Marseille: Une armée de scientifiques européens à l'assaut de la pollution des navires

ENVIRONNEMENT Une étude européenne de grande ampleur est actuellement menée à Marseille afin de mieux connaître la pollution de l’air générée par les bateaux au port

Mathilde Ceilles
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Des bateaux de croisière à Marseille
Des bateaux de croisière à Marseille — BORIS HORVAT / AFP
  • Ce mois-ci, une campagne scientifique d’envergure est menée à Marseille afin de mieux connaître la pollution de l’aire générée par les bateaux au port.
  • Cette campagne, baptisée Scipper et soutenue par Atmosud, vise à la fois à mesurer précisément les émissions polluantes mais aussi l’impact des réglementations déjà en vigueur.
  • Des scientifiques venus de toute l’Europe et équipés des dernières technologies sont en charge de relever les émissions polluantes des navires.

Des drones qui survolent les ferrys à destination de la Corse ou du Maghreb​, un bateau « renifleur » ou encore une armada de capteurs électrochimiques. Depuis le début du mois de juillet, une armée de scientifiques originaires de toute l’Europe équipée des dernières technologies ont investi Marseille pour mesurer les émissions polluantes des navires dans l’air aux abords de ce qui constitue le premier port de France et le sixième européen.

Cette campagne scientifique, baptisée Scipper et soutenue par AtmoSud, est menée depuis le 5 juillet, et jusqu’au 23, afin de contrôler les panaches de fumées des navires qui entrent et sortent du port de la cité phocéenne, du simple yacht aux porte-conteneurs en passant par les ferries et les controversés bateaux de croisière. Une étude loin d’être anecdotique quand on sait qu’à Marseille, la pollution de l’air en dioxydes d’azote d’origine maritime a désormais dépassé celle générée par les voitures.

Nouvelle réglementation

Une première campagne avait bien été menée en septembre 2019… soit quelques mois avant une petite révolution dans le milieu maritime. Depuis le 1er janvier 2020, une nouvelle réglementation mondiale impose en effet désormais aux navires un fioul avec une teneur en oxyde de soufre inférieure à 0,5 %, contre 3,5 % auparavant. Avec cette nouvelle étude, les scientifiques cherchent ainsi à connaître l’impact de cette nouvelle réglementation sur l’environnement.

« Nous avons choisi de réaliser cette nouvelle étude au moment où l’activité du port est la plus importante, avec la reprise des bateaux de croisière et le pic de trafic des ferries en provenance et à destination de Corse et d’Afrique du Nord », explique le coordinateur de cette étude Leonidas Ntziachristos, professeur à l’université Aristote de Thessalonique en Grèce.

« Un aperçu complet des polluants »

Pour cela, outre l’usage de drones équipés de capteurs qui ont survolé au début du mois de juillet les ferries et leurs panaches, les scientifiques ont entièrement réaménagé un yacht en un véritable laboratoire sur l’eau avec, à bord, les dernières technologies en la matière, afin d’analyser en temps réel et de manière détaillée les fumées des bateaux approchés par cette drôle d’embarcation. « Ces mesures devraient permettre d’avoir un aperçu complet des polluants émis par les navires, bien au-delà du souffre », espère Barbara D’Anna, directrice de recherche au CNRS et responsable de la campagne de contrôle.

Les connaissances en la matière demeurent en effet limitées. Et pour cause : seuls 10 % des particules émises par les navires sont captées par les filtres mis en place par les armateurs, car elles sont rejetées à l’état solide. Or, comme dans toute combustion, une partie de ces polluants s’échappent sous forme de gaz, avant de retomber au sol sous l’effet de la condensation. « Cette étude devrait nous permettre de détecter ces composés organiques volatils », estime Barbara D’Anna. Les résultats devraient être connus à la fin de l’année. Pour rappel, chaque année, le port de Marseille-Fos accueille 7.500 escales, dont 3.200 à Marseille même.