Déconfinement à Marseille : Les croisières reprennent, mais ça n'amuse pas tout le monde

ENVIRONNEMENT Après plus d'un an d'inactivité, les croisières reprennent dans le port de Marseille, et des voix s'élèvent pour que cette reprise s'accompagne de quotas sur ces mastodontes jugés polluants 

Mathilde Ceilles

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Un bateau de croisière dans le port de Marseille en 2021
Un bateau de croisière dans le port de Marseille en 2021 — NICOLAS TUCAT / AFP
  • Le 20 juin à Marseille se déroule la première croisière test après dix-sept mois d’activités en raison de la crise sanitaire.
  • Une nouvelle qui réjouit les professionnels du secteur, mais qui suscite aussi des craintes sur le plan environnemental.

Une pause d’une longueur inédite. Depuis dix-sept mois, plus aucun croisiériste n’a foulé le sol de la cité phocéenne. Activité phare du port de Marseille, les croisières avaient été totalement stoppées en raison de la crise sanitaire. Mais ce dimanche, les mastodontes des mers vont reprendre du service, soit quinze jours plus tôt que la date prévue initialement, dans le cadre d’une expérimentation autorisée par le préfet des Bouches-du-Rhône Christophe Mirmand.

« Il s’agit d’une reprise administrative, avant les véritables premières escales le 4 juillet prochain, détaille Jean-François Suhas, pilote du port de Marseille Fos et président du Club de la croisière. Nous allons mener avec l’armateur MSC deux croisières tests, les 20 et 27 juin. Il y aura à bord 450 personnes pour la première, et un millier par la suite. Un test PCR devra être réalisé 72 heures avant l’embarquement. Un test antigénique sera également réalisé sur le terminal. Les passagers devront se soumettre à un troisième test en milieu de croisière, trois jours après le départ, et un dernier avant le retour. »

Deux milliers d’emplois

Une nouvelle qui n’est pas sans réjouir ce professionnel de ce secteur. « A Marseille, pas moins de 2.000 emplois dépendent directement des paquebots, rappelle-t-il. Malgré les aides de l’Etat, quand vous êtes quelqu’un de non essentiel, c’est assez dur. Les gens ont envie de reprendre et de travailler normalement. »

Ce redémarrage d’une activité à la croissance exponentielle avant la crise sanitaire à Marseille fait toutefois renaître des inquiétudes, notamment sur ses conséquences environnementales. Selon AtmoSud, les émissions de dioxydes d’azote d’origine maritime ont dépassé pour la première fois en 2018 dans la métropole d’Aix-Marseille celles d’origine routière.

« Le tourisme de masse n’est pas une solution pour Marseille »

« On ne peut pas considérer qu’après le confinement, il faut que ça reparte comme en l’an 40, plaide Saïd Ahamada, député LREM de la septième circonscription des Bouches-du-Rhône, dans les quartiers Nord de Marseille. Cette activité est génératrice de pollution, pas uniquement environnementale, mais aussi visuelle. » Une position que partage la nouvelle majorité de gauche à la mairie de Marseille, en totale opposition avec ce qu’a porté Jean-Claude Gaudin sur le sujet.

« On ne souhaite pas repartir dans une course aux chiffres, dans laquelle le Saint-Graal est d’atteindre l’objectif des deux millions de visiteurs annuels, prévient Laurent Lhardit, adjoint de Benoît Payan en charge de l’économie. Il faut un redéploiement qualitatif plus que quantitatif. Le tourisme de masse n’est pas une solution pour Marseille. »

Des quotas ?

Dans un message adressé au grand port maritime de Marseille, Saïd Ahamada demande à « réguler la reprise de l’activité croisières pour éviter un pic de pollution cet été ». Et de préciser : « Cela doit se traduire par un nombre limité de paquebots accueillis dans le port de Marseille durant la saison touristique. » « Il faut anticiper dès aujourd’hui la reprise, en relation avec la population, plutôt que de se positionner quand il y aura un pic de cinq ou six bateaux. », détaille Saïd Ahamada.

Des propos qui ont le don d’agacer Jean-François Suhas. « La reprise sera assez faible, rappelle-t-il. On va avoir 41 escales entre juillet et août, là où on en a une soixantaine habituellement. On nous parle limitation alors qu’on va avoir deux escales par semaine, contre deux à trois par jour avant la crise du Covid-19. Bientôt on écrira des lettres d’excuses pour entrer au port. »

« On souhaiterait éviter toute solution qui passe par la contrainte, tempère Laurent Lhardit. Comme la reprise sera progressive, cela nous laisse du temps pour construire un dialogue constructif avec les différents acteurs. »

Contacté, le président du directoire du grand port maritime de Marseille-Fos n’a pas été en mesure de répondre à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.