Traqué et braconné, le loup connaît un taux de mortalité alarmant en France

LOUP Y ES-TU? Un collectif de naturalistes bénévoles a pour la première fois suivi 26 meutes de loups dans sept départements à l’est du Rhône, qui abritent la quasi-totalité des meutes françaises

Caroline Delabroy
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Un loup (illustration)
Un loup (illustration) — Christophe Gateau/AP/SIPA
  • Le groupe PP Alpes a mené en 2020 une étude inédite sur 26 meutes de loups en France.
  • Selon cette étude, 50 % des meutes sont victimes de braconnage et/ou de tirs dérogatoires.
  • Les clans se trouvent ainsi désorganisés, ce qui peut avoir pour effet paradoxal d’accroître les attaques de troupeaux.

« Suivre une meute de loups, c’est un travail très compliqué, il ne suffit pas de poser une caméra automatique ! » Roger Mathieu en sait quelque chose. Avec une vingtaine de naturalistes du groupe PP Alpes, un collectif de bénévoles, ils ont suivi pas moins de 26 meutes dans sept départements à l’est du Rhône, ce qui est beaucoup puisqu’on dénombre une centaine de meutes en France. Parmi eux, les Alpes-de-Haute-Provence, le Var et le Vaucluse. L’étude, menée en 2020 et présentée comme une première en France, vient d’être publiée. Et les résultats dévoilent une réalité du braconnage.

« Un loup a en moyenne une chance sur deux de mourir dans l’année, toutes causes confondues, on ne voit pas comment, dans les 10 ans à venir, la population peut échapper à un effondrement », alerte Roger Mathieu, par ailleurs co-référent loup à France nature environnement Auvergne Rhône-Alpes. Seule la moitié des meutes suivies ont eu une vie de clan tranquille, c’est-à-dire sans événement marquant touchant la « famille ».

En moyenne, l’étude a montré qu’une meute est composée de quatre loups, hors louveteaux, soit le couple dit « alpha » et les « filles et fils » de l’année précédente. « Nous avons observé que les loups qui se reproduisent font en moyenne 5 à 6 louveteaux, poursuit le naturaliste. Pour la première fois en France, nous avons dénombré 9 louveteaux dans une meute. »

« Une meute organisée aura moins tendance à aller taper des brebis »

« Une meute sur deux est soit braconnée, soit elle subit des tirs légaux de défense, soit les deux », poursuit Roger Mathieu, qui précise « ne pas être opposé à toute élimination du loup ». Il évoque à leur propos des « meutes persécutées » ou des « meutes possiblement braconnées ». Autrement dit des meutes très fragilisées et désorganisées. « Au total, 30 % des meutes ont subi des actes hostiles d’origine humaine particulièrement meurtriers avec dislocation du clan », selon l’étude. Elle estime que les loups meurent autant du braconnage que des tirs légaux : chaque année, entre 87 et 116 loups seraient ainsi victimes d’actes de braconnage.

En filigrane, l’étude pose ainsi la question de la protection des troupeaux contre les attaques de loups. « Une meute organisée où il y a un couple alpha aura beaucoup moins tendance à aller taper dans un troupeau de brebis, les attaques sont a priori bien moins fréquentes dans cette configuration », énonce Roger Mathieu, en ajoutant aussitôt : « Mais attention, c’est une règle qui comporte des exceptions. » Peut-on aller jusqu’à dire qu’il existe une corrélation entre les tirs de défense et les attaques de loups ? Un naturaliste du groupe étudie actuellement le sujet. Un travail qui commence, déjà, par récolter des données.