Climat : « Jusqu’à 2 mois de sport en moins par an, en France, dans un monde à + 4°C », craint le WWF

ANTICIPATION Hausse des température, augmentation des épisodes de sécheresse, hausse du niveau de la mer… L’ONG WWF France a cherché à anticiper les conséquences du dérèglement climatique sur la pratique sportive en métropole

Fabrice Pouliquen
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Une personne marche sur l'asphalte qui a commencé à fondre pendant qu'une femme boit, le 23 juillet 2006, à Givors, près de Lyon, dans le sud-est de la France. (Photo illustration)
Une personne marche sur l'asphalte qui a commencé à fondre pendant qu'une femme boit, le 23 juillet 2006, à Givors, près de Lyon, dans le sud-est de la France. (Photo illustration) — Jean-Philippe KSIAZEK / AFP
  • Hausse des températures, élévation du niveau de la mer, multiplication des épisodes de sécheresse, baisse des niveaux d’enneigement. WWF France s’est penchée sur les conséquences qu’auraient ces grands impacts du changement climatique sur la pratique sportive en métropole.
  • En prenant deux scénarios : celui d’un monde à + 2°C et d’un autre à + 4°C. La seule hausse des températures pourrait faire perdre jusqu’à 24 jours de pratiques sportives dans un monde à + 2°C et jusqu’à deux mois dans un scénario à + 4°C.
  • L’ONG anticipe aussi une gestion plus complexe et plus coûteuse des gymnases, la relocalisation d’un nombre important de clubs nautiques, et une fragilisation du modèle économique des stations de ski françaises.

Quelle descente à ski sans neige ? Quel match de rubgy ou quel marathon à 40 ou 45 ? Quels sports de nature dans des paysages devenus arides ? Bref, quel sport en France dans un monde à + 2°C ou + 4°C ? « Le sport, comme le reste de la société, est directement impacté par le dérèglement climatique, et avec lui les pratiques de près de 36 millions de Français », pointe WWF France, qui s’est intéressé au sujet dans un rapport publié ce mercredi, avec le soutien financier du ministère des Sports.

L’ONG s’est penchée sur les études des impacts climatiques passées et les projections des évolutions climatiques à venir, en prenant en compte deux scénarios de dérèglement climatique. Le premier de + 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels (1850-1900), qui correspond à l’augmentation maximale de la température préconisée par l’Accord de Paris de 2015. Le second, de + 4°C, qui reste un des scénarios probables si la trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre se poursuit. Puis, WWF France a mis en corrélation ces données avec la localisation actuelle des équipements sportifs, en se limitant à la métropole, et avec les seuils de sensibilités des pratiques au réchauffement climatique.

De moins en moins de jours de sport possibles

Le rapport s’est focalisé sur quatre grands impacts du changement climatique : la hausse des températures, l’élévation du niveau de la mer, la multiplication des épisodes de sécheresse et la baisse des niveaux d’enneigement.

La seule élévation des températures pourrait faire perdre jusqu’à 24 jours de pratiques sportives dans un monde à +2°C et jusqu’à deux mois dans un monde à +4°C, pointe WWF France. Pour arriver à cette estimation, l’ONG a pris en compte le nombre de jours supplémentaires à plus de 32°C auxquels il faut s’attendre et au-delà de laquelle la santé des sportifs professionnels et amateurs est potentiellement mise en danger. Dans un scénario de réchauffement climatique à +2°C, ce sera neuf jours supplémentaires en moyenne, en métropole, et jusqu’à 24 donc dans le sud de la France. Et dans un scénario à + 4 °C, ce sera 22 jours en moyenne dans toute la France et jusqu’à 66 jours dans le sud de la France.

Ces jours-là, la pratique sportive ne sera pas impossible, ni sans doute interdite. Mais tout de même déconseillée. Le WWF n’écarte pas non plus la possibilité d’adapter les horaires, en décalant les séances le matin ou le soir lorsque les températures sont plus basses. Quoi qu’il en soit, l’ONG met en garde contre de possibles difficultés dans l’organisation des pratiques, notamment celles nécessitant un accès à des équipements sportifs (gymnases, terrains de sport spécifique, pistes d’athlétisme). « De plus en plus d’exemples de compétitions sportives affectées par les températures démontrent l’urgence de considérer ces impacts et d’agir », pointe en tout cas le rapport. L’Open d’Australie est régulièrement impacté par ces épisodes de canicule. Ce fut le cas aussi, en France, de l’Ironman de Nice en 2019 [les distances ont été écourtées], ou des championnats de France de cyclisme en juin 2019 en Loire-Atlantique.

