Pourquoi les pluies des dernières semaines ne nous mettent pas forcément à l’abri de la sécheresse pour tout l’été ?

METEO Avec les trombes d’eau tombées sur une large partie de la métropole en juin et qui se poursuivent en ce début juillet, on pourrait se croire à l’abri de la sécheresse pour tout l’été. Pas vraiment, explique-t-on au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)

Fabrice Pouliquen
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Paris sous un gros nuage, le 4 juin 2021.
Paris sous un gros nuage, le 4 juin 2021. — CATERS/SIPA
  • Juin 2021 s’est classé parmi les cinq mois de juin les plus arrosés sur la période 1959-2021 et juillet part aussi sur de bonnes bases. De quoi remplir à ras-bord nos nappes phréatiques ? Pas vraiment. « Les pluies estivales sont essentiellement captées par la végétation », répond-on au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
  • Toutefois, ces pluies abondantes ont fait qu’on a peu sollicité les nappes phréatiques jusqu’à présent sur une grande partie du territoire métropolitain et, qu'au 1er juillet, le niveau de ces réserves souterraines était globalement favorable, pour le BRGM.
  • Reste qu’une sécheresse prolongée pourrait rapidement changer la donne, alors que Météo France s’attend toujours à un été plus sec et plus chaud que la normale. Surtout sur le pourtour méditerranéen, où la situation est d’ores et déjà nettement moins favorable.

Ça ne sera pas une surprise pour ceux qui ont essuyé trombes d’eau sur trombes d’eau ces dernières semaines. Juin 2021 se classe parmi les cinq mois de juin les plus arrosés sur la période 1959-2021, indiquait Météo France dans son bulletin de situation hydrologique publié jeudi dernier.

La faute à des passages pluvio-orageux très fréquents et très actifs « qui n’ont pas été très localisés comme on peut en avoir l’habitude avec ce type d’épisodes mais qui, au contraire, ont concerné une grande partie du pays, indique Michèle Blanchard, climatologue à Météo France. Des Hauts-de-France à la Nouvelle-Aquitaine ainsi que du Grand Est au nord d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Jusqu’à plus de 200 mm de précipitations

« En moyenne, sur le pays et sur le mois, l’excédent de pluie a été supérieur de 50 % à la normale [calculée sur la période 1980-2021], reprend Michèle Blanchard. Nous attendions 70 mm de pluie, nous en avons eu 102,2. » Mais, en certains endroits, les cumuls de précipitations ont atteint 200 à 250 mm, de l’Allier au Lot, de la Vienne au nord de la Gironde, sur le Massif du Jura, le nord des Alpes ainsi que, très localement, sur la Seine-et-Marne, la Haute-Marne, le sud des Vosges et la Bourgogne. Avec des records battus ici ou là. Notamment dans les Hauts-de-France, rapportait France 3.

Et puis, à ce mois de juin mouillé, il faut ajouter mai, lui aussi bien arrosé, tout comme l’est, pour une large partie de la métropole, cette première partie de juillet. Ces dernières heures encore, sur Twitter, Météo France mettait en garde contre un renforcement des pluies dans les départements du Nord-Est.

Des pluies estivales qui n’atteignent que faiblement les nappes

On pourrait aussi voir le verre à moitié plein et se dire que toute cette eau tombée nous met à l’abri de la sécheresse pour le reste de l’été à venir, les prévisions de Météo France tablant toujours sur des mois de juillet, août et septembre plus secs et plus chauds que la normale sur une grande partie de la France. C’est raté. « A cette époque de l’année, les pluies qui s’infiltrent dans les sols, même abondantes, ont peu d’impact sur le niveau des nappes, explique Violaine Bault, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique national en charge du suivi des nappes phréatiques. Une bonne partie est captée par la végétation en pleine croissance et qui boit donc beaucoup d’eau. Le reste doit d’abord traverser le sol, très sec en mai car il n’avait pas plu depuis trois mois alors. Très peu d’eau arrive donc jusqu’aux nappes, pas en quantité suffisante en tout cas pour combler la vidange de ces dernières vers leurs exutoires naturels. Les cours d’eau, les océans, les zones humides… »

Résultat : la dernière carte du BRGM récapitulantl’état des nappes au 1er juillet, publiée ce lundi, est parsemée de triangles pointant vers le bas*, indiquant que le niveau des nappes est globalement en baisse. Rien d’anormal à cette période de l’année. Les fortes pluies de ces dernières semaines ne sont tout de même pas sans conséquences positives. « Elles ont permis, sur beaucoup de secteurs, que cette baisse de niveau soit plus lente que d’habitude, reprend Violaine Bault. Tout simplement parce qu’on a eu moins à solliciter les nappes pour arroser les cultures, les jardins, remplir les piscines etc. Les cours d’eau sont également à un niveau plus haut que d’habitude par rapport aux nappes, si bien que la vidange se fait plus lente. »

