47,9°C près de Vancouver, 46,1°C à Portland… C’est quoi le « dôme de chaleur » qui touche le Canada et les Etats-Unis ?

METEO Si le phénomène de « dôme de chaleur » peut arriver partout dans le monde, c’est son intensité et sa stabilité qui sont exceptionnelles

Manon Aublanc
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Des enfants se rafraîchissent dans une fontaine à Chicago, le 29 juin 2021.
Des enfants se rafraîchissent dans une fontaine à Chicago, le 29 juin 2021. — Daniel SLIM / AFP
  • Les États-Unis et le Canada sont touchés depuis quelques jours par une vague de chaleur exceptionnelle.
  • Appelé «dôme de chaleur», ce phénomène courant et connu des spécialistes est cependant inédit par son intensité.
  • Selon Samuel Morin et Aurélien Ribes, chercheurs au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), ce phénomène est comparable à la canicule de 2003 par son intensité et sa durée.

47,9°C près de Vancouver, 41,6°C à Seattle ou encore 46,1°C à Portland… Depuis quelques jours, un « dôme de chaleur » s’est abattu sur le Canada et les Etats-Unis. Si le phénomène n’est pas exceptionnel, son intensité, elle, l’est.

L’ouest du Canada et des Etats-Unis, où le climat est habituellement tempéré à cette période de l’année, suffoque en raison d’une vague de chaleur inédite, qui a même provoqué la mort de centaines de personnes dans la région de Vancouver. Qu’est-ce qu’un « dôme de chaleur » ? Un tel phénomène peut-il se produire en France ? Est-il lié au réchauffement climatique ? 20 Minutes fait le point.

Qu’est-ce qu’un « dôme de chaleur » ?

Un « dôme de chaleur » est une masse d’air très chaud qui stagne. Ce phénomène résulte « d’une situation de blocage atmosphérique », a expliqué Aurélien Ribes, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM), lors d’une conférence de presse de Météo France sur le sujet, ce mercredi après-midi.

A cette masse d’air chaud, remontée du Mexique vers l’ouest du Canada et des Etats-Unis, s’ajoute « des conditions anticycloniques qui favorisent ce qu’on appelle de la subsidence, c’est-à-dire qu’un vent soufflant à la verticale, comme une colonne, est venu compresser la masse d’air, augmentant sa température ». En d’autres termes, cette situation de blocage atmosphérique forme une bulle d’air chaud, à la surface et en altitude, qui stagne et se réchauffe, permettant d’atteindre des températures records.

Ce phénomène est-il exceptionnel ?

Si le phénomène de « dôme de chaleur » est connu des spécialistes depuis longtemps et peut arriver partout dans le monde, c’est son intensité et sa stabilité qui sont exceptionnelles dans le cas présent. A Portland (Oregon) et Seattle (Etat de Washington), connues pour leur climat tempéré et humide, la température a atteint des records inégalés depuis le début des archives, en 1940. Il a fait 46,1°C à l’aéroport de Portland lundi et 41,6°C à celui de Seattle, selon les relevés du service météorologique américain (NWS).

Mardi, le mercure a facilement franchi la barre des 30 degrés à Vancouver, bien au-dessus de la normale des 21 en cette saison, pendant qu’à l’intérieur des terres, la température était insupportable. Lytton, à 250 km au nord-est de Vancouver, a établi un nouveau record de chaleur absolu pour le Canada, avec 49,5 degrés Celsius, selon le service météorologique canadien. Le mercure a également atteint les 42 degrés dans la station de ski de Whistler, au nord de Vancouver, selon ce service. « C’est la stabilité de ce phénomène qui fait grimper son intensité. Les records de températures ont été dépassés de 4-5 degrés environ, c’est inédit », a ajouté Samuel Morin, directeur du Centre National de Recherche en Météorologie.

Jusqu’à quand cet épisode va-t-il perdurer ?

Selon les prévisions de Météo France, le « dôme de chaleur » devrait persister jusqu’à la fin de la semaine. « On devrait avoir des vents d’ouest qui vont déplacer cette masse d’air vers l’est en fin de semaine », a expliqué Samuel Morin, qui estime que le phénomène va s’atténuer progressivement d’ici une semaine. En attendant, la masse d’air étant toujours coincée, de nouveaux records de température pourraient être battus au Canada ou aux Etats-Unis ces prochains jours.

Peut-on avoir un épisode similaire en France ?

Selon les deux spécialistes, ce phénomène a eu lieu en Europe, et particulièrement en France, lors de la canicule de 2003. « En termes de longueur, d’intensité et de stabilité, c’est comparable à la canicule de 2003 en France », a prévenu Aurélien Ribes, qui estime que ce phénomène pourrait se reproduire à l’avenir.

Mais les températures étant plus élevées qu’en 2003, un « dôme de chaleur » pourrait faire nettement grimper le thermomètre en France. « Battre un record de 4 degrés dans le sud de la France, ça nous ferait approcher des 50 degrés. C’est tout à fait possible, mais on ne peut pas savoir si ça arrivera dans 5, 10, 15 ou 50 ans », a mis en garde Samuel Morin. En France, le dernier record de température enregistré était de 46 degrés dans l’Hérault, en juin 2019.

Ce phénomène est-il lié au réchauffement climatique ?

Si le réchauffement climatique n’est pas la cause même de ce « dôme de chaleur », il participe nettement à son intensité, selon les deux chercheurs : « Les études montrent que les vagues de chaleur sont influencées par le réchauffement climatique, avec des températures plus élevées et des vagues de chaleur plus fréquentes ». « Pour chaque degré supplémentaire de réchauffement climatique, on accroît la fréquence et l’intensité de ces événements de température », ont-ils mis en garde.

Le changement climatique provoque des températures records appelées à devenir plus fréquentes. Sur le plan mondial, la décennie qui s’est achevée en 2019 a été la plus chaude jamais enregistrée et les cinq années les plus chaudes l’ont été au cours des cinq dernières années. Un avis visiblement partagé par le président américain Joe Biden : « Est-ce que quelqu’un avait imaginé qu’un jour en regardant les informations, ils diraient qu’il fait plus de 46 degrés à Portland, dans l’Oregon ? 46 degrés, mais ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de réchauffement climatique. Cela n’existe pas. C’est le fruit de notre imagination », a-t-il répondu aux climatosceptiques.