Vers une gestion des salles de sport de plus en plus coûteuse ?

L’augmentation des températures moyennes, associée à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, fait aussi craindre une accessibilité aux salles de sports collectifs réduite à l’avenir. Mais aussi une gestion de ces salles de plus en plus complexe et coûteuse. On en compte quelque 60.000 en France, la plupart relevant de la compétence des collectivités territoriales. Elles datent majoritairement d’avant 2000, la moitié même a été mise en service avant 1987. « Elles n’ont pas toujours été construites avec des matériaux garantissant une bonne isolation et adaptés à de fortes températures, les enjeux de confort thermique et de santé ayant été rarement pris en compte à l’époque de leur construction », estime le rapport.

Des clubs nautiques à relocaliser, des stations de ski menacées

Autre risque du dérèglement climatique : celui de la hausse du niveau de la mer. Il s’est déjà élevé d’environ 15 cm à l’échelle mondiale au cours du XXe siècle et pourrait encore s’élever jusqu’à 1 mètre ou plus dans un monde à +4°C, rappelle WWF. De quoi menacer des espaces actuels de pratiques sportives (disparition de plages, destructions de sentiers de randonnée) ou de rendre incontournable la relocalisation de clubs de voile. « Un sur sept situés sur le littoral serait menacé dans un monde à + 2°C. Soit 80 clubs, dont plus de la moitié en Méditerranée. Ce serait un quart des clubs (131) dans un scénario à +4°C.

Les sports d’hiver ne sont pas épargnés, même si menacés de manière inégale, estime WWF. Avec la hausse des températures, l’enneigement des six massifs français est compromis. Là encore, les effets se font déjà sentir, même si les conditions sont très variables d’une année sur l’autre. Sur les vingt dernières années, l’épaisseur de la neige a été en moyenne 40 % moins importante par rapport à la période précédente, rappelle le rapport. Et les projections n’invitent pas à l’optimisme. Dans les Alpes notamment. A une altitude de 1.500 mètres en moyenne, un scénario à + 2°C correspondrait à une réduction de 20 % de l’épaisseur moyenne du manteau neigeux en hiver. Ce serait jusqu’à 80 % à + 4°C, détaille le rapport, en précisant qu’à cette baisse de la quantité de neige s’ajoute une réduction de la période d’enneigement.

De quoi mettre en péril la durabilité économique des 250 stations de sports d’hiver françaises actuelles. Dans un scénario à +2°C, seules trois stations pyrénéennes pourraient encore compter sur un enneigement naturel suffisant, estime le rapport. Plus aucune, ni dans les Pyrénées, ni dans les Alpes, dans un monde à +4°C.

« Un premier jalon d’une analyse à approfondir »

Des chiffres qui donnent à réfléchir ? WWF ne cache pas les biais méthodologiques qu’il peut y avoir en essayant d’anticiper les conséquences sur la pratique sportive du dérèglement climatique (lire encadré). Toutefois, il présente son rapport comme « un premier jalon d’une analyse devant être approfondie à l’avenir ». C’est d’ailleurs la première de ses recommandations : « Anticiper, en se dotant d’outils d’observation des impacts du changement climatique sur la pratique sportive ». L’ONG préconise aussi d’affirmer la préservation de l’environnement comme une valeur fondamentale du sport. Aussi fondamental que la lutte contre le dopage. « Il devient de plus en plus inacceptable que la pratique, la performance et le spectacle sportif puissent se faire au détriment de la planète », insiste-t-elle.

WWF appelle aussi le sport, comme toute autre activité humaine, à faire sa transition écologique et même à conditionner et moduler l’ensemble des financements publics et privés du sport en fonction des engagements à préserver l’environnement portés par les organisateurs.

Sur les limites de l'étude, « il a fallu développer des hypothèses générales sur la vulnérabilité des pratiques, qui ne correspond pas toujours avec précision à la réalité des pratiques individuelles, illustre l’ONG. A titre d’exemple, pour la hausse des températures, un seuil a dû être choisi (32°C) au-delà duquel la pratique peut avoir des conséquences non négligeables sur la santé. Bien entendu, le niveau de dangerosité varie en fonction de la physiologie de chaque personne et du niveau d’intensité de la pratique. »