2021.
Un tracteur ramasse les algues vertes sur la plage de la Grandville, à Hillion, ici en juin 2021. — C. Allain / 20 Minutes
  • Dans un pavé de 277 pages mis en ligne début juillet, la Cour des comptes pointe du doigt l’efficacité des plans de lutte contre la prolifération mis en place entre 2007 et 2020
  • Le président de région Bretagne Loïg Chesnais-Girard estime qu’il y a eu des progrès face aux algues vertes. Il admet que « la bataille n’est pas gagnée ».
  • Il réclame pour cela plus de moyens à l’Etat.

La présentation officielle du document n’aura lieu que ce mardi en début d’après-midi à Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor). Mais on connaît déjà les conclusions du rapport de la Cour des comptes qui s’est penchée sur l’épineux dossier des algues vertes en Bretagne. Et elles ne sont pas tendres pour les pouvoirs publics. Dans son pavé de 277 pages mis en ligne début juillet, la Cour des comptes pointe du doigt l’efficacité des plans de lutte contre la prolifération mis en place entre 2007 et 2020, estimant que les objectifs ont été « mal définis » et que leurs effets ont été « incertains sur la qualité des eaux ».

Il y a certes eu du mieux avec une légère baisse des échouages observée sur les sites sableux dans l’ensemble de la région, et notamment dans les huit baies concernées par le plan de lutte. Mais dans le même temps, la tendance est à la hausse dans les vasières et des pics d’échouage ont encore eu lieu en 2017 et 2019. Depuis quelques semaines, la baie de Saint-Brieuc doit également faire face à une marée verte avec des échouages massifs qui ont entraîné la fermeture de plusieurs plages ces derniers jours à Hillion.

Réélu président de région début juillet, Loïg Chesnais-Girard ne fait pas l’autruche. S’il souligne « qu’il y a eu des progrès, comme la baisse de la concentration de nitrates dans les rivières de 42 % depuis les années 2000 », il reconnaît toutefois que « la bataille n’est pas gagnée » et qu’il reste « encore beaucoup d’efforts à faire ». Mais il réclame pour cela plus de moyens. « Nous avons la volonté d’aller plus loin, assure-t-il. Mais je n’ai pas les moyens que je devrais avoir pour mener à bien ce projet ».

« Des dépenses modestes » voire « dérisoires »

Le rapport de la Cour des comptes évoque justement le manque d’argent public consacré à la lutte contre les algues vertes en Bretagne. Sur la période 2001-2019, 109 millions d’euros ont ainsi été engagés, dont 15 millions par la région ces cinq dernières années, pour tenter d’endiguer le phénomène. « Des dépenses modestes », estiment les magistrats de la Cour des comptes, qui les jugent mêmes « dérisoires » au regard des 435 à 614 millions d’euros d’aides versées par an dans le cadre du premier pilier de la Politique agricole commune en Bretagne.

Face à constat sévère, Loïg Chesnais-Girard accepte de prendre sa « part de responsabilités ». Suivant les préconisations du rapport, il prévoit ainsi d’étendre le dispositif de lutte aux vasières et de « continuer à muscler et à affiner nos politiques d’accompagnement de l’agriculture ». Sur ce dernier point, cela passe notamment par les contrats Maec (Mesures agroenvironnementales et climatiques) qui permettent d’accompagner les exploitations agricoles faisant évoluer leurs pratiques.

S’il prévoit de les élargir aux légumiers, Loïg Chesnais-Girard précise toutefois qu’il n’aura plus la main en 2023 sur ces contrats, qui seront pilotés par l’État et non plus les régions. « Je regrette ce retour en arrière », souligne l’élu breton, qui en a touché deux mots au ministre de l’Agriculture Julien Denormandie il y a une semaine lors de sa visite à Carhaix. Loïg Chesnais-Girard espère aussi de longue date une régionalisation de la PAC pour avoir plus de moyens d’agir sur son territoire. « La PAC ne doit pas être qu’une réglementation, il faut aussi mettre de l’argent sur la table », estime-t-il.