Refuge climatique, la Bretagne doit-elle se protéger face à l’afflux de touristes ?

VACANCES La région accueille 12 à 13 millions de visiteurs chaque année et tente de les disperser sur l’ensemble de son territoire

Camille Allain
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Les plages de Saint-Malo sont très prisées des touristes en été.
Les plages de Saint-Malo sont très prisées des touristes en été. — C. Allain / 20 Minutes
  • La Bretagne est l’une des destinations privilégiées des touristes pour ce deuxième été sous la menace du Covid-19.
  • Devenue un refuge climatique pendant les canicules, la région voit certains sites très connus saturer à certaines périodes de l’été.
  • Le comité régional du tourisme tente de « disperser » les flux sur l’ensemble du territoire afin que tous les acteurs en profitent.

Difficile de s’imaginer que les vacances d’été sont là tant la météo ressemble à celle d’un mois d’octobre. Ce mercredi, la Bretagne va pourtant accueillir ses premiers estivants. Quatrième région touristique française, la péninsule avait été l’une des moins touchées par la crise du Covid-19 l’an dernier, accusant un léger repli de sa fréquentation. A l’aube d’un second été perturbé sur le plan sanitaire, la Bretagne semble faire partie des destinations françaises privilégiées. D’autant que la région s’est déjà transformée en « refuge climatique » ces deux dernières années quand la canicule frappait l’ensemble de la France. Un scénario qui sera amené à se répéter si l’on en croit les prévisions de hausse des températures annoncées par les climatologues. La Bretagne doit-elle s’en inquiéter ? Peut-être. Mais elle doit surtout s’y préparer.

Depuis quelques années déjà, le Comité régional du tourisme s’interdit de faire la promotion des sites touristiques les plus fréquentés en plein été. Pas de photo de Belle-Ile ou du Cap Fréhel pour éviter la saturation. Cette année, il a même proposé une communication décalée pour inviter les visiteurs à s’aventurer dans des sites moins connus : la forêt d’Huelgoat plutôt que celle de Brocéliande, les menhirs de Saint-Just plutôt que ceux de Carnac. « Notre objectif, c’est d’avoir un tourisme durable et responsable. Nous avons quelques sites très prisés qu’il faut protéger et nous le savons. Mais il faut être prudent avant de parler de surfréquentation », relativise Anne Gallo, vice-présidente du conseil régional déléguée au tourisme.

L’été dernier, certains sites avaient pourtant pâti de l’appel de la nature ressenti par un grand nombre d’urbains trop longtemps confinés. A Belle-Ile, à Groix ou à Bréhat, le tourisme « de masse » s’était fait sentir. Tout juste élu maire de Crozon, Patrick Berthelot l’avait également constaté. Son prédécesseur avait même dû interdire l’accès à la plage de l’île Vierge, petit bijou secret devenu beaucoup trop connu. « Notre économie ici, elle est touristique donc il faut s’en réjouir. Mais il faut faire attention. A Crozon, je pense que nous sommes déjà au maximum de notre capacité d’accueil ». Son territoire aussi s’emploie à conseiller de nouveaux itinéraires à ses visiteurs afin de « disperser » les flux. Le bénéfice est double puisque c’est l’ensemble du territoire qui bénéficie des retombées économiques et que les visiteurs peuvent profiter sereinement de leur excursion. « Les habitudes doivent changer pour que notre tourisme soit intelligent et respectueux. Mais cela prend du temps ».

Le maire de Crozon l’a découvert à ses dépens lorsqu’il a restreint l’accès au site sensible de La Palue, un célèbre spot de surf très fréquenté où les voitures s’entassaient. « Il nous faut anticiper. Tout pousse à croire que le tourisme en Bretagne va exploser avec le réchauffement climatique. Ça pourrait devenir un véritable problème », assure Olivier Marquer, surfeur habitant Crozon opposé au projet du maire. « Ce que nous demandons, ce sont des aménagements dans le respect de la nature. Je n’ai pas envie que ça devienne comme dans le Sud », glisse cet ancien conseiller municipal d’opposition.

A la région, on se montre pourtant rassurant sur le risque de saturation, chiffres à l’appui. Depuis cinq ans, la fréquentation est élevée mais elle est stable, avec 12 à 13 millions de visiteurs à l’année pour environ 100 millions de nuitées. « Nous avons la chance d’avoir une région avec de multiples richesses, des territoires intérieurs moins connus. C’est à nous de les valoriser. Tout le monde va y gagner », conclut Anne Gallo.