Provence : « Pratique barbare » ou « atteinte aux traditions provençales », la fin de la chasse à la glu divise

BIODIVERSITE Le Conseil d'Etat a déclaré ce lundi illégale la chasse à la glu, pratique controversée et jugée barbare mais qui trouve sa source dans les traditions provençales 

Mathilde Ceilles
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Une grive (illustration)
Une grive (illustration) — MARY EVANS/SIPA
  • Ce lundi, le Conseil d’Etat a interdit la pratique de la chasse à la glu.
  • Les adeptes de cette tradition provençale dénoncent une atteinte à la ruralité et à la culture locale
  • Les opposants de leur côté se réjouissent de la fin d’une pratique jugée contraire au bien-être animal.

Après des années de rebondissements, la justice a tranché. Ce lundi, le Conseil d’Etat a estimé que la chasse à la glu mettait indistinctement en danger les oiseaux, et devait donc être interdite. Cette méthode de chasse dite « traditionnelle » est en vigueur dans cinq départements du sud de la France que sont les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse ​et le Var.

Destinée aux grives et aux merles, elle consiste à piéger des oiseaux sur des tiges enduites de colle, appelées gluaux. Les oiseaux ainsi capturés sont mis en cage et servent, en chantant, à en attirer d’autres pour les chasseurs. Une pratique extrêmement controversée, au cœur d’une longue polémique qui divise la société française. Plusieurs fois, la justice avait été saisie par les associations environnementales dans le but de faire annuler les décrets gouvernementaux qui autorisaient par dérogation cette pratique au motif de la tradition.

« Une atteinte aux traditions provençales »

« C’est un scandale d’interdire cette chasse, s’offusque Patrice, lecteur de 20 Minutes. J’ai souvent accompagné mon frère qui pratiquait cette chasse. Les oiseaux ne souffrent pas et sont nettoyés rapidement. Mais on a cédé à l’intégrisme de certains écologistes. » « C’est sans conteste une atteinte aux traditions provençales et par ce biais une atteinte à la chasse en général, estime Gérard, un autre lecteur de 20 Minutes. Il faut savoir que ce mode de chasse est très encadré, sous mis à des contraintes et des quotas très réduits ! »

« Est-ce vraiment ça de l’écologie, s’interroge David. Interdire une pratique ancestrale qui prélève quelques oiseaux par an ou autoriser l’urbanisme à outrance en bord de mer qui supprime des centaines d’hectares de lieu de nidification ? » « Bientôt toutes les traditions de notre beau pays vont disparaître à cause de personnes qui ne comprennent rien à la vie rurale, pronostique Adrien. C’est tellement triste. »

« La ministre veut la mort de la chasse à la glu »

« Pendant des années, la justice n’a rien eu à redire sur cette chasse, rappelle Eric Camoin, président de l’association nationale de défenses des chasses traditionnelles à la grive. Les chasseurs à la glu sont pour les trois quarts dans les villages et dans des clubs du troisième âge. C’est ça la réalité. Le Conseil d’Etat est incompétent, car il a cédé au lobby de la ministre de l’Ecologie qui veut la mort la chasse à la glu ! »

Ce combat est en effet porté de longue date par des associations de défense de l’environnement et de protection des animaux, qui dénoncent une méthode jugée cruelle et non sélective. Sur Twitter, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a salué « une avancée pour la biodiversité », quand la ligue de protection des oiseaux a publié une vidéo sur « l’intolérable réalité » de cette pratique.

« Les traditions locales ont bon dos »

« Les traditions locales ont bon dos, peste Marc, un lecteur de 20 Minutes. A Rome, les jeux du cirque étaient aussi une tradition ! » « Cette pratique barbare, au nom des traditions locales, est une cruelle et sadique atteinte à la vie », abonde Jean-Claude, un autre lecteur. « Je suis d’une famille provençale et je n’ai jamais entendu personne dans ma famille parler de chasser à la glu, affirme Didie. Et ça n’a manqué à personne ; autant que je sache. Ces pratiques horribles d’un autre âge ne font pas honneur aux chasseurs ! »

« Cette pratique fait souffrir l’animal dans le seul but de l’utiliser pour en tuer d’autres, estime Chloé. Les traditions peuvent évoluer. Il faut vivre avec son temps et ne pas rester bloqué sur des anciennes pratiques qui font souffrir des êtres vivants ! » « Il était temps de faire preuve de courage, tance Laurent. En plus, cela concerne combien de personne ? Quelques milliers ? » D’après la Ligue de protection des oiseaux, jusqu’ici, en France, 5.000 chasseurs à la glu capturaient environ 40.000 oiseaux chaque année.