Paca : Hynova, le premier bateau de plaisance 100 % hydrogène vert du monde, veut faire « changer les mentalités »

ECOLOGIE Il a été conçu et construit en Provence-Alpes-Côte-d'Azur

Elise Martin
L'Hynova est un bateau de plaisance écolo, conçu et construit en région Paca
L'Hynova est un bateau de plaisance écolo, conçu et construit en région Paca — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Il y a un an et demi, Chloé Zaied, originaire de La Ciotat, s’est lancée dans l’idée de concilier son métier de capitaine et ses convictions écologiques.
  • Elle a créé le premier bateau du monde qui navigue à l’hydrogène vert.
  • Maintenant, elle espère faire changer les mentalités, notamment pour que des équipements dans les ports se mettent en place pour le ravitaillement.

Amarré au quai Amiral Infernet à Nice (Alpes-Maritimes), le bateau Hynova ressemble à tous les autres. Pourtant, ce yacht est propulsé uniquement à l’hydrogène, il ne rejette que de l’eau et de la chaleur. Sa capitaine, mais aussi fondatrice et présidente, Chloé Zaied, qui a grandi à La Ciotat, avait « une idée » et elle est « allée jusqu’au bout ». Elle a conçu et construit le premier bateau au monde avec cette technologie en Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

« Je voulais concilier ma passion du nautisme et celle de l’environnement, avance-t-elle. Quand on est marin, on pense forcément à notre écosystème. Au bout d’un moment, il fallait que je lie mes convictions et mon métier. J’ai cherché et je n’ai rien trouvé. Alors, en un an et demi, on a créé Hynova et aujourd’hui, on écrit une nouvelle histoire. »

Une performance similaire qu’en bateau thermique mais sans émission

Le concept repose sur trois bombonnes qui stockent l’hydrogène « vert », c’est-à-dire, qui est fabriqué à partir d’eau et d’électricité, notamment par le procédé d’électrolyse qui produit de l’hydrogène mais aussi de l’oxygène et de la chaleur.

« Ensuite, une pile à combustible crée une réaction électrochimique qui alimente les batteries, développe la capitaine. On a 10 à 12 heures d’autonomie à 12 nœuds [20 km/h] ou 40 minutes à 25 nœuds [45 km/h], ce qui correspond à la performance d’un bateau thermique. Mais on revient ensuite à 12 nœuds et à l’hydrogène ». Elle précise que le système de pile recharge les batteries, qui permettent de dépasser cette vitesse, en une heure. Pour le plein d’hydrogène, c’est 25 minutes. Reste à avoir de quoi faire le ravitaillement dans les ports.

« Nous ne sommes pas équipés à Nice, avoue Richard Chemla, adjoint à la mairie délégué à l’écologie. Mais on a enfin compris ce qu’on pouvait faire et comment le faire. L’idée est que d’ici cinq à dix ans, le volet de l’hydrogène soit ouvert et qu’on puisse d’abord avoir des navettes. »

Pour Chloé Zaied, le but est de « changer les mentalités ». « J’ai fait mon travail, maintenant, ce sont aux autres acteurs de s’approprier le sujet ». Dans son « sea show » de huit escales, de Marseille à Monaco, elle a notamment prévu des sensibilisations avec des écoles ou des centres aérés car « Hynova est aussi un outil pédagogique ».

Un bateau propre qui répond à une demande actuelle

L’entrepreneuse assume avoir pris « le virage avant tout le monde ». « La réglementation est en train d’évoluer, on le voit avec les zones de mouillage. Il ne faut pas attendre qu’on nous l’impose, il faut bouger les lignes. »

Elle ne compte d’ailleurs pas en rester là pour réduire au maximum l’empreinte carbone d’Hynova. « On cherche des matériaux biosourcés pour la fabrication, comme de la fibre de lin pour la coque du bateau. Mais il faut aussi que ça corresponde à des propriétés mécaniques pour la durabilité du produit et son utilisation. On doit trouver cet équilibre. On a un bateau propre, qui propose une alternative tout en répondant à la demande actuelle du confort, de la performance et avec zéro émission ».

C’est ce concept qui séduit Franck Hassan d’Azur Locaboat, des locations de bateaux de particulier à particulier. « Ce sont des nouvelles perspectives économiques qui s’offrent à nous. On va pouvoir s’approcher de la nature, sans bruit, sans vibration, et surtout, sans émission. C’est génial de se dire qu’on sera à côté des dauphins et des baleines sans pour autant les déranger. On a la conscience propre et c’est de cette manière qu’on veut s’identifier ». Pour le moment, le projet reste en cours de réflexion. L’obstacle majeur ? Le prix de « plus d’un million d’euros ».