Menton : Un groupe de surfeurs veut implanter un récif artificiel pour créer une vague et protéger le littoral

MEDITERRANÉE Une pétition a été lancée en mars et a récolté près de 700 signatures

Elise Martin

— 

Une vague à Menton en février 2021
Une vague à Menton en février 2021 — P-E. Coursault
  • En février, des travaux de consolidation des digues sous-marines pour protéger le littoral ont fait réagir des surfeurs du coin qui avaient peur de voir leur spot disparaître.
  • Ils se sont lancés dans des recherches pour trouver des alternatives et ont découvert la possibilité de créer un récif artificiel qui combinerait la protection de la Côte, le développement des poissons et une vague à surfer.
  • La création de ce concept à Menton est compliquée à cause d’espèces protégées mais ils n’ont pas dit leur dernier mot et cherchent actuellement un endroit où pouvoir l’implanter.

Une vague qui déferlerait jusqu’au rivage mais qui protégerait le littoral en même temps ? « Le concept peut paraître paradoxal, avoue Brett Gradel, surfeur à Menton depuis plus de vingt ans. Et pourtant, quand une vague déferle, plus elle se rapproche du bord, plus elle s’estompe. Le problème avec les digues sous-marines existantes c’est qu’elles sont parallèles à la Côte. Les vagues se brisent mais se regonflent ensuite derrière et ça protège mal des submersions ».

Artiste designer de profession, il a lancé une pétition pour créer un récif artificiel à Menton et Roquebrune-Cap-Martin qui a récolté pratiquement 700 signatures depuis mars. D’après lui, c’est la « solution durable pour protéger le littoral » .

Changer l’angle des digues

Le point de départ ? Des travaux de réhabilitation des digues sous-marines construites dans les années 1990 qui « étaient abîmées à cause des coups de mers », précise la Communauté de la Riviera française (Carf).

« Quand on a vu arriver les pelleteuses, on a vraiment cru que le surf allait disparaître à tout jamais à Menton, raconte le surfeur nostalgique de l’époque où les structures dans la mer n’existaient pas et qu’elles ne cassaient pas les vagues. Avec plusieurs volontaires, on a fait des recherches pour voir ce qui était possible de faire ».

Avec deux océanologues, un des Alpes-Maritimes, un qui habite à Montpellier, ils ont trouvé un moyen de sauver leur spot : la création d’un récif artificiel. « L’idée est de changer l’angle des digues pour que la vague continue de dérouler. On pourrait créer des modules triangulaires ou obliques qui reproduiraient le récif naturel, sous forme de béton mais avec un PH similaire à celui de la mer. Ainsi, les bactéries pourraient s’y implanter puisque ce serait une surface poreuse, et ça permettrait en même temps le développement des espèces tout en évitant l’érosion et les submersions. »

Pas à Menton mais peut-être ailleurs ?

Un projet ambitieux mais qui se confronte à une problématique majeure. « Les surfeurs nous ont contactés une fois les réhabilitations faites, affirme la Carf. De plus, si nous avons procédé de cette manière c’est parce qu’il y a des espèces de posidonies et cymodocées protégées à cet endroit. Il y a des contraintes environnementales énormes pour protéger notre littoral des submersions marines. Mais on a pris en considération leur idée. »

De leur côté, les sportifs n’ont pas dit leur dernier mot. « Avec l’océanologue, nous étudions toutes les possibilités pour implanter le récif artificiel ailleurs dans les Alpes-Maritimes, développe le designer. On pense que le projet vaut le coup à plusieurs échelles. Avec un tel concept, il pourra y avoir de vraies nurseries à poissons et en même temps ça développera le commerce grâce au déploiement des sports nautiques. »

« Le surf a énormément d’avenir avec l’arrivée aux Jeux olympiques »

Entre surfeurs locaux, une petite centaine, ils établissent alors les conditions (hauteur et périodes des houles avec l’orientation) des sessions et envoient les données à l’océanologue pour qu’il visualise les possibilités.

Brett Gradel ajoute : « Il faut que ce soit connu et que ça puisse être réalisé dans la Méditerranée, ça a déjà été fait en Italie, à Dubaï et en Australie. C’est formidable pour la pratique du surf, qui a énormément d’avenir avec l’arrivée aux Jeux olympiques, mais ça a des intérêts pour tout le monde, en plus de l’environnement. On ne compte pas laisser notre projet tomber à l’eau. »