Réchauffement climatique : Une grande partie de la forêt amazonienne émet plus de CO2 qu’elle n’en absorbe

ENVIRONNEMENT La déforestation et le changement climatique sont notamment responsables de cette évolution

20 Minutes avec agences
— 
Illustration de la forêt amazonienne.
Illustration de la forêt amazonienne. — JOBARD/COEURS DE NATURE/SIPA

En raison du changement climatique et de la déforestation, une grande partie du bassin de  l'Amazonie​ émet désormais du CO2 au lieu d’en absorber, selon une étude publiée mercredi. Une transformation majeure pour cet écosystème crucial dans la limitation du réchauffement de la planète.

Se basant sur des centaines d’échantillons d’air récoltés à diverses altitudes lors de la dernière décennie, l’étude publiée dans la revue Nature montre qu’en particulier la partie sud-est de l’Amazonie est passée d’un puits de carbone à une source de CO2, gaz responsable du réchauffement de la planète. Lors des cinquante dernières années, les plantes et les sols ont absorbé plus d’un quart des émissions de CO2, même quand ces émissions ont augmenté de 50 %.

Plusieurs facteurs responsables

L’Amazonie abrite la moitié des forêts tropicales, particulièrement efficaces pour absorber ce carbone et stocke 450 milliards de tonnes de CO2 dans ses arbres et ses sols. Si elle devenait une source constante de CO2, s’attaquer à la crise climatique deviendrait encore plus difficile.

Selon l’étude, plusieurs facteurs sont responsables de cette évolution. « La déforestation et la dégradation de la forêt réduisent les capacités de l’Amazonie à agir comme puits de carbone », écrivent les auteurs. Parmi les causes de cette dégradation, les forêts brûlées pour faire place à l’élevage et à l’agriculture. Le changement climatique est également un facteur-clé : les températures pendant la saison sèche ont gagné près de 3°C par rapport à l’ère pré-industrielle, soit près de trois fois plus que la moyenne mondiale.

Vers un changement dramatique et irrémédiable

La combinaison de tous ces facteurs « remet en cause la capacité des forêts tropicales à séquestrer à l’avenir de larges volumes de CO2 dérivé des énergies fossiles », note Scott Denning, de l’université du Colorado, dans un commentaire publié également dans Nature. Cette question inquiète les scientifiques depuis longtemps, mais les données satellites n’ont pas réussi à fournir jusqu’à présent une réponse complète, notamment en raison des nuages au-dessus de la région.

Pour contourner le problème, l’équipe de chercheurs brésiliens a collecté 600 échantillons de CO2 et de monoxyde de carbone entre 2010 et 2018 à des altitudes allant jusqu’à 4,5 km au-dessus du sol. Selon leurs conclusions, la partie nord-ouest de l’Amazonie est à l’équilibre, absorbant autant de CO2 qu’elle en émet dans l’atmosphère. Mais l’est, surtout lors de la saison sèche, devient une source nette.

Une autre étude récente, utilisant une méthodologie différente, est parvenue à la conclusion que l’Amazonie brésilienne a rejeté entre 2010 et 2019 près de 20 % de CO2 de plus qu’elle n’en a émis.

Avec la fonte des calottes glaciaires, le dégel du permafrost ou la disparition des récifs coralliens, le dépérissement de la forêt amazonienne fait partie des « points de bascule » identifiés par les scientifiques comme des éléments-clés dont la modification substantielle pourrait entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.