Inondations en Europe : « Les catastrophes naturelles vont devenir de plus en plus violentes avec le dérèglement climatique »

INTERVIEW François Gourand, météorologue à Météo-France, revient sur les inondations qui endeuillent l’Europe du nord

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas
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Les inondations ont fait au moins 103 morts en Allemagne.
Les inondations ont fait au moins 103 morts en Allemagne. — Ina Fassbender / AFP
  • Des inondations en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg et aux Pays Bas, ont fait au moins 126 morts.
  • Une catastrophe naturelle qui s’explique par un phénomène appelé la goutte froide.
  • François Gourand, météorologue à Météo-France, explique la situation.

Des inondations diluviennes  frappent l’Allemagne, la Belgique, les Pays Bas et le Luxembourg depuis quelques jours, ayant fait au moins 126 morts, dont 103 seulement en Allemagne, le plus lourd bilan d’une catastrophe naturelle dans le pays depuis l’après-guerre. A l’origine de cette tragédie, le phénomène météorologique dit « de la goutte froide », et le dérèglement climatique. François Gourand, météorologue à Météo-France, revient pour 20 Minutes sur la situation et ses causes.

A quoi sont dues ces inondations ?

Le phénomène que l’on observe en Allemagne, en Belgique, aux Pays Bas et au Luxembourg est ce qu’on appelle une goutte froide, c’est-à-dire une poche d’air froid d’altitude, engendrant de l’humidité et de la pluie. La goutte froide est en soi un phénomène très classique, principalement observé au printemps, bien qu’on en trouve également en été. C’est ce phénomène typique des journées pluvieuses printanières, assez commun chez nous en France.

L’air froid vient de l’Atlantique nord et des régions polaires, il glisse vers le sud et se détache en étant entouré d’air plus chaud. Une fois au contact de conditions plus chaudes et humides, cela crée une circulation chargée en humidité et pluie abondante. Au printemps, l’air est encore très froid à la suite de l’hiver, notamment en altitude, alors que le soleil chauffe les basses couches de l’atmosphère, et ce contraste chaud-froid explique le nombre régulier de goutte froide, mais il n’y a rien de choquant à en voir en été.

Ce qui est moins classique, c’est l’intensité et l’immobilité de ce phénomène. Normalement, une goutte froide se déplace vite, là ce n’est pas le cas. Les pluies se sont déversées pendant des heures sur les mêmes lieux et avec une intensité rare.

Comment expliquer un tel immobilisme de la goutte froide ?

Il n’y a pas de consensus scientifique, mais on peut tenter de l’expliquer en observant que cela fait plusieurs semaines qu’il fait chaud et sec en Scandinavie, or l’air chaud et sec stationne sur les hautes altitudes, donc bloque la circulation de la goutte froide. Il fait également un temps chaud, voire très chaud, en Europe centrale et de l’Est, ce qui bloque la progression vers l’Est, quand les canicules au Sud, vers la Méditerranée, bloquent le passage là aussi. La goutte froide serait donc un peu contrainte de tous les côtés, ce qui expliquerait son immobilisme.

Le président allemand a appelé à agir contre le dérèglement climatique à la suite de cette catastrophe. Les inondations actuelles sont-elles dues au réchauffement de la planète ?

On peut répondre en deux volets. Premièrement, ce phénomène de goutte froide existe depuis toujours en météo, et une goutte froide n’est pas liée au dérèglement climatique, c’est un phénomène que l’on peut tout à fait observer l’été et en cela la situation actuelle n’a rien de surprenante ou d’historique.

En revanche, qu’il y ait autant de pluie est sans doute la résultante du dérèglement climatique. Sans la hausse des températures, il aurait moins plu, le phénomène aurait quand même eu lieu mais pas dans des proportions similaires. Plus l’air est chaud, plus l’atmosphère contient de vapeur d’eau, or c’est cette même vapeur d’eau qui se transforme en pluie.

Il risque donc d’y avoir de plus en plus de phénomènes de ce type ?

Il y a toujours eu des grosses crues et des inondations, et il y en aura toujours mais il faut s’attendre à ce qu’elles soient plus puissantes et violentes qu’avant en raison de la hausse des températures.