Un niveau des nappes globalement satisfaisant… pour l’instant

Ajoutez à cela un automne-hiver 2020-2021 marqué, pour la deuxième année consécutive, par une forte recharge des nappes sur une grande partie du territoire, et vous obtenez, une situation au 1er juillet globalement satisfaisante pour ce qui est de la situation hydrologique en métropole. Avec des niveaux proches de la normale sur une grande partie nord et ouest du territoire, indique le BRGM. Parfois même hauts sur le bassin aquitain.

Mais il n’y a que pour cette région que le BRGM estime que « la situation devrait rester satisfaisante durant l’été ». Ailleurs, même lorsque les nappes sont pour l’instant dans le vert, « la situation peut se dégrader rapidement durant l’été en cas de sécheresse météorologique prolongée », indique Violaine Bault. « Les nappes les plus réactives que nous avons en métropole – celles notamment du massif armoricain (Bretagne) et du massif central (Limousin et Auvergne) – mettent cinq à six semaines à passer d’un niveau vert comme on l’a aujourd’hui à un niveau qui commence à devenir orange-rouge », précise-t-elle.

Situation bien plus complexe sur le pourtour méditerranéen

Le pourtour méditerranéen, les Alpes et les piémonts pyrénéens abordent quant à eux l’été dans une situation moins favorable. « Ces régions ont déjà été très peu touchées par les précipitations de juin, commence Michèle Blanchard. En région PACA, par exemple, les cumuls de précipitations ont été inférieurs de 50 % par rapport à la normale. On attendait 60 mm de pluies, il y en a eu 32. » Violaine Bault remonte à plus loin encore la disette pour le pourtour méditerranéen. « La région a connu d'importantes précipitation fin septembre et début octobre jusqu’à provoquer des inondations, rappelle-t-elle. Puis, ils n’ont quasiment rien eu pendant tout l’hiver. Il a replu en mai, mais ça n’a pas suffi à recharger les nappes. »

Sur le littoral méditerranéen, les nappes affichent ainsi un « niveau bas », indique le BRGM, qui s’attend à ce que l’état se dégrade encore durant les prochaines semaines. La situation pourrait devenir tendue sur certains secteurs, précise-t-il dans son bulletin publié ce lundi. « Le niveau des nappes est aussi modérément bas en Corse, même si la situation est un peu plus contrastée suivant les secteurs, précise Violaine Bault. Il a plu sur les reliefs ces dernières semaines, notamment. »

Quoi qu’il en soit, ces régions du sud de la France « seront à surveiller de près, reprend Violaine Bault. Notamment, toujours, sur ce littoral méditerranéen où les nappes sont très souvent sollicitées l’été en raison de l’afflux de touristes que cette région accueille. » Des arrêtés préféctoraux « sécheresse » ont déjà été pris pour freiner la sollicitation des nappes. Tout le pourtour méditerranéen et le couloir rhodanien sont déjà placés en vigilance [information et incitation des particuliers et professionnels à faire des économies d’eau]. Dans le Var, les Bouches-du-Rhône, l’Hérault, les Pyrénées orientales, la Haute-Garonne, plusieurs secteurs ont même été placés en alerte, avec des restrictions d’usages de l’eau déjà en vigueur.

* Deux exceptions tout de même avec la nappe alluviale de la plaine d’Alsace, au sud de Colmar, mais aussi les nappes à l’est du couloir du Rhône (la Bresse, le bas Dauphiné...). «Pour la plaine d’Alsace, ce sont des alluvions, donc des graviers et du sable que traverse rapidement l’eau et, par ailleurs, cette nappe est relativement proche du sol, explique Violaine Bault. Les pluies s’infiltrent beaucoup plus vite jusqu’à ces nappes, ce qui est déjà le cas pour les fortes pluies de ces dernières semaines. Cela explique que le niveau de la nappe reparte à la hausse dans cette région. »

Pour les alluvions du Rhône et de ses affluents, la hausse inhabituelle des nappes enregistrée au 1er juillet s’explique par les records de précipitations enregistrées sur la région début mai. « Ce sont une partie de ces pluies que l’on voit arriver en ce moment dans ces nappes de la région et qui sont profondes, reprend Violaine Bault. Ce qui explique cette tendance à la hausse. »