Ecologie : Le plan climat européen est-il satisfaisant ?

GAZ A EFFET DE SERRE Critiques comme satisfecits fusent autour du plan climatique européen présenté mercredi

Jean-Loup Delmas
— 
Le plan climat européen, présenté comme l'un des plus ambitieux de l'Histoire, récolte tout de même quelques critiques
Le plan climat européen, présenté comme l'un des plus ambitieux de l'Histoire, récolte tout de même quelques critiques — JOHN THYS / AFP
  • La Commission européenne a présenté mercredi un plan climatique européen qu'elle juge historique. 
  • Les douze propositions de lois ne font pourtant pas l'unanimité. 
  • Entre énorme ambition et réserves, le plan climatique divise.

Mercredi, la Commission européenne s’est vantée de présenter un plan climat historique, avec douze propositions de lois visant la neutralité carbone des 27 d’ici 2050. Première étape pour atteindre cet objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’Union de 55 % à l’horizon 2030 par rapport à 1990. A ce jour, l’UE ne les a réduites que de 24 % par rapport à 1990.

« L’Europe est le tout premier continent à présenter une architecture verte complète : nous avons l’objectif, et désormais la feuille de route pour l’atteindre », s’est félicitée Ursula von der Leyen, présidente de la Commission mercredi.

Les constructeurs vent debout

Mais ces propositions de loi ont été amplement critiquées dès leur diffusion par les constructeurs automobiles européens et les compagnies aériennes, premiers concernés par les objectifs climatiques de la Commission européenne. Bruxelles souhaite en effet réduire à zéro les émissions de CO2 des voitures neuves en 2035 (la France souhaitait 2040, les ONG visaient plutôt 2030), ce qui revient à interdire les moteurs thermiques et hybrides. « Une solution pas rationnelle à ce stade. Nous demandons aux institutions de l’UE de se concentrer sur l’innovation plutôt que de rendre obligatoire ou d’interdire, de fait, une technologie spécifique », plaide l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) .

Idem du côté de l’Association internationale du transport aérien (IATA), chez qui la proposition de la Commission européenne de taxer progressivement le kérosène pour les vols à l’intérieur de l’Union européenne est « contre-productive. L’aviation est engagée sur la voie de la “décarbonation” et n’a pas besoin de mesures punitives comme les taxes », se défend l’association.

Un accord important aux yeux des ONG

Du côté des ONG pour l’environnement, le bilan est plus positif. Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat, rejoint même Ursula von der Leyen sur le côté historique de ce plan climatique : « C’est l’un des plus grands plans climat jamais élaboré, et également l’un des plus larges : il couvre tous les secteurs, même ceux habitués à être épargnés clandestinement, comme le maritime ou l’aérien. Il ouvre de multiples chantiers. » Certaines ambitions sont également satisfaisantes de son point de vue, indique-t-il à 20 Minutes, citant en exemple la volonté d’être à 40 % d’énergie renouvelable en 2030, quand les 27 ne comptent que 20 % d’énergie verte en 2021.

Une satisfaction partagée par Pierre Cannet, directeur du plaidoyer et des campagnes de WWF France : « C’est une première mondiale de réunir autant d’éléments et de couvrir autant de projets dans un plan climat. C’est également un gage de sérieux et de préparation rassurant au moment de préparer la Conférence climat de 2026. » Un exploit d’autant plus retentissant, souligne l’expert, si l’on considère les énormes disparités au sein des 27 : charbon encore massivement présent en Pologne, exportations essentielles en Allemagne, etc.

Une proposition qui pourrait tout compromettre ?

Mais les douze propositions ne font pas pour autant l’unanimité. Pierre Cannet déplore ainsi que le texte n’aille pas assez loin dans certains domaines, comme les puits de carbone, les enjeux des subventions des énergies, ou même l’arrêt des véhicules thermiques, espéré par les ONG dès 2030.

Pire, les défenseurs de l’environnement craignent que la proposition consistant à taxer le chauffage et le carburant chez les particuliers ne concentre les mécontentements. « Il y a un risque significatif que cela passe très mal. On l’a bien vu avec la crise des "gilets jaunes" initialement démarrée en raison de la taxe carbone », note Pierre Cannet. Cette mesure affecterait les ménages les plus précaires, les moins à même de changer leurs sources d’énergie pour se tourner vers des énergies propres : « Ce n’est pas à eux de payer la facture », insiste le directeur du plaidoyer.

Même analyse pour Neil Makaroff : « Toutes les propositions ne sont pas toujours aussi ambitieuses que souhaité, mais c’est la seule qui peut vraiment être contre-productive. Il s’agit d’une solution dangereuse socialement donc dangereuse d’un point de vue écologique, car elle peut, à elle seule, faire dérailler le green deal européen. » Réponse dans moins de dix ans.